{"id":1396,"date":"2022-09-02T13:29:43","date_gmt":"2022-09-02T11:29:43","guid":{"rendered":"http:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1396"},"modified":"2024-04-13T19:58:40","modified_gmt":"2024-04-13T17:58:40","slug":"les-nouvelles-technologies-au-theatre-pour-quels-effets-dramaturgiques-table-ronde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1396","title":{"rendered":"Les nouvelles technologies au th\u00e9\u00e2tre : pour quels effets dramaturgiques ?\/Table ronde"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Les nouvelles technologies au th\u00e9\u00e2tre : pour quels effets dramaturgiques ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Table ronde<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Th\u00e9\u00e2tre Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration \u00e0 Lyon\u00a9\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong><em>CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture (pour cette table ronde<\/em> <em>:<\/em><\/strong> <em><strong>Claude Beyeler, Simon Hagemann, Anne-Charlotte Neidig, R\u00e9becca Pierrot, Izabella Pluta, Anna\u00eblle Poget)<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Dans le cadre du s\u00e9minaire PREAC THEATRE intitul\u00e9 <\/em>Le th\u00e9\u00e2tre augment\u00e9, pour quels effets dramaturgiques ? En quoi l\u2019usage des nouvelles technologies modifie-t-il le th\u00e9\u00e2tre, la pratique du metteur en sc\u00e8ne, celle du com\u00e9dien ?<em>, les 12, 13 et 14 octobre 2016 au Th\u00e9\u00e2tre Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration \u00e0 Lyon.<\/em> <em>Ce stage national PREAC organis\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration interroge l&rsquo;apport des outils <\/em><em>num\u00e9riques au th\u00e9\u00e2tre en alternant des temps th\u00e9oriques (conf\u00e9rences d&rsquo;universitaires sp\u00e9cialistes <\/em><em>du domaine) avec des temps de pratiques en ateliers avec des artistes. Le spectacle de Joris <\/em><em>Mathieu, <\/em>Hikikomori-le refuge<em>, que les stagiaires pourront d\u00e9couvrir lors du stage, fera l&rsquo;objet <\/em><em>d&rsquo;une r\u00e9flexion. Les participants de cette table ronde sont\u00a0:<\/em> <em>Nicolas Boudier (collectif Haut et <\/em><em>Court), <\/em><em>Joris Mathieu, directeur du Th\u00e9\u00e2tre Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration (collectif Haut et Court),\u00a0<\/em><em>Nicolas <\/em><em>Rosette\u00a0<\/em><em>(<\/em><em>Th\u00e9\u00e2tre Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration), Claire Bardainne et Adrien Mondot (compagnie Adrien <\/em><em>Mondot &amp; Claire Bardainne), <\/em><em>Julien Dubuc,<\/em> <em>Alexia Chandon-Piazza et Chlo\u00e9 Dumas <\/em><em>(Collectif In <\/em><em>Vivo) et Selena Savi\u0107,<\/em><em> architecte et chercheuse (Science de l\u2019Information appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019Architecture). <\/em><em>Introduction et mod\u00e9ration : Catherine Ailloud-Nicolas (dramaturge et chercheuse li\u00e9e \u00e0 l\u2019Institut <\/em><em>d&rsquo;Histoire des Repr\u00e9sentations et des Id\u00e9es dans les Modernit\u00e9s)<\/em><em>. Nous remercions Joris Mathieu <\/em><em>pour son autorisation \u00e0 transcrire ce d\u00e9bat et le publier sur le site des \u00ab Critiques \u00bb. La <\/em><em>transcription a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en mars 2021 par R\u00e9becca Pierrot, a \u00e9t\u00e9 retravaill\u00e9e, puis a pris <\/em><em>finalement une forme plus litt\u00e9raire, l\u00e9g\u00e8rement abr\u00e9g\u00e9e dans la version \u00e9dit\u00e9e par rapport \u00e0 <\/em><em>l\u2019enregistrement sonore original.<\/em><!--more--><\/p>\n<p><strong>Catherine Ailloud-Nicolas :<\/strong> Je propose que vous vous pr\u00e9sentiez sous l\u2019angle du titre de notre formation. Je donne la parole \u00e0 Joris Mathieu, directeur de ce Th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p><strong>Joris Mathieu :<\/strong> Je suis metteur en sc\u00e8ne et Nicolas [Boudier] est sc\u00e9nographe et \u00e9clairagiste. Nous travaillons ensemble depuis dix-ans ans, et constituons une sorte d&rsquo;ensemble artistique avec les membres de l&rsquo;\u00e9quipe Haut et Court qui m&rsquo;ont accompagn\u00e9 dans la direction du CDN<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a>. Dans notre travail est d\u2019abord apparue la question sc\u00e9nographique, et ce d\u00e8s les premiers spectacles. L&rsquo;espace comme \u00e9l\u00e9ment dramaturgique qui raconte des histoires, qui met en pr\u00e9sence les acteurs dans un environnement, qui orchestre une relation sp\u00e9cifique avec le spectateur et avec tous ses sens ouverts. Il s\u2019agit de l\u2019\u0153il \u00e9videmment dans le rapport au cadre et \u00e0 l&rsquo;image mais \u00e9galement d\u2019une tr\u00e8s forte dimension musicale ; cette derni\u00e8re dans l&rsquo;accompagnement de la travers\u00e9e du spectacle mais aussi dans la dimension physique du son et sa r\u00e9sonance dans un espace et dans les corps. C&rsquo;est un peu naturellement en travaillant sur la sc\u00e9nographie, le cadre, la lumi\u00e8re, la musique, que l&rsquo;int\u00e9gration d\u2019un travail sur l&rsquo;image num\u00e9rique est arriv\u00e9e. D\u2019abord, cela s\u2019est fait dans les premiers spectacles avec la projection d\u2019images sur \u00e9cran, puis au sein d\u2019une probl\u00e9matique qui nous est apparue. Une probl\u00e9matique sc\u00e9nique, toute simple, je dirais : comment traverser l&rsquo;\u00e9cran ? Comment faire pour que l&rsquo;\u00e9cran ne soit pas qu&rsquo;un simple support \u00e0 l&rsquo;image, mais bien un support de projection d&rsquo;imaginaire pour les spectateurs ? En consid\u00e9rant \u00e9tymologiquement les \u00e9l\u00e9ments, l&rsquo;\u00e9cran permet d&rsquo;afficher des choses mais il peut aussi \u00eatre ce qui fait obstacle \u00e0 la vision, c&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;acteur est <em>derri\u00e8re<\/em>, <em>devant<\/em>, <em>\u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/em> mais physiquement l&rsquo;\u00e9cran est pr\u00e9sent. La question de se d\u00e9barrasser du support \u00e9cran s\u2019est donc tr\u00e8s vite impos\u00e9e pour introduire des dispositifs du type <em>Pepper&rsquo;s Ghost<\/em> dont on a parl\u00e9 ce matin, et peut-\u00eatre aussi cet apr\u00e8s-midi<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a>. Ce qui est tr\u00e8s int\u00e9ressant et qui a \u00e9t\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment