{"id":125,"date":"2015-11-17T15:12:29","date_gmt":"2015-11-17T13:12:29","guid":{"rendered":"http:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=125"},"modified":"2017-05-08T14:49:58","modified_gmt":"2017-05-08T12:49:58","slug":"simon-mcburney-et-complicite-the-encounter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=125","title":{"rendered":"Simon MCBURNEY et COMPLICITE \u00ab\u00a0The Encounter\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>\u00ab\u00a0Corps sonique ou comment Simon McBurney raconte l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un photographe\u00a0\u00bb<\/strong><\/span><br \/>\nAuteur\u00a0 : Izabella PLUTA\u00a9<\/h6>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #008080;\"><strong>CRITIQUES<\/strong>. <strong>Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture:<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #808080;\"><em>Critique du spectacle : \u00ab\u00a0The Encounter\u00a0\u00bb (Rencontre) d\u2019apr\u00e8s le livre \u00ab\u00a0Amazon Beaming\u00a0\u00bb de Petru Popescu, mise en sc\u00e8ne : Simon McBurney et Complicite, premi\u00e8re : le 8 ao\u00fbt 2015, pr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre Vidy Lausanne du 8 au 12 septembre 2015<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne qui int\u00e8gre un dispositif technologique s\u2019int\u00e9resse de plus en plus aux technologies sonores qui, \u00e0 leur tour, y acqui\u00e8rent une place aussi importante que les technologies de l\u2019image. Je pense aux applications li\u00e9es \u00e0 la production et \u00e0 la r\u00e9ception de la trame sonore qui s\u2019inscrit \u00e9galement dans la narration. Rappelons seulement les spectacles suivants, qui sont des exemples pertinents pour ce sujet : \u00ab\u00a0Lypsynch\u00a0\u00bb de Robert Lepage (2007), \u00ab\u00a0Stifters Dinge\u00a0\u00bb de Heiner Goebbels (2007) ou encore \u00ab\u00a0Re-Walden\u00a0\u00bb de Jean-Fran\u00e7ois Peyret avec la \u00ab sc\u00e9nographie sonore \u00bb de Thierry Coduys (2013). Nous pouvons \u00e9galement placer dans cette lign\u00e9e le travail du Britannique Simon McBurney &#8211; \u00ab\u00a0The Encounter\u00a0\u00bb &#8211; con\u00e7u en collaboration avec ses compagnons du th\u00e9\u00e2tre Complicite qui a ouvert le Festival international d\u2019Edinbourg cette ann\u00e9e. <!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle \u00ab\u00a0The Encounter\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Rencontre\u00a0\u00bb en fran\u00e7ais) est d\u2019abord une rencontre de trois personnalit\u00e9s hors du commun : le metteur en sc\u00e8ne Simon McBurney, l\u2019auteur roumain Petru Popescu et le protagoniste de l\u2019histoire racont\u00e9e \u2013 l\u2019ethnologue et photographe am\u00e9ricain Loren McIntyre. McBurney est une figure importante de la sc\u00e8ne britannique. Rappelons qu\u2019en 1983, il cofonde la troupe ind\u00e9pendante Complicite dont il est toujours le directeur artistique, et dont l\u2019approche s\u2019inscrit dans le travail collectif nomm\u00e9 devised theatre . Ce groupe qui consolide rapidement son originalit\u00e9 met sur pied tr\u00e8s t\u00f4t des collaborations avec des th\u00e9\u00e2tres officiels : le Barbican et le National Theatre, entre autres, et McBurney devient en 2012 le premier artiste anglais associ\u00e9 au Festival d\u2019Avignon. Petru Popescu, quant \u00e0 lui, est l\u2019un des auteurs contemporains les plus provocateurs de la Roumanie du temps de Ceausescu. Cet opposant a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab tra\u00eetre national \u00bb et il a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019installer aux Etats-Unis o\u00f9 il vit et \u00e9crit avec