{"id":1156,"date":"2021-02-09T09:35:12","date_gmt":"2021-02-09T07:35:12","guid":{"rendered":"http:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1156"},"modified":"2021-02-15T17:19:36","modified_gmt":"2021-02-15T15:19:36","slug":"quand-le-conte-sassocie-au-jeu-video-entretien-avec-matthieu-epp","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1156","title":{"rendered":"Quand le conte s\u2019associe au jeu vid\u00e9o \/ Entretien avec Matthieu Epp"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Quand le conte s\u2019associe au jeu vid\u00e9o.<br \/><\/strong><strong>Entretien avec Matthieu Epp (Compagnie <\/strong><strong>Rebonds d\u2019histoires) sur l\u2019improvisation, la tradition et l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 ludonarrative<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>R\u00e9alis\u00e9 par Simon Hagemann\u00a9<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong><em>CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture (pour cet article<\/em> <em>:<\/em><\/strong> <em><strong>M\u00e9lissa Bertrand, Th\u00e9o Arnulf, R\u00e9becca Pierrot, Jeremy Perruchoud, Izabella Pluta<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><em>Matthieu Epp, de la Compagnie Rebonds d\u2019histoires, est conteur professionnel depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es. Ses spectacles m\u00e9langent r\u00e9cit (avec un r\u00e9pertoire qui s\u2019\u00e9tend de la mythologie grecque ou nordique \u00e0 la science-fiction), musique, danse, th\u00e9\u00e2tre d\u2019objet, lecture-performance et improvisation. Depuis 2013, il s\u2019int\u00e9resse aux technologies num\u00e9riques et notamment aux jeux vid\u00e9o. Son dernier spectacle, <\/em>Les Runes d\u2019Odin<em>, dont la cr\u00e9ation est pr\u00e9vue pour mars 2021, associe notamment des r\u00e9cits tir\u00e9s de la mythologie nordique \u00e0 un jeu vid\u00e9o collaboratif.<\/em><\/span><\/p>\n<p><strong>Simon Hagemann\u00a0: <\/strong>Pouvez-vous pr\u00e9senter la Compagnie Rebonds d\u2019histoires ?<\/p>\n<p><strong>Matthieu Epp :<\/strong> Nous avons fond\u00e9 la compagnie il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es maintenant, quasiment depuis le d\u00e9but de mon parcours. C\u2019est une structure associative avec un bureau. J\u2019ai eu plusieurs compagnons de route et, en ce moment, c\u2019est Annukka Nyyss\u00f6nen qui est co-directrice artistique. Elle est \u00e9galement conteuse.<\/p>\n<p><strong>SH\u00a0: <\/strong>Pourriez-vous pr\u00e9senter rapidement votre propre parcours ? Comment \u00eates-vous devenu conteur professionnel ?<\/p>\n<figure id=\"attachment_1161\" aria-describedby=\"caption-attachment-1161\" style=\"width: 212px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1161\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Matthieu_Epp-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"212\" height=\"212\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Matthieu_Epp-300x300.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Matthieu_Epp-150x150.jpg 150w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Matthieu_Epp-140x140.jpg 140w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Matthieu_Epp.jpg 425w\" sizes=\"(max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1161\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Matthieu Epp, Phot. DR<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p data-wp-editing=\"1\"><strong>ME :<\/strong> Cela fait une quinzaine d\u2019ann\u00e9es que je raconte des histoires de fa\u00e7on professionnelle. C\u2019\u00e9tait presque mon premier m\u00e9tier. Avant, je faisais de la m\u00e9diation culturelle dans un centre socio-culturel, apr\u00e8s des \u00e9tudes en sciences de l\u2019ing\u00e9nieur. Et je fais sans doute partie de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de conteurs qui \u0153uvrent dans le spectacle vivant dont c\u2019est le principal m\u00e9tier, puisque les conteurs des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes avaient un autre m\u00e9tier, comme instituteur, com\u00e9dien, musicien ou travailleur social. Moi, j\u2019ai commenc\u00e9 par raconter des histoires et, finalement, ce qui a d\u00e9fini mon statut professionnel, c\u2019est le statut d\u2019intermittent du spectacle. C\u2019est cela qui dit en France que l\u2019on est professionnel, en sachant qu\u2019il y a beaucoup plus de conteurs amateurs et semi-professionnels que de conteurs professionnels. Mais je n\u2019ai pas du tout fait un parcours ou des \u00e9tudes qui menaient \u00e0 \u00e7a. <!