important avec l&rsquo;exploration de ce dispositif du <em>Pepper&rsquo;s Ghost<\/em>, c&rsquo;est d\u2019y retrouver la sc\u00e8ne, comme ce qu&rsquo;on pourrait d\u00e9finir comme un \u00e9cran dou\u00e9 de profondeur dans lequel l&rsquo;image n&rsquo;est pas plane, mais a le m\u00eame statut que les autres \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques qui interviennent. Quand je dis \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques, c&rsquo;est un peu provocateur, cela peut \u00eatre l&rsquo;acteur aussi bien que les objets ou les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9coratifs. Tous ces composantes ont eu un impact important puisqu\u2019elles ont men\u00e9 progressivement &#8211; d&rsquo;abord par la rencontre avec un auteur Antoine Volodine<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a>, qui d\u00e9veloppe des univers toujours \u00e0 la fronti\u00e8re entre le monde des vivants et le monde des morts &#8211; \u00e0 notre premier usage du <em>Pepper&rsquo;s Ghost.<\/em> Notre but \u00e9tait de rendre tangible cette relation incertaine qui est celle du vivant et du mort dans cet espace-l\u00e0 du th\u00e9\u00e2tre qui souvent r\u00e9sonne avec ces questions. Plus que l&rsquo;illusion, finalement, c&rsquo;\u00e9tait la question du trouble qui \u00e9tait pr\u00e9sente\u00a0: le trouble du r\u00e9el, la perception du corps en sc\u00e8ne, et on l&rsquo;esp\u00e9rait, par ricochet, l&rsquo;interrogation que \u00e7a pouvait provoquer chez chaque spectateur, de la nature de son propre corps, un peu par effet miroir. Ce premier travail a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9but d&rsquo;un cycle sur l&rsquo;exploration de la perte\u00a0: qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on perd, qu&rsquo;est-ce qui nous manque\u00a0? Par la suite, \u00e0 travers l&rsquo;univers de Philip K. Dick<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a>, il s\u2019agissait de la disparition de la chair, comment la chair disparaissait sous les yeux du spectateur, comment le corps se d\u00e9sincarnait.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1407\" aria-describedby=\"caption-attachment-1407\" style=\"width: 376px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1407\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/JorisMathieu-Banniere.jpg\" alt=\"\" width=\"376\" height=\"154\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/JorisMathieu-Banniere.jpg 845w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/JorisMathieu-Banniere-300x123.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/JorisMathieu-Banniere-768x314.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 376px) 100vw, 376px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1407\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>Joris Mathieu. Phot. DR<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans <em>Hikikomori<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\"><strong>[5]<\/strong><\/a>, <\/em>c&rsquo;est plut\u00f4t la question de la disparition de la communication qui se met en place, avec des personnages qui ne dialoguent plus entre eux et qui sont dans le silence le plus total, mais qui continuent \u00e0 \u00eatre anim\u00e9s de pens\u00e9es. La sc\u00e9nographie est le point central pour nous, et \u00e9videmment la recherche de l&rsquo;effet physique sur le spectateur, c&rsquo;est-\u00e0-dire, comment il per\u00e7oit, comment il re\u00e7oit ce qui est envoy\u00e9, avec cette id\u00e9e &#8211; ce terme a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 ce matin par Izabella [Pluta] dans sa pr\u00e9sentation &#8211; comment le spectateur devient coproducteur finalement, d&rsquo;un spectacle, puisqu\u2019il porte son regard avec une forte subjectivit\u00e9 et ne fait pas que recevoir un message qui serait \u00e9mis et interpr\u00e9t\u00e9 de mani\u00e8re universelle par tous, mais, effectue son propre travail d&rsquo;interpr\u00e9tation. C&rsquo;est vraiment \u00e7a qui guide notre d\u00e9marche dans l&rsquo;entrechoc entre des images litt\u00e9raires et des images sc\u00e9niques ou musicales qui font que dans leur rencontre, chacun\u00b7e se fabrique son propre montage, pour reprendre d&rsquo;une certaine mani\u00e8re les mots exprim\u00e9s tout \u00e0 l&rsquo;heure en parlant de Jacques Polieri<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a>, il me semble.<\/p>\n<p><strong>Catherine Ailloud-Nicolas :<\/strong> On continue ce petit tour rapide pour que vous ayez un peu une id\u00e9e de qui vous avez en face de vous.<\/p>\n<p><strong>Selena Savi<\/strong><strong>\u0107 :<\/strong> Je suis chercheuse et architecte. Je travaille dans le contexte du th\u00e9\u00e2tre sur les questions de la technologie, leur mat\u00e9rialit\u00e9, et l&rsquo;interaction avec la technologie.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1411\" aria-describedby=\"caption-attachment-1411\" style=\"width: 234px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1411\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/selena-savic.jpg\" alt=\"\" width=\"234\" height=\"234\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/selena-savic.jpg 1200w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/selena-savic-300x300.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/selena-savic-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/selena-savic-150x150.jpg 150w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/selena-savic-768x768.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/selena-savic-140x140.jpg 140w\" sizes=\"(max-width: 234px) 100vw, 234px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1411\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>Selena Savi\u0107. Phot. DR<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>J&rsquo;ai travaill\u00e9 sp\u00e9cifiquement sur un projet qui essayait de tester les outils d&rsquo;augmentation de la performance, de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait de voir comment on pourrait travailler ensemble : une \u00e9quipe qui d\u00e9veloppe la technologie et la dramaturgie. C&rsquo;est une question tr\u00e8s difficile qui demande beaucoup d&rsquo;\u00e9changes entre les domaines et plusieurs sacrifices dans la discipline ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas toujours facile. A c\u00f4t\u00e9 de cet int\u00e9r\u00eat pour la mat\u00e9rialit\u00e9 de la technologie, je travaillais \u00e0 la fois sur la sc\u00e9nographie avec les \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor de nature num\u00e9rique et interactive. Je dirais que je trouve toujours difficile de d\u00e9finir ma profession et de trouver cette niche o\u00f9 je suis l&rsquo;experte. Ici, dans cette situation, je suis une experte peut-\u00eatre dans la recherche, puisque c&rsquo;est ce qui me diff\u00e9rencie des autres. N\u00e9anmoins, chaque fois, selon l&rsquo;entourage, on a une fonction diff\u00e9rente par rapport aux autres et j&rsquo;aimerais tresser cette interdisciplinarit\u00e9 qui, dans mon travail, m&rsquo;aide \u00e0 comprendre la complexit\u00e9 qui est en jeu, dans la cr\u00e9ation ou dans la vie.