succ\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Loren McIntyre, le h\u00e9ros de l\u2019histoire, \u00e9tait un ethnologue de profession qui, dans les ann\u00e9es 1950, a commenc\u00e9 \u00e0 photographier ses voyages et \u00e0 en faire des articles dans quelques revues scientifiques. Il passa plusieurs ann\u00e9es en Am\u00e9rique du Sud et ne la quitta qu\u2019en 2003 pour s\u2019\u00e9teindre \u00e0 Arlington. Le projet de la mise en sc\u00e8ne r\u00e9unit ainsi des personnalit\u00e9s originales, des exp\u00e9riences fortes et des espaces-temps vari\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 la gen\u00e8se de \u00ab\u00a0The Encounter\u00a0\u00bb, McBurney raconte qu\u2019il avait re\u00e7u \u00ab\u00a0Amazon Beaming\u00a0\u00bb il y a vingt ans. Il consid\u00e8re le livre extraordinaire mais malheureusement impossible \u00e0 monter en sc\u00e8ne. Cet ouvrage, publi\u00e9 en 1991, est fond\u00e9 sur les carnets de voyage de Loren McIntyre qui relatent son s\u00e9jour en Amazonie et que Popescu rencontre r\u00e9ellement l\u00e0-bas. Popescu ach\u00e8tera alors les droits d\u2019auteur de ses \u00e9crits. Pr\u00e9cisons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une vraie mission exploratrice visant \u00e0 trouver la source de l\u2019Amazone, ce que McIntyre r\u00e9ussit \u00e0 r\u00e9aliser en la localisant au P\u00e9rou. Popescu place au centre du livre l\u2019exp\u00e9rience anthropologique et personnelle du photographe en d\u00e9montrant que le but initial de l\u2019exp\u00e9dition se transforme en un voyage initiatique. McIntyre perd son appareil photo, accompagne une tribu des Mayorunas dans leur recherche de s\u00e9curit\u00e9 face aux hommes blancs et il est expos\u00e9 plusieurs fois au danger de mort. Il entre \u00e9galement en relation spirituelle avec le chef de la tribu avec qui il semble communiquer par t\u00e9l\u00e9pathie. Ainsi le spectacle d\u00e9finit encore une autre rencontre, celle de McIntyre \u2013 l\u2019homme de la civilisation \u2013 avec un peuple de la vall\u00e9e Javari, ce qui lui permet d\u2019exp\u00e9rimenter des \u00e9tats transgressifs de conscience et une d\u00e9couverte de soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">McBurney d\u00e9cide d\u2019organiser sa mise en sc\u00e8ne non pas autour des signes et de la r\u00e9ception visuelle, ce qu\u2019on pourrait supposer vu la profession de McIntyre et la nature amazonienne, mais autour de l\u2019univers sonore. C\u2019est ce dernier qui g\u00e8re les principaux codes narratifs et r\u00e9ceptifs. Il est important de dire que \u00ab\u00a0The Encounter\u00a0\u00bb n\u2019est pas construit \u00e0 l\u2019instar d\u2019une pi\u00e8ce radiophonique \u00e0 travers laquelle l\u2019auditeur \u00e9difie dans son imaginaire tout un paysage \u00e0 partir des voix, des espaces en leur donnant une forme et en b\u00e2tissant un monde subjectif et tr\u00e8s personnel, intraduisible pour l\u2019autre. N\u00e9anmoins, plusieurs indices que nous percevons avant m\u00eame le commencement de la repr\u00e9sentation nous font penser que nous allons participer \u00e0 une cr\u00e9ation \u00e0 forte dominante sonore.<br \/>\nEn effet, le plateau ressemble \u00e0 une chambre sourde : le fond de la sc\u00e8ne est couvert d\u2019une structure absorbant le son et \u00e9liminant tout \u00e9cho et r\u00e9sonance possibles. Ensuite, nous voyons, plac\u00e9s sur la sc\u00e8ne en demi-cercle, quatre micros sur des statifs et quatre haut-parleurs ; au centre de la sc\u00e8ne est situ\u00e9 un micro sur un statif, \u00e9galement envelopp\u00e9 de mousse et en forme de t\u00eate humaine, et \u00e0 gauche, nous rep\u00e9rons une table et une chaise avec un sixi\u00e8me micro. On aurait envie de dire que ce sont