--more--><\/p>\n<p data-wp-editing=\"1\">D&rsquo;ailleurs, je n&rsquo;ai pas \u00e9volu\u00e9 dans un contexte familial qui m&rsquo;orientait vers ce m\u00e9tier. Cela s&rsquo;est fait surtout gr\u00e2ce \u00e0 une s\u00e9rie de hasards, de rencontres et puis, \u00e0 un moment, avec un peu de chance mon d\u00e9sir \u00e0 pu se r\u00e9aliser&#8230; gr\u00e2ce au travail aussi. En tout cas, ce n&rsquo;\u00e9tait pas du tout un objectif de carri\u00e8re comme peuvent en avoir certains que je connais dans le spectacle vivant, pour qui c&rsquo;est un enjeu depuis tr\u00e8s longtemps. D&rsquo;autant plus qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas vraiment de formation dans le milieu du conte. Ce n&rsquo;est pas du tout structur\u00e9 comme le th\u00e9\u00e2tre, la danse, la musique ou l&rsquo;op\u00e9ra. On n&rsquo;a pas de conservatoire et on n&rsquo;a pas de formation longue non plus. Donc ce qu&rsquo;on appelle maintenant la formation, se fait soit avec des stages qui durent quelques jours, soit sur un temps plus long, par l&rsquo;accompagnement de quelqu&rsquo;un qui a plus d&rsquo;exp\u00e9rience. \u00c0 la diff\u00e9rence peut-\u00eatre de l&rsquo;image que l&rsquo;on se fait des conteurs, nous n&rsquo;avons plus du tout cette tradition de la transmission orale. Moi, mes histoires, je les trouves dans des livres, dans des films ou dans d&rsquo;autres sources. Il n&rsquo;y plus cette transmission orale, puisque les gens qui \u00e9taient porteurs des histoires sont morts maintenant. Cela pose vraiment la question de la formation, qui reste un sujet tr\u00e8s vif dans le milieu du conte : de quels outils a-t-on vraiment besoin, quel est le r\u00e9pertoire&#8230; En m\u00eame temps, je trouve \u00e7a tr\u00e8s int\u00e9ressant car c&rsquo;est une activit\u00e9 qu&rsquo;on invente \u00e0 la fois dans le contenu, dans la forme, dans les mani\u00e8res de monter les projets et aussi dans les dispositifs techniques. Avec peut-\u00eatre cette particularit\u00e9 : J&rsquo;ai l&rsquo;impression que le milieu du conte en France a connu son renouveau dans les ann\u00e9es 1970, quand il n&rsquo;y avait pas encore Internet pour le grand public, ce qui change quand m\u00eame beaucoup les choses dans notre rapport au monde et aux m\u00e9dias. J&rsquo;ai l&rsquo;impression que le milieu du conte est rest\u00e9 structur\u00e9 comme \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0, ce qui, \u00e0 un moment pose certaines difficult\u00e9s en termes de public, de visibilit\u00e9, de promotion et peut-\u00eatre, \u00e0 terme, d&rsquo;existence dans la forme qu&rsquo;on conna\u00eet.<br \/>Concernant mon parcours personnel, j\u2019ai fait assez peu de stages de conte ; j\u2019ai plut\u00f4t pratiqu\u00e9 la musique et une forme de danse qu\u2019on appelle la danse-contact [<em>Contact improvisation<\/em>]. Par int\u00e9r\u00eat personnel, mais aussi parce que j\u2019y ai trouv\u00e9 des outils pour raconter des choses devant des gens en temps r\u00e9el. Pour moi, s\u2019il y a quelque chose qui diff\u00e9renciait le conteur du com\u00e9dien ou de la com\u00e9dienne, c\u2019est cette capacit\u00e9 \u00e0 reformuler un propos en direct, ce qu\u2019on que l\u2019on peut aussi appeler \u00ab\u00a0improvisation\u00a0\u00bb dans certains cas. C\u2019est cette facult\u00e9 de s\u2019adapter puisqu\u2019on raconte dans des circonstances tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Cela peut \u00eatre dans une salle de classe, un mus\u00e9e, en ext\u00e9rieur, dans un th\u00e9\u00e2tre, dans un restaurant, avec des tranches d\u2019\u00e2ge tr\u00e8s variable\u00a0: parfois on a juste des classes et c\u2019est donc tr\u00e8s homog\u00e8ne, parfois ce sont des familles et c\u2019est m\u00e9lang\u00e9, \u00e7a peut encore \u00eatre une maison de retraite. Ce qui m\u2019int\u00e9resse, c\u2019est : comment vais-je pouvoir partager les m\u00eames histoires, par exemple des extraits de la mythologie, avec un public qui n\u2019a pas forc\u00e9ment les m\u00eames codes, ni la m\u00eame capacit\u00e9 d\u2019attention, ni la m\u00eame \u00e9coute. Et c\u2019est \u00e7a, un peu, le jeu.<\/p>\n<p><strong>SH\u00a0: <\/strong>Vous vous int\u00e9ressez donc \u00e0 l\u2019int\u00e9gration des technologies num\u00e9riques dans vos spectacles depuis 2013 environ. Pourriez-vous expliquer un peu cet int\u00e9r\u00eat ?