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Rosette\u00a0:<\/strong> Je suis collaborateur artistique et je fais partie de la direction du Th\u00e9\u00e2tre Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration aux c\u00f4t\u00e9s de Joris [Mathieu] et C\u00e9line [Le Roux]. Au-del\u00e0 de l&rsquo;accompagner dans son bon fonctionnement et sa programmation, j&rsquo;ai aussi un parcours qui va jusqu&rsquo;\u00e0 des questions plut\u00f4t de sociologie, d&rsquo;anthropologie, o\u00f9 je me suis beaucoup int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 divers m\u00e9dias, en incluant notamment le spectacle vivant. Cela m&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 travailler dans le design d&rsquo;interaction, dans l&rsquo;industrie lourde des jeux vid\u00e9o et \u00e0 positionner des questions contemporaines autour de cette soci\u00e9t\u00e9 du num\u00e9rique et aussi des formes d&rsquo;\u00e9criture. C&rsquo;est plut\u00f4t un regard non plus seulement interdisciplinaire mais presque de plusieurs m\u00e9dias, et m\u00eame trans-sectoriel, puisque que je pose aussi bien le regard \u00e0 travers le prisme de l&rsquo;industrie lourde l&rsquo;<em>entertainment <\/em>que les professions finalement beaucoup plus artisanales qui sont les n\u00f4tres au sein du spectacle vivant.<\/p>\n<p><strong>Claire Bardainne : <\/strong>Nous formons avec Adrien [Mondot] un bin\u00f4me de cr\u00e9ation et de direction d&rsquo;une compagnie qui porte notre nom. Nous effectuons un travail de th\u00e9\u00e2tre visuel : il n&rsquo;y a pas de texte dans nos cr\u00e9ations, nous ne savons m\u00eame pas s&rsquo;il y a une histoire.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1430\" aria-describedby=\"caption-attachment-1430\" style=\"width: 198px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1430\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Andrien-Mondot_DR.png\" alt=\"\" width=\"198\" height=\"292\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Andrien-Mondot_DR.png 1000w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Andrien-Mondot_DR-203x300.png 203w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Andrien-Mondot_DR-694x1024.png 694w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Andrien-Mondot_DR-768x1134.png 768w\" sizes=\"(max-width: 198px) 100vw, 198px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1430\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>Adrien Mondot. Phot. DR<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Adrien Mondot\u00a0:<\/strong> Nous sommes \u00e0 la recherche d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre de sensations o\u00f9 l&rsquo;on explore les possibilit\u00e9s d&rsquo;un m\u00e9dia, peut-\u00eatre de l&rsquo;endroit d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on parle. Pour ma part, je ne viens pas du tout d&rsquo;un milieu artistique. Je suis ing\u00e9nieur informatique au d\u00e9part, ainsi que jongleur et c\u2019est en m&rsquo;associant avec Claire, qui elle est sc\u00e9nographe et plasticienne, que nous avons d\u00e9cid\u00e9 de chercher ce qu&rsquo;apportait ce m\u00e9dium de la mati\u00e8re graphique en mouvement : quelles \u00e9motions arrivions-nous \u00e0 faire ressentir ?<\/p>\n<p><strong>Claire Bardainne :<\/strong> Faire des images toutes seules \u00e7a ne nous int\u00e9resse pas. L&rsquo;enjeu pour nous c&rsquo;est de transformer des images en paysage, en partenaire de jeu, et de leur faire rencontrer le corps sur sc\u00e8ne, le corps vivant et d\u2019en constituer des outils technologiques du spectacle. Cela veut dire faire des \u00ab\u00a0outils vivants\u00a0\u00bb. Tout l&rsquo;enjeu pour nous est d&rsquo;aller penser des outils : d\u00e8s l&rsquo;amorce du processus cr\u00e9atif, dans la programmation m\u00eame du logiciel, dans la construction des ordinateurs, d&rsquo;aller vraiment penser un num\u00e9rique qui va permettre de garder la fragilit\u00e9 et la beaut\u00e9 de la pr\u00e9sence vivante sur sc\u00e8ne. Comme on l&rsquo;a un peu \u00e9voqu\u00e9 aussi tout \u00e0 l&rsquo;heure, nous traversons le champ du spectacle vivant et celui aussi des arts plastiques. Effectivement moi j&rsquo;ai plut\u00f4t une pratique qui vient originellement du champ du graphisme et de l&rsquo;\u00e9laboration faite de sensations &#8211; et nous essayons de construire avec l&rsquo;imaginaire, <em>l&rsquo;imaginaire des sensations<\/em>. Ce n&rsquo;est pas figuratif. Nous utilisons des images en g\u00e9n\u00e9ral tr\u00e8s simples, si l&rsquo;on peut dire, d&rsquo;un point de vue graphique : des points, des lignes, \u00e0 la limite des lettres, en g\u00e9n\u00e9ral en noir et blanc &#8211; \u00e7a n&rsquo;est pas pour des raisons techniques (je devance la question) &#8211; nous pourrions faire des couleurs mais nous pr\u00e9f\u00e9rons rester dans cette forme de minimalisme graphique, pour donner la place la plus grande \u00e0 l&rsquo;imaginaire du spectateur.<\/p>\n<p><strong>Adrien <\/strong><strong>Mondot\u00a0:<\/strong> Il est de fait que nous pensons toujours les sc\u00e9nographies en m\u00eame temps que le projet. L&rsquo;espace est notre premier rapport \u00e0 une \u0153uvre g\u00e9n\u00e9ralement : comment l&rsquo;image va rencontrer la mati\u00e8re?, comment la lumi\u00e8re va rencontrer la mati\u00e8re? Comme le disait Joris, nous cherchons souvent \u00e0 faire sortir l&rsquo;image de son cadre d&rsquo;image. Nous n&rsquo;utilisons alors jamais l&rsquo;\u00e9cran mais toujours des surfaces qui permettent de ne pas sentir le contour, le bord de l\u2019image projet\u00e9e et qui sont transparentes pour pas qu&rsquo;on ait cette notion de <em>devant<\/em> ou <em>derri\u00e8re<\/em> mais que l&rsquo;image soit l\u00e0, sur le plateau, au m\u00eame titre que les interpr\u00e8tes.