seulement ces derniers ainsi que de multiples bouteilles d\u2019eau se trouvant un peu partout dans l\u2019espace qui constituent des accessoires sc\u00e9niques. En revanche, les autres \u00e9l\u00e9ments font appel au studio d\u2019enregistrement. Paradoxalement, les deux sont vrais, car le plateau est un endroit o\u00f9 a lieu la repr\u00e9sentation et, en m\u00eame temps, il est un espace o\u00f9 la trame sonore est cr\u00e9\u00e9e in vivo mais \u00e9galement g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par des extraits pr\u00e9enregistr\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ce dispositif s\u2019ajoutent encore des \u00e9couteurs plac\u00e9s dans la salle et que chaque spectateur porte durant tout le spectacle. Ils sont indispensables pour la bonne r\u00e9ception de celui-ci. Son importance est expliqu\u00e9e aux spectateurs avant le commencement m\u00eame de la pi\u00e8ce : ils entendent le mode d\u2019emploi des \u00e9couteurs dans l\u2019espace de la salle mais \u00e9galement dans les \u00e9couteurs. La d\u00e9monstration du fonctionnement sonore se d\u00e9place ensuite sur la sc\u00e8ne, car c\u2019est l\u2019acteur lui-m\u00eame qui s\u2019en charge en l\u2019int\u00e9grant successivement dans la pi\u00e8ce et cela sous la forme d\u2019un prologue. En demandant aux spectateurs des derniers rangs de se d\u00e9placer en avant et en racontant un souvenir de son enfance en lien avec la cassette vid\u00e9o qu\u2019il tient dans sa main, McBurney explique petit \u00e0 petit le syst\u00e8me d\u2019\u00e9coute binaurale, sp\u00e9cificit\u00e9 qui fonde en grande partie le spectacle. Elle consiste en l\u2019enregistrement et la transmission des sons dans chaque oreille s\u00e9par\u00e9ment. L\u2019acteur attire notre attention sur un micro particulier prot\u00e9g\u00e9 par une mousse en forme de t\u00eate humaine \u2013 c\u2019est celui qui envoie des signaux auditifs directement dans nos oreilles. La transmission est extr\u00eamement pr\u00e9cise et nous entendons chaque d\u00e9tail d\u2019une mani\u00e8re st\u00e9r\u00e9ophonique, loin ou tr\u00e8s proche au point de sentir presque le souffle de l\u2019acteur qui \u00ab chauffe notre oreille \u00bb comme il le sugg\u00e8re d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s persuasive. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019il nous sensibilise \u00e0 la diff\u00e9rence des deux voix humaines qui m\u00e8nent la narration principale et qui sont soit sa propre voix dans un \u00e9tat sonore naturelle, soit sa voix synth\u00e9tis\u00e9e dans le ton bas de celle de Loren McIntyre. C\u2019est alors \u00e9galement que McBurney compose son personnage.<br \/>\nCe prologue de nature \u00e0 la fois fictive \u2013 faisant partie du spectacle \u2013 et technique est habit\u00e9 tout d\u2019un coup par le bruit fort d\u2019un h\u00e9licopt\u00e8re qui \u00ab circule \u00bb au-dessus de la sc\u00e8ne, puis au-dessus de nos t\u00eates. L\u2019acteur fait semblant d\u2019\u00eatre dans cette machine qui vole en nous faisant croire qu\u2019il s\u2019agit de McIntyre qui arrive sur le territoire amazonien apr\u00e8s neuf heures de vol et qui fait face \u00e0 un atterrissage difficile. Nous sommes au c\u0153ur de l\u2019univers sonore, \u00ab \u00e0 650 km de la civilisation \u00bb, comme le crie le personnage principal, \u00e0 la fronti\u00e8re du Br\u00e9sil et du P\u00e9rou, en 1969. La vraie histoire du spectacle commence alors maintenant\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Loren McIntyre est un homme d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es environ, habill\u00e9 en chemise et pantalon gris d\u2019explorateur, portant une casquette noire. Il d\u00e9barque au bord de la