<\/p>\n<p><strong>ME :<\/strong> Il y a plusieurs axes. Il y a d&rsquo;abord un int\u00e9r\u00eat personnel. Au tout d\u00e9but, je faisais des \u00e9tudes d&rsquo;ing\u00e9nieur en informatique, j&rsquo;avais donc un int\u00e9r\u00eat pour les machines et le num\u00e9rique. Ensuite, il y a ce paradoxe : au th\u00e9\u00e2tre, on peut pr\u00e9tendre qu&rsquo;on vit vraiment dans une autre sph\u00e8re, celle de la copr\u00e9sence, avec un rapport tr\u00e8s physique au monde, alors que dans la vie on passe beaucoup de temps \u00e0 \u00e9crire des mails, \u00e0 faire des dossiers, \u00e0 envoyer des sms &#8211; et je trouvais ce paradoxe un peu curieux. Et puis j&rsquo;ai aussi un go\u00fbt pour voir si l&rsquo;on peut int\u00e9grer du num\u00e9rique dans nos outils ou non, et sous quelle forme. Les choses ont commenc\u00e9 lors d&rsquo;une r\u00e9sidence \u00e0 Saverne, une petite ville de dix mille habitants \u00e0 50 kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;ouest de Strasbourg, dot\u00e9e d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre municipal [l&rsquo;Espace Rohan] de 500 places qui marche bien toute l&rsquo;ann\u00e9e. Avec l&rsquo;aide du minist\u00e8re et de ce th\u00e9\u00e2tre, on a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 au d\u00e9part d&rsquo;une r\u00e9sidence de trois ans, qui sont devenus quatre. L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait d&rsquo;inventer un r\u00e9cit collectif sur le territoire. On s&rsquo;est orient\u00e9 vers un r\u00e9cit de science-fiction, dont on a pos\u00e9 les bases avec L\u00e9o Henry, qui est un auteur strasbourgeois. C&rsquo;est avec lui qu&rsquo;on a pos\u00e9 les quelques r\u00e8gles d&rsquo;un univers de science-fiction &#8211; une dystopie &#8211; \u00e0 partir duquel on a invit\u00e9 des gens \u00e0 \u00e9crire. \u00c7a se faisait souvent en biblioth\u00e8que, dans des caf\u00e9s, dans des classes de coll\u00e8ge, \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, \u00e0 Strasbourg donc et pas seulement \u00e0 Saverne. Avec tous ces textes qu\u2019on a r\u00e9colt\u00e9s, on a fait de petites \u00e9ditions, ce qui reste assez traditionnel. On a fait ensuite un jeu vid\u00e9o qui se passe \u00e0 Strasbourg cod\u00e9 par le Studio Alm\u00e9dia [studio de d\u00e9veloppement bas\u00e9 \u00e0 Strasbourg]. Nous avons aussi fait des performances au cours desquelles j\u2019ai r\u00e9improvis\u00e9 des textes qui \u00e9taient tir\u00e9s au hasard pendant qu\u2019un musicien improvisait la musique. On avait propos\u00e9\/construit un syst\u00e8me, sur la fin des performances, o\u00f9 les gens avaient dans les mains des cartons qui \u00e9taient des instructions sur la fa\u00e7on dont nous devions faire \u00e9voluer l\u2019improvisation, un peu comme une manette de jeu, mais tr\u00e8s <em>low-tech<\/em> : du carton avec des feutres&#8230; C\u2019\u00e9tait assez int\u00e9ressant car lorsque les gens savent qu\u2019on improvise, quelque chose se joue : ils comprennent que l\u2019\u00e9v\u00e9nement auquel ils assistent sera unique et que leur \u00e9coute et r\u00e9action a une influence sur ce qui se passe. En utilisant ces cartons d\u2019instructions, ils voyaient clairement la cons\u00e9quence de leurs choix sur ce qui se d\u00e9roulait. C\u2019est un syst\u00e8me qui existe depuis longtemps, dans certaines performances de danse notamment, ce n\u2019est pas vraiment nouveau. Mais c\u2019est int\u00e9ressant de voir comment nous r\u00e9agissons \u00e0 des impulsions ext\u00e9rieures qui peuvent \u00eatre comprises comme des ordres, des suggestions et de voir \u00e0 quelle vitesse on s\u2019en empare, on les met de c\u00f4t\u00e9 ou on les interpr\u00e8te autrement. Car nous n\u2019avons pas envie d\u2019\u00eatre simplement esclaves des donneurs d\u2019ordres.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1164\" aria-describedby=\"caption-attachment-1164\" style=\"width: 518px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1164\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-renne-du-soleil-1-300x213.jpg\" alt=\"\" width=\"518\" height=\"368\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-renne-du-soleil-1-300x213.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-renne-du-soleil-1-1024x727.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-renne-du-soleil-1-768x545.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-renne-du-soleil-1.jpg 1114w\" sizes=\"(max-width: 518px) 100vw, 518px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1164\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Spectacle \u00ab\u00a0Le renne du soleil\u00a0\u00bb, mise en sc\u00e8ne : Matthieu Epp, 2012. Phot. Bart Kootstra\u00a9<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>SH : <\/strong>Vous vous int\u00e9ressez au transm\u00e9dia storytelling et vous avez notamment lanc\u00e9 une cha\u00eene Youtube. Mais si la particularit\u00e9 du conte est, comme vous le dites, la capacit\u00e9 de reformuler un propos en temps r\u00e9el, n\u2019y-a-t-il pas un paradoxe de travailler avec des m\u00e9dias capables d\u2019enregistrer et de diffuser la parole ?