<\/p>\n<p><strong> Claire Bardainne : <\/strong>Nous utilisons \u00e0 la fois de technique de manipulation puisque tout est anim\u00e9 en temps r\u00e9el et rien n&rsquo;est enregistr\u00e9. Nous effectuons un travail en r\u00e9gie de marionnettes virtuelles, c&rsquo;est-\u00e0-dire que nous animons les images avec des outils comme les tablettes graphiques ou des iPads, de mani\u00e8re \u00e0 les faire danser en m\u00eame temps que les interpr\u00e8tes. Cela cr\u00e9e finalement un v\u00e9ritable duo qui s&rsquo;op\u00e8re entre la personne qui est sur sc\u00e8ne et la personne qui est l&rsquo;op\u00e9rateur, qu&rsquo;on appelle l&rsquo;<em>interpr\u00e8te num\u00e9rique<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Adrien Mondot :<\/strong> C&rsquo;est en quelque sorte du <em>marionnettisme<\/em>, \u00e0 l\u2019exception du fait que les fils sont juste des algorithmes et les doigts, qui manipulent ces marionnettes, sont cach\u00e9s en r\u00e9gie ou non.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1433\" aria-describedby=\"caption-attachment-1433\" style=\"width: 220px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1433\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Bardainne_Romain-Etienne.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"229\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1433\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>Claire Bardainne. Phot. Romain Etienne\u00a9<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Claire Bardainne : <\/strong>Dans nos derni\u00e8res recherches qui sont une transposition \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la page d&rsquo;un livre des \u00e9motions et des sensations qu&rsquo;on cherche \u00e0 cr\u00e9er, nous sommes en train de repasser sur les images <em>Du mouvement de l&rsquo;air <\/em>discut\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n<p><strong>Adrien Mondot :<\/strong> Nous cherchons toujours \u00e0 faire des choses avec les moyens du bord, nous sommes vraiment dans une vision <em>do it yourself<\/em>, beaucoup de bricolages qui ne sont pas du tout de la haute technologie. Nous croyons vraiment de remettre tout le temps l&rsquo;humain au centre des recherches, quand bien m\u00eame il y a de la technologie sur le plateau. C&rsquo;est toujours pour l&rsquo;humain, et m\u00eame en r\u00e9gie cela reste tr\u00e8s humain : nous n&rsquo;utilisons pas de capteurs, mais uniquement des petites menottes que nous dessinons et bougeons avec les danseurs.<\/p>\n<p><strong>Claire Bardainne :<\/strong> Pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n<p><strong>Julien Dubuc : <\/strong>Je repr\u00e9sente le collectif INVIVO. Nous l&rsquo;avons fond\u00e9 en 2011, dans un but de produire de fa\u00e7on collective des formes hybrides. Nous sommes justement dans la cat\u00e9gorie inclassable dont nous parlions tout \u00e0 l&rsquo;heure. Nous venons du th\u00e9\u00e2tre, et nous sommes tous rencontr\u00e9s durant notre formation \u00e0 l&rsquo;ENSATT<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\">[7]<\/a>. \u00a0Nous nous sommes retrouv\u00e9s autour de la probl\u00e9matique de partir du spectateur pour faire l\u2019\u0153uvre, mais nous pensons vraiment que l\u2019\u0153uvre se fait dans l&rsquo;espace mental du spectateur, ce qui nous a pouss\u00e9 \u00e0 nous demander : pourquoi ne pas partir du point de d\u00e9part, autrement dit, de la perception du spectateur, et comment est-il possible de construire l\u2019\u0153uvre th\u00e9\u00e2trale autour de cette perception ?<\/p>\n<p><strong>Chlo\u00e9 Dumas<\/strong> <strong>:<\/strong> Nous n\u2019avons pas forc\u00e9ment de texte non plus. Nous utilisons des extraits de textes ou d\u2019autres mani\u00e8res diff\u00e9rentes. Cependant, la dramaturgie, elle, ne se cr\u00e9e pas avec un texte initial, mais plut\u00f4t \u00e0 partir du regard du spectateur comme point de d\u00e9part.<\/p>\n<p><strong> Julien Dubuc<\/strong> <strong>:<\/strong> Les outils technologiques, nous les utilisons tous les jours comme v\u00e9ritables outils, mais aussi dans nos cr\u00e9ations, en tant que sujets. Ce proc\u00e9d\u00e9 est assez r\u00e9current.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1408\" aria-describedby=\"caption-attachment-1408\" style=\"width: 249px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1408\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/julien-dubuc-intervenant-mirage-festival-866x866-1.jpg\" alt=\"\" width=\"249\" height=\"249\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/julien-dubuc-intervenant-mirage-festival-866x866-1.jpg 866w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/julien-dubuc-intervenant-mirage-festival-866x866-1-300x300.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/julien-dubuc-intervenant-mirage-festival-866x866-1-150x150.jpg 150w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/julien-dubuc-intervenant-mirage-festival-866x866-1-768x768.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/julien-dubuc-intervenant-mirage-festival-866x866-1-140x140.jpg 140w\" sizes=\"(max-width: 249px) 100vw, 249px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1408\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>Julien Dubuc. Phot. DR<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>La premi\u00e8re cr\u00e9ation s&rsquo;appelait <em>Parfois je r\u00eave que je vois<\/em><em>.<\/em> C&rsquo;\u00e9tait un spectacle immersif pour dix spectateurs en casques, qui durait 45 minutes. Dans toutes les cr\u00e9ations o\u00f9 nous avons utilis\u00e9 le son au casque et la technique du binaural qui permet de faire des hologrammes sonores, des images holophoniques permettent de reconstruire \u00e0 360\u00b0 autour de la t\u00eate du spectateur un vrai univers sonore, et d&rsquo;\u00eatre plong\u00e9 au milieu d&rsquo;une rue, puis dans une chambre.<\/p>\n<p><strong> Catherine Ailloud-Nicolas <\/strong><strong>: <\/strong>Comme vous avez fait cette petite pr\u00e9sentation les uns et les autres, vous voyez qu\u2019il m\u2019est difficile de faire \u00e9merger quelques questions qui vous rassemblent \u00e0 partir de ces pr\u00e9sentations. Ce matin, nous avons exprim\u00e9 que, fondamentalement, il y avait deux mondes en parall\u00e8les\u00a0: le monde de la recherche artistique et le monde de la recherche scientifique. J&rsquo;ai l&rsquo;impression, quand je vous entends tous, que ces deux mondes ont finalement \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9s dans chacune de vos \u00e9quipes. Dans ces derni\u00e8res, comment fonctionne le rapport entre la recherche technologique (de l&rsquo;outil, des possibilit\u00e9s), et d&rsquo;autre part la recherche th\u00e9\u00e2trale\u00a0? Comment cela fonctionne \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de vos processus de cr\u00e9ation ou durablement dans le parcours\u00a0?