rivi\u00e8re Javari (nous entendons les clapotis de l\u2019eau) et est imm\u00e9diatement s\u00e9duit par la nature de cet endroit qu\u2019il fige tout de suite sur la pellicule. Assez rapidement, il se rend compte qu\u2019il n\u2019est pas tout seul ici : il per\u00e7oit des hommes par-ci par-l\u00e0, des Indiens qui l\u2019observent. Tout aussi soudainement qu\u2019ils sont apparus, ils disparaissent, et McIntyre essaie de les suivre dans l\u2019espoir d\u2019arriver \u00e0 leur village. Il traverse la for\u00eat pendant une heure en mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve sa r\u00e9sistance physique \u2013 nous entendons tr\u00e8s fortement son souffle, les \u00e9claboussements d\u2019eau et de la boue qu\u2019il franchit. En effet, ils arrivent tous dans un village. L\u2019apparition d\u2019un homme blanc est une perturbation pour les habitants : McIntyre essaie de leur parler en portugais, de faire des signes exprimant son pacifisme, montre son appareil photo\u2026 Toute cette sc\u00e8ne est jou\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re dynamique et est assise sur plusieurs effets comiques d\u2019une communication langagi\u00e8re impossible entre cet homme de la civilisation et la tribu amazonienne. L\u2019apprivoisement r\u00e9ciproque se fait petit \u00e0 petit. Le photographe s\u2019approche assez rapidement du chef spirituel de la tribu nomm\u00e9 Barnacle dont la force mentale aura tr\u00e8s vite un impact consid\u00e9rable sur le comportement du protagoniste.<\/p>\n<figure id=\"attachment_145\" aria-describedby=\"caption-attachment-145\" style=\"width: 384px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/AMAZON_BEAMING-1110_1-1_cGianmarco-Bresadola.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-145\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/AMAZON_BEAMING-1110_1-1_cGianmarco-Bresadola-300x200.jpg\" alt=\"The Encounter\" width=\"384\" height=\"256\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-145\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Simon McBurney: \u00ab\u00a0The Encounter\u00a0\u00bb, 2015. Photo. Gianmarco Bresadola\u00a9<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette narration plac\u00e9e au c\u0153ur d\u2019une for\u00eat amazonienne, riche en sons tropicaux, est interrompue de temps en temps par un autre espace sonore, celui d\u2019un artiste qui travaille sur un spectacle dans son appartement (McBurney lui-m\u00eame). Le spectacle construit ainsi deux espaces en superposition qui coexistent \u00e0 l\u2019instar d\u2019un palimpseste. Le passage de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre se fait souvent d\u2019une mani\u00e8re brusque : une porte invisible s\u2019ouvre (nous voyons un puits de lumi\u00e8re) ou encore l\u2019histoire amazonienne est perturb\u00e9e par la voix pr\u00e9enregistr\u00e9e de sa petite fille qui n\u2019arrive pas \u00e0 s\u2019endormir. Comme d\u2019un coup de baguette magique, le spectateur est situ\u00e9 tout \u00e0 fait ailleurs, quelque part au Royaume-Uni, dans un espace clos et silencieux, et pourtant devant la m\u00eame organisation de dispositif sc\u00e9nique. C\u2019est la seconde couche narrative de ce spectacle dont McBurney nous signale indirectement l\u2019existence dans le prologue-introduction et qui a plusieurs fonctions. Il s\u2019agit alors d\u2019une narration construite sur une double voix, celle de l\u2019histoire du photographe (perspective du dedans) et celle de la transposition de cette histoire par un artiste (perspective du dehors). Cette d\u00e9marche r\u00e8gle non seulement l\u2019intensit\u00e9 de la narration sonore en donnant au public des intervalles plus silencieux, mais propose un tissage narratif