<\/p>\n<p><strong>ME :<\/strong> Justement, oui. D\u2019ailleurs, pour l\u2019instant on a fait tr\u00e8s peu d\u2019enregistrements au sein de la compagnie. On n\u2019a toujours pas fait de CD, seulement quelques podcasts. On a une production d\u2019enregistrements assez faible, surtout des archives pour nous. Dans le spectacle de Saverne, il y avait finalement peu d\u2019enregistrements audio, et aucun enregistrement vid\u00e9o. C\u2019est vraiment une autre fa\u00e7on de travailler. J\u2019ai envie de dire qu\u2019avec Internet, comme on a la possibilit\u00e9 d\u2019envoyer soi-m\u00eame sa mati\u00e8re, de l\u2019effacer, de la remplacer par une autre, c\u2019est quand m\u00eame diff\u00e9rent du moment o\u00f9, quand on pressait un CD ou quand on imprimait un livre, c\u2019\u00e9tait d\u00e9finitif. Maintenant, on a encore la possibilit\u00e9 de modifier, de revenir en arri\u00e8re. Mais c\u2019est vrai que, pour moi, \u00e7a reste un ab\u00eeme de perplexit\u00e9, quand on s\u2019enregistre, de choisir \u00e0 quel moment on s\u2019arr\u00eate de modifier, \u00e0 quel moment on juge que c\u2019est suffisant, que c\u2019est bien&#8230; Ou si ce ne sont pas simplement les contraintes financi\u00e8res et mat\u00e9rielles qui font qu\u2019\u00e0 un moment on s\u2019arr\u00eate. Il y a d\u2019autres gens qui ont beaucoup plus l\u2019habitude de le faire : ce sont vraiment les comp\u00e9tences des \u00e9diteurs de livres ou de CD. Pour nous, ce n\u2019est pas un sujet \u00e9vident. Et je trouve int\u00e9ressant dans les jeux vid\u00e9o le fait que des choses soient fig\u00e9es, et laissent au joueur le soin de les recombiner. Donc c\u2019est lui qui fait l\u2019\u0153uvre, finalement, et l\u2019architecture. C\u2019est encore un autre moyen de produire des \u0153uvres.<\/p>\n<p><strong>SH : <\/strong>Et vous avez envie d\u2019amener cette interactivit\u00e9 que proposent les jeux vid\u00e9o aussi dans le spectacle vivant ?<\/p>\n<p><strong>ME :<\/strong> Oui. C\u2019est un d\u00e9fi, parce que c\u2019est vraiment difficile. Pour moi, jeu vid\u00e9o et spectacle se heurtent \u00e0 plusieurs endroits. Il y a d\u00e9j\u00e0 les r\u00f4les. Quand on va voir un spectacle de contes, dans la plupart des cas, c\u2019est la personne qui raconte qui dit l\u2019histoire et qui va g\u00e9n\u00e9ralement la modifier un peu en fonction des r\u00e9actions des gens, de l\u2019endroit o\u00f9 \u00e7a se passe. Mais les r\u00f4les sont assez d\u00e9finis : les spectateurs vont intervenir, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on veut bien qu\u2019ils interviennent, par des rires, des applaudissements. Quand on pose des devinettes par exemple, des chansons \u00e0 r\u00e9pondre, les r\u00f4les sont clairs et les gens en g\u00e9n\u00e9ral le font de bon c\u0153ur. C\u2019est tr\u00e8s rare qu\u2019on soit interrompu, en tout cas avec des adultes, que quelqu\u2019un intervienne pour dire qu\u2019il n\u2019est pas d\u2019accord ou qu\u2019on s\u2019est tromp\u00e9, etc. C\u2019est plus souvent le cas avec des enfants. C\u2019est pour \u00e7a que j\u2019aime beaucoup aussi raconter pour les enfants, ils sont pr\u00e9sents dans le r\u00e9cit. Cette question des r\u00f4les est donc assez claire dans un spectacle de contes. Alors que dans le jeu vid\u00e9o, cette structure-l\u00e0 explose a priori, m\u00eame si \u00e7a d\u00e9pend des jeux vid\u00e9o. Il y en a, comme les <em>walking simulators<\/em> par exemple, qui sont hyperguid\u00e9s. Ce sont bien des esp\u00e8ces de vagabondages, mais les choix du joueur ne sont pas tr\u00e8s nombreux, alors m\u00eame que le jeu vid\u00e9o est une promesse d\u2019interaction, de l\u2019effet du choix. Pourtant, c\u2019est souvent l\u2019illusion d\u2019un choix. Il y a pas mal de litt\u00e9rature sur ce qu\u2019il est vraiment permis de faire et sur la fa\u00e7on dont on masque cette illusion du choix. L\u2019exemple classique que je donne, c\u2019est qu\u2019on a souvent dans un jeu le choix entre trois endroits mais si l\u2019on va \u00e0 gauche il y a un mur, si l\u2019on va tout droit il y a un garde lourdement arm\u00e9, donc on va aller \u00e0 droite en ayant l\u2019impression de l\u2019avoir voulu. Et c\u2019est assez int\u00e9ressant la fa\u00e7on dont c\u2019est construit : cela d\u00e9pendra des types de jeu. Je trouve que cette notion d\u2019interactivit\u00e9 guid\u00e9e, subie ou d\u00e9sir\u00e9e par le joueur est un sujet vraiment int\u00e9ressant. Et, pour moi, le conte aussi pose cette question-l\u00e0, parce qu\u2019autrefois, quand ce n\u2019\u00e9tait pas encore un spectacle vivant professionnel, mais une pratique sociale, c\u2019\u00e9tait une personne du groupe qui racontait, pas forc\u00e9ment toujours la m\u00eame : \u00e7a pouvait alterner au cours de la m\u00eame soir\u00e9e. Les gens pouvaient intervenir, poser des questions, alors que dans le spectacle vivant d\u2019aujourd\u2019hui dans son acception la plus commune, ce n\u2019est plus le cas.