<\/p>\n<p><strong> Joris Mathieu :<\/strong> D\u00e9j\u00e0, dans l&rsquo;\u00e9quipe, il y a plusieurs comp\u00e9tences qui sont r\u00e9unies, et effectivement, en d\u00e9veloppant le travail, des personnes sont arriv\u00e9es et se sont install\u00e9es durablement, comme Lo\u00efc qui est \u00e0 la fois plasticien parce qu&rsquo;il a fait l&rsquo;\u00e9cole du Fresnoy<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\">[8]<\/a> mais aussi programmeur et qui d\u00e9veloppe pour nous en interne des outils nous permettant de r\u00e9aliser ce que l&rsquo;on veut produire. Il est donc vrai que petit \u00e0 petit, les comp\u00e9tences sont int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe de cr\u00e9ation. Apr\u00e8s, dans notre d\u00e9marche, nous sommes sur des phasages : c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il y a toujours une approche sc\u00e9nographique d\u2019abord, o\u00f9 Nicolas et moi prenons du temps pour travailler sur la question de l&rsquo;espace du dispositif avec une phase pr\u00e9paratoire quand il na\u00eet (le plus souvent de l&rsquo;adaptation d&rsquo;un texte). Par cons\u00e9quent, il y a toujours une premi\u00e8re adaptation, nous produisons un projet sc\u00e9nographique, et \u00e0 la suite du projet sc\u00e9nographique, une deuxi\u00e8me version de l&rsquo;adaptation du texte vient \u00e9liminer ce qui est d\u00e9j\u00e0, pour nous, racont\u00e9 par le dispositif en lui-m\u00eame, ce que cela renvoie pour nous au spectateur.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1409\" aria-describedby=\"caption-attachment-1409\" style=\"width: 255px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1409 size-full\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-Bardo_2010_Siegfried-Marque.jpg\" alt=\"\" width=\"255\" height=\"170\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1409\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Joris Mathieu \u00ab\u00a0Bardo\u00a0\u00bb. Phot. Siegfried Marque\u00a9<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p>Ensuite, quand nous rentrons dans le travail de r\u00e9p\u00e9tition, nous travaillons dans la temporalit\u00e9 qui est celle du spectacle vivant, c&rsquo;est-\u00e0-dire que nous avons tr\u00e8s peu d&rsquo;images r\u00e9alis\u00e9es en amont, mais nous avons deux vid\u00e9astes, Lo\u00efc Bontemps et Siegfried Marque, qui dans le temps des r\u00e9p\u00e9titions, r\u00e9alisent des images en temps r\u00e9el, par rapport aux situations que nous sommes en train de travailler au plateau. Il s&rsquo;agit plut\u00f4t du travail de l&rsquo;image qui s&rsquo;adapte \u00e0 la dimension vivante du th\u00e9\u00e2tre, o\u00f9, quand nous sommes en r\u00e9p\u00e9tition, les choses \u00e9voluent de jour en jour et par cons\u00e9quent, le travail sur l&rsquo;image. Nous sommes dans quelque chose o\u00f9 l&rsquo;image ne vient pas figer un travail, mais \u00e9volue en m\u00eame temps que le travail de plateau se fait.<\/p>\n<p><strong>Adrien <\/strong><strong>Mondot<\/strong> <strong>:<\/strong> C&rsquo;est une question qui revient souvent, qui s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9e aujourd\u2019hui et qui se posera apr\u00e8s : l&rsquo;interpr\u00e8te \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un dispositif comme celui-l\u00e0, un dispositif sc\u00e9nographique important, modifie son approche au th\u00e9\u00e2tre. M\u00eame si le vivant est au centre du projet avec l&rsquo;interpr\u00e8te, il y a la notion, en tout cas dans notre travail, d&rsquo;\u00eatre en sc\u00e8ne plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre sur sc\u00e8ne, qui est assez fondamentale, c&rsquo;est-\u00e0-dire se concentrer sur l&rsquo;\u00e9tat de pr\u00e9sence. Nous sommes dans un domaine qui est celui de l&rsquo;illusion avec le syst\u00e8me du <em>Pepper&rsquo;s ghost<\/em> que nous employons souvent, et finalement la m\u00e9canique qui doit exister chez l&rsquo;acteur, c&rsquo;est celle d&rsquo;\u00eatre le premier \u00e0 croire \u00e0 l&rsquo;illusion qu&rsquo;il ne voit m\u00eame pas lui-m\u00eame. Il doit donc croire \u00e0 un environnement avec lequel il joue, alors que lui ne le per\u00e7oit pas. Seul le spectateur le per\u00e7oit. Il s\u2019agit alors de quelque chose qui m&rsquo;int\u00e9resse dans la \u00ab\u00a0nourriture\u00a0\u00bb du travail, parce que cela cr\u00e9e des \u00e9volutions dans les r\u00e9p\u00e9titions. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on se rend compte que la dimension vivante \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ce dispositif un peu technique est fondamentale mais repose sur la capacit\u00e9 de l&rsquo;acteur \u00e0 se raconter des histoires et \u00e0 croire lui-m\u00eame aux choses qu&rsquo;il raconte.<\/p>\n<p><strong>Catherine Ailloud-Nicolas <\/strong><strong>:<\/strong> Je souhaiterais que l\u2019on revienne en arri\u00e8re sur l&rsquo;espace de recherche entre la recherche purement technique\u00a0et la recherche artistique : est-ce que na\u00eet de ce partenariat un transfert de comp\u00e9tences, petit \u00e0 petit, de transdisciplinarit\u00e9 entre la partie purement technique et la partie purement artistique, et est-il possible de s\u00e9parer les deux de mani\u00e8re \u00e9vidente\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Adrien Mondot\u00a0:<\/strong> Pour notre part, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de mettre tout relativement sur un m\u00eame plan, de mani\u00e8re horizontale. Il n&rsquo;y a pas de syst\u00e8me qui soit r\u00e9current dans nos cr\u00e9ations. Parfois, ce sont des proc\u00e9d\u00e9s techniques qui sont l&#8217;embryon d&rsquo;une id\u00e9e, et qui ensuite poussent et se d\u00e9ploient dans l&rsquo;\u00e9change. Inversement, cela peut \u00eatre chercher \u00e0 incarner une id\u00e9e puis trouver le moyen technique de la r\u00e9aliser. Il n&rsquo;y a toutefois pas de r\u00e8gle, a priori.