int\u00e9ressant en permettant de construire un langage th\u00e9\u00e2tral original dont la mise en abyme, entre autres. Cette derni\u00e8re engendre un jeu de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 int\u00e9ressant sur le plan du monde repr\u00e9sent\u00e9 (espace ouvert de la for\u00eat, espace clos de l\u2019appartement), mais \u00e9galement de la construction de l\u2019action \u00e0 travers des suggestions, des ellipses et de la d\u00e9mystification de cet univers. L\u2019effet de la travers\u00e9e de la rivi\u00e8re, par exemple, est produit par l\u2019acteur qui secoue une bouteille d\u2019eau tout proche du micro binaural. Notre perception est divergente, car notre vue per\u00e7oit comment l\u2019effet est produit et notre ou\u00efe est compl\u00e8tement tromp\u00e9e par cet effet. C\u2019est \u00e9galement l\u00e0 que la mise en abyme se construit. Le fait d\u2019entendre une fois la for\u00eat amazonienne, une fois les bruits de l\u2019espace de l\u2019appartement, nous donne une forte illusion de traverser tous ces espaces pour ensuite nous d\u00e9sillusionner par le passage d\u2019un code th\u00e9\u00e2tral \u00e0 un autre, et pour que nous nous rendions compte que nous regardons finalement toujours le m\u00eame plateau, qui ne change pas d\u2019un centim\u00e8tre, et toujours le m\u00eame com\u00e9dien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">McBurney est le v\u00e9ritable ma\u00eetre de cette c\u00e9r\u00e9monie. Il \u00e9tablit un parfait \u00e9quilibre entre des signes tr\u00e8s diff\u00e9rents : le visuel et le sonore, le th\u00e9\u00e2tral et le r\u00e9el, le pr\u00e9sent et le pass\u00e9. Il porte toujours les m\u00eames habits et son passage d\u2019un personnage \u00e0 l\u2019autre se fait principalement par le changement de sa voix (naturelle ou synth\u00e9tis\u00e9e). Le corps semble moins participer dans la diff\u00e9renciation des protagonistes ; n\u00e9anmoins, l\u2019expression corporelle de l\u2019acteur devient fondamentale pour la narration dans son ensemble : McBurney explore le mime et plusieurs situations sont explicit\u00e9es par le geste, la posture du corps. Lorsqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019histoire, les hommes de la tribu effectuent une danse transgressive sous l\u2019influence d\u2019une potion hallucinog\u00e8ne, certains trouvent l\u2019animal en eux. McIntyre fait sortir de lui un l\u00e9opard que McBurney joue \u00e0 torse nu, le corps l\u00e9g\u00e8rement courb\u00e9, les muscles tendus, en produisant des grognements de b\u00eate sauvage. Il devient l\u00e9opard. L\u2019acteur prouve plusieurs fois ses grandes capacit\u00e9s d\u2019expression corporelle (sa contribution est importante pour le corps po\u00e9tique tel qu\u2019il l\u2019a appris chez Lecoq) et produit des signes iconiques, les uns apr\u00e8s les autres, sans que le spectateur se rende compte de leur diversit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soulignons qu\u2019il inscrit \u00e9galement dans sa partition de jeu la manipulation du dispositif. McBurney est tr\u00e8s souple dans son geste, jamais maladroit, il ma\u00eetrise les composantes du dispositif telles que la p\u00e9dale qui sert \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter les sons, l\u2019utilisation du micro binaural ou tout simplement l\u2019application de son iPhone dont il nous fait \u00e9galement \u00e9couter les enregistrements (entretiens et t\u00e9moignages autour de l\u2019exp\u00e9rience de McIntyre). Il est \u00e9galement en grande synchronie avec la r\u00e9gie, notamment avec l\u2019ing\u00e9nieur du son \u2013 Gareth Fry \u2013 et son assistant \u2013 Pete Malkin \u2013, qui sont aussi des acteurs actifs, m\u00eame si