<\/p>\n<p><strong>SH\u00a0: <\/strong>Donc les jeux vid\u00e9o permettent dans un certain sens au conte de revenir \u00e0 ses sources ?<\/p>\n<figure id=\"attachment_1167\" aria-describedby=\"caption-attachment-1167\" style=\"width: 307px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1167\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-fracas-de-laube-300x250.jpg\" alt=\"\" width=\"307\" height=\"256\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-fracas-de-laube-300x250.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-fracas-de-laube-768x640.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-fracas-de-laube.jpg 949w\" sizes=\"(max-width: 307px) 100vw, 307px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1167\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Spectacle \u00ab\u00a0Le fracas de l&rsquo;aube\u00a0\u00bb, mise en sc\u00e8ne : Matthieu Epp. Phot. Bart Kootstra\u00a9<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>ME :<\/strong> C\u2019est \u00e7a. Apr\u00e8s on pourrait tout \u00e0 fait l\u2019imaginer avec un dispositif qui ne soit pas num\u00e9rique. Je trouve int\u00e9ressant d\u2019avoir les mains occup\u00e9es quand on \u00e9coute. Parce que la question du regard du spectateur sur la personne qui parle va influencer les formes qui sont diffus\u00e9es au th\u00e9\u00e2tre. \u00c0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on ne regardait pas, ou pas tout le temps, la personne qui parlait, cela permettait de proposer autre chose, typiquement de raconter pendant que les gens faisaient du tricot. Et j\u2019ai fond\u00e9 mon travail sur le fait que l\u2019\u00e9coute n\u2019est pas la m\u00eame selon le r\u00e9pertoire. On n\u2019a pas la m\u00eame qualit\u00e9 d\u2019\u00e9coute, non dans un sens p\u00e9joratif, quand on \u00e9coute une blague courte, un r\u00e9cit de vie, une anecdote, ou une \u00e9pop\u00e9e qui dure huit heures. Pour rentrer dans cet \u00e9tat d\u2019\u00e9coute de la mythologie ou de l\u2019\u00e9pop\u00e9e, le fait d\u2019avoir les mains occup\u00e9es, de rentrer dans un \u00e9tat de l\u00e9g\u00e8re r\u00eaverie, de transe, d\u2019hypnose, permet de s\u2019approprier davantage ces r\u00e9cits. C\u2019est pour \u00e7a que le <em>endless runner<\/em>, sans \u00e9chec, est la base du spectacle [<em>Les Runes d\u2019Odin<\/em>] : c\u2019est un jeu qui ne s\u2019arr\u00eate pas et qui met dans un \u00e9tat de l\u00e9g\u00e8re transe, en tout cas de r\u00e9p\u00e9tition, comme quand on roule longtemps sur une autoroute. Ce qui m\u2019int\u00e9resse au d\u00e9part, c\u2019est donc surtout l\u2019\u00e9tat dans lequel vous met le jeu vid\u00e9o, pour la mythologie en tout cas. La forme qu\u2019on imaginait au tout d\u00e9but et que l\u2019on n\u2019a pas encore r\u00e9alis\u00e9e pour l\u2019instant, c\u2019est un jeu gratuit, sur Internet par exemple, qui permettrait d\u2019\u00e9couter une histoire. Parce que je suis assez sceptique, par exemple, sur le fait de regarder des conteurs sur YouTube.<\/p>\n<p><strong>SH\u00a0: <\/strong>Dans vos spectacles, la rencontre entre monde physique et monde virtuel est-elle plut\u00f4t une confrontation ou une connexion ?<\/p>\n<p><strong>ME :<\/strong> Elle intervient \u00e0 la suite de plusieurs spectacles qu\u2019on a faits avec de l\u2019image, car finalement mettre en relation le conte et l\u2019image n\u2019est pas \u00e9vident, tout simplement en cela que le conte, la parole cont\u00e9e, va projeter des images mentales chez les spectateurs quand \u00e7a fonctionne. Par cons\u00e9quent, mettre une image sur sc\u00e8ne, \u00e7a risque de perturber cette formation de l\u2019image mentale. L\u2019exemple le plus commun est de montrer une image tr\u00e8s descriptive, qui va compl\u00e8tement aplatir la capacit\u00e9 d\u2019imagination du spectateur ou la richesse po\u00e9tique d\u2019une parole. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, si l\u2019image est tout le temps \u00e9vanescente, \u00e9vapor\u00e9e, au bout d\u2019un moment l\u2019\u0153il n\u2019accroche plus, car il a besoin de reconna\u00eetre des formes.<br \/>Dans les spectacles que nous avons faits avant <em>Les Runes d\u2019Odin<\/em>, on avait des dispositifs comme un rouleau de papier illustr\u00e9 de quatre-vingts m\u00e8tres, qui venait du <em>Kamishibai<\/em>, une tradition japonaise pour raconter des histoires, o\u00f9 un interpr\u00e8te fait entrer et sortir des images dans une esp\u00e8ce de castelet, avec une harangue assez intense. Dans ce spectacle [<em>Le Renne du soleil<\/em>, 2012], tout le jeu, justement, \u00e9tait de voir comment le regard du spectateur \u00e9tait guid\u00e9 de l\u2019\u00e9cran \u00e0 moi-m\u00eame, comment je disparaissais parfois au profit de l\u2019image et comment, parfois, je reprenais le focus. C\u2019est toute une dramaturgie \u00e0 construire. Dans ce spectacle, on avait \u00e0 la fois des images dessin\u00e9es sur le rouleau et des ombres. J\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a vraiment int\u00e9ressant, parce que l\u2019ombre est une forme d\u2019image qui demeure en fait assez floue, nous ramenant aussi \u00e0 ces r\u00e9cits ancestraux sur la grotte ou sur la nuit par exemple. La qualit\u00e9 de l\u2019image est int\u00e9ressante, car on peut jouer sur le flou et le net. Par la suite, on a fait un autre projet autour de Pers\u00e9e [<em>Pers\u00e9e<\/em>, 2015], dans la mythologie grecque, celui qui tue la gorgone M\u00e9duse, et on a travaill\u00e9 sur les reflets : c\u2019\u00e9tait vraiment passionnant de g\u00e9n\u00e9rer des images, dans lesquelles on croyait reconna\u00eetre des formes au bout d\u2019un moment. Le prochain projet [<em>Hypnagogies 1 : Les M\u00e9tamorphoses<\/em>] qu\u2019on a dans les cartons et pour lequel on commence \u00e0 chercher un financement, porte pr\u00e9cis\u00e9ment sur ces images hypnagogiques. L\u2019hypnagogie, c\u2019est cet \u00e9tat qui pr\u00e9c\u00e8de le sommeil, la r\u00eaverie, les l\u00e9g\u00e8res hypnoses, la transe, pour dire \u00e7a un peu vite. L\u2019int\u00e9gration des jeux vid\u00e9o au spectacle ne pose donc pas seulement la question de l\u2019interaction, mais aussi celle de la pr\u00e9sence des images dans un r\u00e9cit qui est racont\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1166\" aria-describedby=\"caption-attachment-1166\" style=\"width: 521px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1166\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-renne-du-soleil-2-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"521\" height=\"347\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-renne-du-soleil-2-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-renne-du-soleil-2-768x512.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Le-renne-du-soleil-2.jpg 1000w\" sizes=\"(max-width: 521px) 100vw, 521px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1166\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Spectacle \u00ab\u00a0Le renne du soleil\u00a0\u00bb, mise en sc\u00e8ne : Matthieu Epp, 2012. Phot. Bart Kootstra\u00a9<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>SH\u00a0: <\/strong>Pourriez-vous d\u00e9crire un peu votre processus de cr\u00e9ation ? Est-ce que vous partez toujours du texte ? Et \u00e0 quel moment la technologie ou les images entrent-elles dans la cr\u00e9ation ?<\/p>\n<p><strong>ME :<\/strong> Cela d\u00e9pend vraiment du projet. Parfois, c\u2019est une histoire que j\u2019ai lue et autour de laquelle se construit le projet, avec plus ou moins de technologie. Pour <em>Les Runes d\u2019Odin<\/em>, c\u2019est plut\u00f4t l\u2019inverse\u00a0: il y a d\u2019abord les questions technologiques. Pour tout dire, c\u2019est seulement maintenant que je commence \u00e0 travailler sur le texte avec l\u2019auteure Luvan [Marie-Aude Matignon]. Le point de d\u00e9part \u00e9tait la mythologie nordique et les jeux vid\u00e9o mais dans le processus de travail, pour l\u2019instant, nous avons surtout travaill\u00e9 sur des questions techniques et technologiques, parce que c\u2019est ce qu\u2019on ma\u00eetrise le moins et parce que les choix techniques faits au d\u00e9part d\u00e9terminent beaucoup de choses pour la suite. Autant il est tr\u00e8s rapide de changer un texte \u2013 surtout pour un conteur qui peut le changer pendant qu\u2019il raconte devant les spectateurs \u2013 autant un choix technologique, concernant soit un mat\u00e9riel soit un logiciel, a des cons\u00e9quences sur le tr\u00e8s long terme, parfois irr\u00e9cup\u00e9rables si l\u2019on fait une erreur strat\u00e9gique au d\u00e9but.