<\/p>\n<p><strong>Claire Bardainne : <\/strong>Je pense que c&rsquo;est aussi quelque chose qui est sp\u00e9cifique \u00e0 l&rsquo;usage de ces technologies num\u00e9riques : cette horizontalit\u00e9, le fait qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas finalement une hi\u00e9rarchie pyramidale, avec l&rsquo;id\u00e9e tout en haut qui d\u00e9cide de tout et puis la technique apr\u00e8s qui va effectuer tout le travail. Nous ne d\u00e9fendons vraiment que le processus de cr\u00e9ation, les id\u00e9es technologiques, les possibilit\u00e9s. Par exemple, l&rsquo;apparition d&rsquo;un logiciel comme Weser, ce qui nous a permis de travailler sur des partitions ex\u00e9cut\u00e9es par l&rsquo;ordinateur, des partitions complexes qu&rsquo;un humain ne peut pas ex\u00e9cuter, mais qui sont quand m\u00eame r\u00e9alis\u00e9es en temps r\u00e9el, nous a donn\u00e9 des id\u00e9es, et il s\u2019agit bien d\u2019une possibilit\u00e9 technique. L\u00e0, elle est logicielle, mais cela pourrait \u00eatre mat\u00e9riel pour \u00eatre la rencontre aussi avec quelqu&rsquo;un qui est porteur d&rsquo;une capacit\u00e9 et d&rsquo;une connaissance. Cela va finalement ouvrir sur des exp\u00e9riences sensibles et des sc\u00e8nes enti\u00e8res. Et puis la sc\u00e8ne d&rsquo;apr\u00e8s, ce sera la musique qui donne le \u00ab la \u00bb, au sens propre et au sens figur\u00e9 et qui va faire que tout le monde va s&rsquo;organiser pour aller \u00e9pouser finalement une id\u00e9e qui est une id\u00e9e sonore. Nous avan\u00e7ons comme \u00e7a dans la cr\u00e9ation, dans un processus vraiment tr\u00e8s horizontal, dans lesquels les m\u00e9dias se croisent comme une tresse, sans une prenant plus d\u2019importance qu\u2019une autre.<\/p>\n<p><strong> Adrien Mondot :<\/strong> Il est important, je pense, que ces allers-retours se fassent tr\u00e8s rapidement, entre technique et exp\u00e9rimentation plateau, afin d\u2019\u00e9viter ce que l&rsquo;on pourrait appeler le \u00ab\u00a0syndrome du mus\u00e9e des confluent\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, de se lancer dans une piste de travail qui n&rsquo;est pas la bonne et continuer, continuer, pers\u00e9v\u00e9rer, dans l\u2019optique que cela fonctionnera un jour.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1400\" aria-describedby=\"caption-attachment-1400\" style=\"width: 722px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1400\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/AMCB-Hakanai-\u252c\u00aeRomainEtienne5073-scaled.jpg\" alt=\"\" width=\"722\" height=\"481\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/AMCB-Hakanai-\u252c\u00aeRomainEtienne5073-scaled.jpg 2560w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/AMCB-Hakanai-\u252c\u00aeRomainEtienne5073-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/AMCB-Hakanai-\u252c\u00aeRomainEtienne5073-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/AMCB-Hakanai-\u252c\u00aeRomainEtienne5073-768x512.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/AMCB-Hakanai-\u252c\u00aeRomainEtienne5073-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/AMCB-Hakanai-\u252c\u00aeRomainEtienne5073-2048x1365.jpg 2048w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/AMCB-Hakanai-\u252c\u00aeRomainEtienne5073-1260x840.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 722px) 100vw, 722px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1400\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Claire Bardainne &amp; Adrien Mondot \u00ab\u00a0Hakanai\u00a0\u00bb. Phot. Romain Etienne<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong> Claire Bardainne : <\/strong>Une autre caract\u00e9ristique, en tout cas dans notre fa\u00e7on de travailler, c&rsquo;est qu&rsquo;avec Adrien on a le nez dans les ordis, et on fait les choses tous les deux, on fait les images, alors on n&rsquo;est pas exactement au m\u00eame endroit, Adrien code aussi beaucoup les logiciels et moi j&rsquo;\u00e9cris plus les partitions, je suis plut\u00f4t dans l&rsquo;\u00e9criture des partitions d&rsquo;images. Mais on a travaill\u00e9 avec un chor\u00e9graphe sur<em> Le mouvement de l&rsquo;air <\/em>qui nous a dit \u00ab\u00a0c&rsquo;est la premi\u00e8re fois pour moi que le metteur en sc\u00e8ne est aussi le r\u00e9gisseur vid\u00e9o\u00a0\u00bb. Et nous sommes les premiers r\u00e9gisseurs vid\u00e9o de nos spectacles avant de transmettre cette partition-l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>Chlo\u00e9 Dumas :<\/strong> Je crois qu&rsquo;on se rejoint un peu, puisque comme l\u2019a \u00e9nonc\u00e9 Julien, nous venons justement du th\u00e9\u00e2tre classique o\u00f9 nous avons appris \u00e0 travailler avec un metteur en sc\u00e8ne qui dirige le projet avec un texte, et l\u00e0, justement, nous avons des formations diff\u00e9rentes\u00a0: par exemple, moi, je suis sc\u00e9nographe, Julien fait plut\u00f4t la lumi\u00e8re et la vid\u00e9o, et Alexia est com\u00e9dienne. L&rsquo;id\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait justement de se demander pourquoi ne serait-il pas possible de partir d&rsquo;une vid\u00e9o ou d&rsquo;un son pour cr\u00e9er une dramaturgie. Et en \u00e7a, les technologies, qui sont donc nos outils, sont int\u00e9gr\u00e9es d\u00e8s le d\u00e9part dans le processus de travail. Par cons\u00e9quent, nous sommes aussi sur un plan horizontal et \u00e9crivons une partition o\u00f9 le son, le texte, l&rsquo;effet vid\u00e9o, l&rsquo;espace, se situent sur le m\u00eame plan. L&rsquo;outil peut donc \u00eatre aussi le point de d\u00e9part et un propos pour entamer un travail.<\/p>\n<p><strong>Catherine Ailloud-Nicolas <\/strong><strong>: <\/strong>Est-ce qu&rsquo;il peut y avoir l&rsquo;inverse, c&rsquo;est-\u00e0-dire une id\u00e9e que vous ayez, un r\u00eave pour lequel vous cherchiez ensuite une technologie qui vous permette de r\u00e9aliser ce r\u00eave ? Est-ce que \u00e7a existe aussi dans ce sens-l\u00e0 ?<\/p>\n<p><strong>Collectif INVIVO\u00a0: <\/strong>Oui, bien s\u00fbr\u00a0!<\/p>\n<p><strong> Catherine Ailloud-Nicolas <\/strong><strong>:<\/strong> Par exemple\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Adrien Mondot :<\/strong> Il s\u2019agit souvent d\u2019un travail de veille technologique, nous tombons parfois sur des \u00e9l\u00e9ments o\u00f9 nous nous disons \u00ab\u00a0ah !