invisibles, de ce spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, c\u2019est la grande force du jeu de ce com\u00e9dien qui trouve un \u00e9quilibre entre plusieurs \u00e9l\u00e9ments de cette mise en sc\u00e8ne, sait explorer diff\u00e9rents types d\u2019expression sc\u00e9nique et cr\u00e9e une totalit\u00e9 dans laquelle il fait s\u2019immerger le spectateur. Durant sa rencontre avec le public \u00e0 Vidy Lausanne, McBurney \u00e9voque qu\u2019\u00e0 travers l\u2019int\u00e9gration des \u00e9couteurs dans la r\u00e9ception du spectacle, il souhaitait annuler l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre ensemble au th\u00e9\u00e2tre et les \u00e9couteurs lui donnent cette possibilit\u00e9, selon lui. En effet, le spectateur a un sentiment d\u2019isolement, d\u2019\u00eatre dans son monde \u00e0 lui, tout en \u00e9tant assis dans une salle compl\u00e8te du th\u00e9\u00e2tre. Les \u00e9couteurs permettent surtout, \u00e0 mon avis, une immersion totale dans l\u2019histoire racont\u00e9e. Le public assimile parfaitement la superposition de deux r\u00e9alit\u00e9s bien distinctes de l\u2019histoire et vit avec le personnage son passage initiatique. En effet, nous ressentons la force de cette exp\u00e9rience et quittons la salle avec le sentiment d\u2019avoir v\u00e9cu \u00ab ce chemin vers le commencement \u00bb de la tribu, en \u00e9tant guid\u00e9 par la voix de son chef, entendue tout proche de notre oreille.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u2666<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #008080;\"><strong>Izabella Pluta &#8211; docteure \u00e8s lettres et chercheuse associ\u00e9e au Laboratoire de cultures et humanit\u00e9s digitales (Universit\u00e9 de Lausanne) et au Laboratoire Passages XX-XXI (Universit\u00e9 Lyon 2)<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u2666<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pour citer cet article:<br \/>\nIzabella Pluta, \u00ab Corps sonique ou comment Simon McBurney raconte l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un photographe \u00bb, <em>Critiques. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant<\/em>. Carnet en ligne de Theatre in Progress,<br \/>\nin Web : \u02c2https:\/\/theatreinprogress.ch, mise en ligne le 17 novembre 2015, Izabella Pluta\u00a9<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00ab\u00a0Corps sonique ou comment Simon McBurney raconte l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un photographe\u00a0\u00bb Auteur\u00a0 : Izabella PLUTA\u00a9 CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture: Critique du spectacle : \u00ab\u00a0The Encounter\u00a0\u00bb (Rencontre) d\u2019apr\u00e8s le livre \u00ab\u00a0Amazon Beaming\u00a0\u00bb de Petru Popescu, mise en sc\u00e8ne : Simon&hellip; <\/p>\n<p class=\"toivo-read-more\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=125\" class=\"more-link\">Lire la suite <span class=\"screen-reader-text\">de<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">Simon MCBURNEY et COMPLICITE \u00ab\u00a0The Encounter\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[13],"tags":[18,17,14,19,16],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/125"}],"collection":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=125"}],"version-history":[{"count":32,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/125\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":286,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/125\/revisions\/286"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=125"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=125"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=125"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}