<\/p>\n<p><strong>SH\u00a0: <\/strong>Concernant le dispositif dans <em>Les Runes d\u2019Odin<\/em>, vous avez notamment d\u00e9velopp\u00e9 des contr\u00f4leurs alternatifs (un <em>makey makey<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> avec des tapis de sol et un Ipad int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 un volant de commande). Comment avez-vous eu cette id\u00e9e ?<\/p>\n<figure id=\"attachment_1168\" aria-describedby=\"caption-attachment-1168\" style=\"width: 282px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1168\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Simon-Hagemann-300x173.jpg\" alt=\"\" width=\"282\" height=\"163\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Simon-Hagemann-300x173.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Simon-Hagemann-1024x589.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Simon-Hagemann-768x442.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Simon-Hagemann.jpg 1200w\" sizes=\"(max-width: 282px) 100vw, 282px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1168\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Simon Hagemann, Phot. DR<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>ME :<\/strong> Pour l\u2019instant, on a deux contr\u00f4leurs de d\u00e9placement : un avec les pieds \u2013 ce sont des p\u00e9dales \u2013 et un autre avec le gyroscope de l\u2019IPad ou d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone portable qui va, lui, donner une sensation de vol ou de glissement, alors que les p\u00e9dales sont des <em>switches<\/em>, ce sont des boutons on-off, donc ce n\u2019est pas la m\u00eame sensation. On a encore un autre contr\u00f4leur, qui est un lecteur de carte RFID. L\u00e0 c\u2019est en effet un peu magique, comme avec une machine automatique : on pose une carte sur un objet et \u00e7a fait un effet \u00e0 l\u2019\u00e9cran.<br \/>C\u2019\u00e9tait au d\u00e9part surtout une r\u00e9flexion par rapport au public. Parce que \u00e7a fait quelques ann\u00e9es que je fais des ateliers de jeux vid\u00e9o en coll\u00e8ge, notamment pour moi, pour apprendre \u00e0 en faire. J\u2019ai remarqu\u00e9 qu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019atelier, lors des phases de pr\u00e9sentation au public, c\u2019\u00e9tait parfois assez douloureux, parce que des gens qui font la d\u00e9monstration et sont invit\u00e9s \u00e0 jouer, se voient rapidement critiqu\u00e9s par d\u2019autres qui estiment qu\u2019ils auraient fait mieux, parce qu\u2019ils ont l\u2019habitude de jouer. Et je me demandais comment d\u00e9samorcer \u00e7a sans \u00eatre dans une posture d\u2019autorit\u00e9 en disant\u00a0: \u00ab arr\u00eatez de vous moquer, les enfants ! \u00bb\u00a0 Alors comment mettre tout le monde \u00e0 niveau au sein d\u2019une m\u00eame exp\u00e9rience ? Parce que j\u2019ai envie de faire venir des gens qui jouent mais aussi des gens qui aiment les histoires et qui ne jouent pas forc\u00e9ment. En utilisant des contr\u00f4leurs alternatifs, c\u2019est-\u00e0-dire des contr\u00f4leurs dont les gens n\u2019ont pas l\u2019habitude, on r\u00e9duit cette diff\u00e9rence d&rsquo;habilet\u00e9, de pratique, de vivacit\u00e9 entre les personnes. C\u2019\u00e9tait notre\/un premier objectif. Ensuite, il y a celui que ce soit un jeu en partie coop\u00e9ratif : il faut alors inventer des dispositifs qui mettent directement \u00e7a en pratique, qui favorisent la coop\u00e9ration. Il y a aussi des questions sc\u00e9nographiques : on a envie que les gens qui jouent soient visibles des autres, parce que \u00e7a reste une performance. C\u2019est une performance dans la performance. Voir quelqu\u2019un assis avec une manette dans la main n\u2019est pas tr\u00e8s engageant. On a essay\u00e9 de faire en sorte que les gens soient debout. Et puis, id\u00e9alement, que leurs gestes puissent \u00e0 la fois \u00eatre performatifs et que les contr\u00f4leurs donnent des sensations diff\u00e9rentes aux joueurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>L\u2019entretien a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 le 18 novembre 2020 en visioconf\u00e9rence.<br \/><\/em><em>Il a \u00e9t\u00e9 relu et autoris\u00e9 par Matthieu Epp<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Un <em>Makey Makey<\/em> est un petit kit qui est utilis\u00e9 pour connecter tout type d\u2019objet aux cl\u00e9s de l&rsquo;ordinateur.