\u00a0\u00bb et l\u00e0 le puzzle s&rsquo;assemble et on se dit \u00ab\u00a0oui, tout \u00e0 fait\u00a0\u00bb, \u00e7a pourrait rentrer dans le cadre de cette production o\u00f9 l&rsquo;on a besoin de telle id\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> Claire Bardainne :<\/strong> Dans le travail que nous menons, nous sommes tr\u00e8s inspir\u00e9s par la nature, non pas pour la reproduire mais pour la transposer. Je laisserai Joris retrouver [<em>adresse \u00e0 Joris<\/em>] ta propre phrase que je ne vais pas citer. Ce que tu as dit un jour : \u00ab\u00a0c&rsquo;est comme emmener les gens en balades en for\u00eat\u00a0\u00bb. C&rsquo;est vrai, finalement nous aimons bien se dire que les spectacles que l&rsquo;on con\u00e7oit sont comme des balades, mais dans une nature un peu revisit\u00e9e, un peu particuli\u00e8re. Dans tous les cas, c&rsquo;est une source d&rsquo;inspiration qui est forte et c&rsquo;est quelquefois le point de d\u00e9part pour la cr\u00e9ation : avoir vu un banc de poissons sous l&rsquo;eau pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 et \u00eatre fascin\u00e9 par le mouvement social qui les anime, et avoir envie de retraduire cette impression-l\u00e0.<\/p>\n<p><strong> Catherine Ailloud-Nicolas <\/strong><strong>:<\/strong> Selena, cette question de l&rsquo;innovation et de la recherche \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des \u00e9quipes, comment est-ce que vous, vous la pensez ?<\/p>\n<p><strong> Selena Savi<\/strong><strong>\u0107 <\/strong><strong>:<\/strong> Je dois dire que je suis tr\u00e8s contente d&rsquo;entendre ce que les trois \u00e9quipes sont en train de dire, parce que pour moi, c&rsquo;\u00e9tait toujours une frustration de voir cette relation entre la solution et le probl\u00e8me, entre la technique et le r\u00eave, \u00e9tant toujours un peu guid\u00e9e par le r\u00eave. Je dirais qu&rsquo;il y a beaucoup de pratiques dans le th\u00e9\u00e2tre, dans les nouveaux m\u00e9dias, ou en art, o\u00f9 ce qui est fait s&rsquo;inspire des technologies, des possibilit\u00e9s ou des probl\u00e8mes de la technologie. Ce qui est pour moi int\u00e9ressant, maintenant, \u00e0 poser comme question, ce sont les diff\u00e9rentes id\u00e9es de recherche. Il y a la recherche d&rsquo;une solution, o\u00f9 par exemple, quand nous travaillons avec la technologie on cherche une solution, et recherchons les possibilit\u00e9s. Il y a aussi un type de recherche qui est assez similaire, un type de recherche de la solution artistique : nous avons besoin de montrer quelque chose d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, mais il y a aussi une recherche r\u00e9flexive qui est plut\u00f4t la recherche scientifique tr\u00e8s pr\u00e9sente dans le discours aujourd&rsquo;hui, de la recherche par projet, la recherche pratique, la recherche appliqu\u00e9e dans les arts dramatiques ou la recherche appliqu\u00e9e dans les arts en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e7a c&rsquo;est une grande confusion tout le temps. Et je pense, qu&rsquo;au lieu de d\u00e9finir les endroits -\u00e7a c&rsquo;est la recherche vraie ou \u00e7a ce n&rsquo;est pas une vraie recherche- ce qui ne va nous porter nulle part, c&rsquo;est plut\u00f4t int\u00e9ressant de discuter de la mani\u00e8re dont les r\u00e9sultats sont partag\u00e9s. Parce-que c&rsquo;est simple : avec la recherche scientifique on \u00e9crit des articles et on doit publier quelque chose. Quelquefois, nous sommes oblig\u00e9s de publier aussi les donn\u00e9es, d\u2019autres fois, ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire parce que la recherche \u00e9tait financ\u00e9e par Nestl\u00e9 en secret, donc ces questions du partage en sciences dures ou en sciences humaines, c&rsquo;est assez concret. Je pense que c&rsquo;est tr\u00e8s int\u00e9ressant de voir comment ce probl\u00e8me existe dans la recherche li\u00e9e \u00e0 la pratique, surtout dans vos pratiques. Comment est-il possible de partager vos connaissances ? Comment peut-on imaginer une plateforme ou un espace de partage de ce que vous avez appris \u00e0 faire que les autres doivent r\u00e9inventer, parce que chacun travaille dans son parcours sp\u00e9cifique. Il n&rsquo;est pas du tout facile de partager quelque chose qui est sp\u00e9cifique. Cependant, je pense qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une question int\u00e9ressante afin d\u2019approcher celle de la recherche dans ces discipline.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1402\" aria-describedby=\"caption-attachment-1402\" style=\"width: 738px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1402\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/cyborgame-last-rehearsal-175.jpg\" alt=\"\" width=\"738\" height=\"493\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/cyborgame-last-rehearsal-175.jpg 1280w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/cyborgame-last-rehearsal-175-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/cyborgame-last-rehearsal-175-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/cyborgame-last-rehearsal-175-768x512.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/cyborgame-last-rehearsal-175-1260x841.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 738px) 100vw, 738px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1402\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Gildas Millin \u00ab\u00a0Cyborgame\u00a0\u00bb. Phot. Sinlab\u00a9<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong> Catherien Ailloud-Nicolas <\/strong><strong>:<\/strong> Des r\u00e9actions\u00a0?<\/p>\n<p><strong> Adrien Mondot : <\/strong>C&rsquo;est une r\u00e9action qui part de mon exp\u00e9rience. En venant du milieu de la recherche scientifique, puisque j&rsquo;\u00e9tais informaticien \u00e0 l&rsquo;INRIA, j&rsquo;avais pris des habitudes de publier des r\u00e9sultats, ce qui me semblait important dans une optique de partage avec la communaut\u00e9, que ce soit des avanc\u00e9es ou des reculades, peu importe, mais au moins que ce soit publi\u00e9. Et j&rsquo;ai continu\u00e9 de pratiquer de cette mani\u00e8re apr\u00e8s avoir chang\u00e9 de m\u00e9tier, donc penser des projets artistiques, autrement dit publier des outils que je concevais et ainsi que les r\u00e9sultats des recherches concernant leur utilit\u00e9. Mais je me suis quand m\u00eame vite retrouv\u00e9 face \u00e0 une probl\u00e9matique\u00a0: il est de fait que partager ses recherches ne fait pas parti des pratiques du secteur du milieu culturel. Nous publions des spectacles, c&rsquo;est s\u00fbr, ce sont des objets finis, mais pas du tout des processus, et je me suis fait quand m\u00eame assez rapidement expliquer que, publier mes recherches n\u2019\u00e9tait pas une chose \u00e0 faire, parce que nous sommes dans un petit monde, et que si les r\u00e9sultats ne sont pas assez int\u00e9ressants, nous risquons tout simplement de se griller. La prise de risque est donc peu r\u00e9compens\u00e9e par l&rsquo;institution culturelle et elle est potentiellement dommageable. Voil\u00e0 pourquoi une grande partie des recherches restent secr\u00e8tes et sur le plateau, hors public.