<\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong>Notices biographiques<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong>Matthieu Epp <\/strong><\/span>est conteur professionnel et parcourt la narration en croisant les disciplines (voix, mouvement et musique). Son travail s\u2019inspire de l\u2019approche du Roy Hart Theater, de sa formation \u00e0 l\u2019\u00e9cole Lassaad, ainsi que du Th\u00e9\u00e2tre du mouvement. Musicien autodidacte (accord\u00e9on diatonique, fl\u00fbtes et guimbardes), il pratique r\u00e9guli\u00e8rement la danse contact-improvisation \u00e0 Strasbourg et Freiburg. D\u00e9fendant une approche du conte \u00e0 la crois\u00e9e des champs culturels et sociaux, Matthieu diffuse ses spectacles aussi bien dans des th\u00e9\u00e2tres et festivals que dans des \u00e9coles, biblioth\u00e8ques et restaurants en milieu rural. Ses cr\u00e9ations r\u00e9centes sont\u00a0: <em>Troi(e)s<\/em> (spectacle, 2017), <em>\u00c0 quoi tu joues ?<\/em> (conf\u00e9rence-spectacle) et <em>Pers\u00e9e<\/em>, <em>H\u00e9ra<\/em>, <em>D\u00e9m\u00e9ter <\/em>(spectacles) les deux en 2015 ou encore <em>Il y a des portes<\/em> (projet transm\u00e9dia, 2014-2018).<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong>Simon Hagemann<\/strong> <\/span>est PRAG \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lorraine et docteur en \u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales (Universit\u00e9 Paris 3). Il enseigne la communication dans le d\u00e9partement MMI M\u00e9tiers du multim\u00e9dia et de l\u2019Internet \u00e0 l\u2019IUT de Saint-Di\u00e9-des-Vosges. Ses recherches portent sur les performances et les jeux vid\u00e9o. Sa publication la plus r\u00e9cente sur theatreinprogress.ch est \u00ab Reconfigurations de l&rsquo;exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale dans les spectacles interm\u00e9diaux au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle (Plateforme \u00ab\u00a0Critiques. <em>Regard sur la technologie dans le spectacle vivant <\/em>\u00bb).<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong>Voir<\/strong><\/span> \u00e9galement \u00e0 ce sujet un autre entretien avec Matthieu Epp:<\/p>\n<p><blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"yuBv0zyFZB\"><a href=\"https:\/\/mf.hypotheses.org\/1213\">[Rencontre avec] Matthieu Epp &#8211; conteur<\/a><\/blockquote><iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" title=\"\u00ab\u00a0[Rencontre avec] Matthieu Epp &#8211; conteur\u00a0\u00bb &#8212; Mundus Fabula\" src=\"https:\/\/mf.hypotheses.org\/1213\/embed#?secret=hfLsOOwKNF#?secret=yuBv0zyFZB\" data-secret=\"yuBv0zyFZB\" width=\"600\" height=\"338\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong>Pour citer cet entretien:<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Simon Hagemann, \u00ab\u00a0Quand le conte s\u2019associe au jeu vid\u00e9o. Entretien avec Matthieu Epp\u00a0\u00bb,\u00a0 in <em data-rich-text-format-boundary=\"true\">Critiques. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant.<\/em> Carnet en ligne de Theatre in Progress, in Web: https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1156, mis en ligne le 09 f\u00e9vrier 2021, Simon Hagemann\u00a9<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand le conte s\u2019associe au jeu vid\u00e9o.Entretien avec Matthieu Epp (Compagnie Rebonds d\u2019histoires) sur l\u2019improvisation, la tradition et l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 ludonarrative R\u00e9alis\u00e9 par Simon Hagemann\u00a9 CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture (pour cet article : M\u00e9lissa Bertrand, Th\u00e9o Arnulf, R\u00e9becca Pierrot, Jeremy&hellip; <\/p>\n<p class=\"toivo-read-more\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1156\" class=\"more-link\">Lire la suite <span class=\"screen-reader-text\">de<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">Quand le conte s\u2019associe au jeu vid\u00e9o \/ Entretien avec Matthieu Epp<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1166,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[13],"tags":[136,135,139,134,133,137,138,141,140],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1156"}],"collection":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1156"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1156\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1559,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1156\/revisions\/1559"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1166"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1156"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1156"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1156"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}