<\/p>\n<p><strong> Claire Bardainne :<\/strong> Je pense tout de m\u00eame qu&rsquo;il y a des communaut\u00e9s, dans nos secteurs, qui \u00e9changent sur des questions tr\u00e8s pr\u00e9cises et o\u00f9 l&rsquo;information circule. Je fais r\u00e9f\u00e9rence en particulier \u00e0 une lettre des r\u00e9gisseurs vid\u00e9o, o\u00f9 chacun peut poser une question, dont on est tous abonn\u00e9s. Chacun peut poser une question et tout le monde r\u00e9pond. Cette mani\u00e8re de fonctionner balaye un champ assez incroyable de questions tr\u00e8s techniques\u00a0; de quelle ampoule il faudrait pour tel usage par exemple, \u00e0 des questions de logiciels plus complexes. Cela existe quand m\u00eame, je pense qu&rsquo;il y a une transposition qui s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e de la culture internet et des r\u00e9seaux par les outils, et il y a donc une culture et une fa\u00e7on de penser qui s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e. Dans tous les cas, dans le v\u00e9cu, c\u2019est comme \u00e7a que je le vois.<\/p>\n<p><strong> Adrien Mondot : <\/strong>Il y a aussi des questions d\u2019auteur, de droits d\u2019auteur qui sont toujours tr\u00e8s complexes, et que j&rsquo;ai d\u00e9couvert pareil, en d\u00e9barquant dans l\u2019art.<\/p>\n<p><strong> Joris Mathieu : <\/strong>Oui, et pour aller dans le sens de ce que disait Adrien \u00e0 l&rsquo;instant, la prise de risque concerne la temporalit\u00e9 de production d&rsquo;un spectacle qui laisse peu de place \u00e0 l&rsquo;erreur et \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec, c&rsquo;est-\u00e0-dire que lorsque nous sommes vraiment dans de la recherche fondamentale et pure, finalement, il est tr\u00e8s risqu\u00e9 de l&rsquo;engager imm\u00e9diatement dans la temporalit\u00e9 de la fabrication d&rsquo;un spectacle. Il y a des incertitudes concernant la r\u00e9ception. Nous avons du mal \u00e0 quitter le registre de l&rsquo;\u00e9valuation du \u00ab\u00a0j&rsquo;ai aim\u00e9 \/ j&rsquo;ai pas aim\u00e9\u00a0\u00bb ou du \u00ab\u00a0r\u00e9ussi \/ pas r\u00e9ussi\u00a0\u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire que notre r\u00e9ception de spectateur face \u00e0 une \u0153uvre est quand m\u00eame beaucoup conditionn\u00e9e par ce sentiment qui na\u00eet, o\u00f9 l&rsquo;on sent que quelque chose est abouti et le partage de la recherche. Il est vrai que c&rsquo;est une probl\u00e9matique complexe, et dans notre secteur du spectacle vivant, les espaces o\u00f9 d\u00e9velopper de la recherche pure, sans objectif de production, sont relativement rares.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1443\" aria-describedby=\"caption-attachment-1443\" style=\"width: 748px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1443\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Mathieu_Artefact_Boudier.jpg\" alt=\"\" width=\"748\" height=\"421\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Mathieu_Artefact_Boudier.jpg 1280w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Mathieu_Artefact_Boudier-300x169.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Mathieu_Artefact_Boudier-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Mathieu_Artefact_Boudier-768x432.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Mathieu_Artefact_Boudier-1260x709.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 748px) 100vw, 748px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1443\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>Joris Mathieu \u00ab\u00a0Artefact\u00a0\u00bb. Phot. Nicolas Boudier\u00a9<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Catherine Ailloud-Nicolas <\/strong><strong>:<\/strong> Ce qui est dommage.<\/p>\n<p><strong>Joris Mathieu :<\/strong> Donc tr\u00e8s souvent, nous nous appuyons sur des recherches d\u00e9j\u00e0 plus ou moins abouties et on les int\u00e8gre \u00e0 des projets d&rsquo;\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale. Cela reste un d\u00e9fi, comme si cette logique d&rsquo;artisanat, se r\u00e9approprier des recherches qui ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, qui ont d\u00e9velopp\u00e9 des outils, des logiciels, et les int\u00e9grer \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture du spectacle vivant, il y a d\u00e9j\u00e0 un enjeu fort. Dans la temporalit\u00e9 qui est la n\u00f4tre et qui est celle de la fabrication d&rsquo;un spectacle, ce d\u00e9fi est d\u00e9j\u00e0 lourd \u00e0 relever.<\/p>\n<p><strong> Julien Dubuc : <\/strong>Puis, les outils souvent d\u00e9velopp\u00e9s, une fois qu&rsquo;ils marchent, sont souvent tr\u00e8s cibl\u00e9s sur une contrainte due au spectacle auquel on a particip\u00e9. Cela me semble compliqu\u00e9 de partager cet outil orient\u00e9 de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9ral, ou comment l&rsquo;utiliser. Cela pose une multitude d&rsquo;autres questions par la suite, m\u00eame d&rsquo;avoir un outil manipulable par quelqu&rsquo;un sans connaissance.<\/p>\n<p><strong>Nicholas Boudier :<\/strong> Puisqu\u2019il y a souvent des questions de logiciels. C\u2019est vrai que dans les sc\u00e9nographies que nous constituons, il s\u2019agit plus d\u2019objets et de mat\u00e9riel. La fabrication de ces objets doit se finaliser avant les r\u00e9p\u00e9titions. Nous passons aussi la r\u00e9alisation de certains outils aux constructeurs et d\u00e9veloppeurs externes qui vont avoir les capacit\u00e9s techniques \u00e0 r\u00e9aliser l&rsquo;objet. C&rsquo;est aussi comment nous allons utiliser l&rsquo;objet, puisque souvent, lorsque nous discutions avec les gens qui vont construire, nous avons ce rapport de construction et conception, nous y mettons beaucoup de pr\u00e9cisions et quand les gens s&#8217;emparent du projet, ils ont dans l&rsquo;\u00e9laboration beaucoup de contraintes.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1399\" aria-describedby=\"caption-attachment-1399\" style=\"width: 345px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1399\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/470x300_PHOTO-NICOLAS-BOUDIER_c-NICOLAS-BOUDIER.png\" alt=\"\" width=\"345\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/470x300_PHOTO-NICOLAS-BOUDIER_c-NICOLAS-BOUDIER.png 470w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/470x300_PHOTO-NICOLAS-BOUDIER_c-NICOLAS-BOUDIER-300x191.png 300w\" sizes=\"(max-width: 345px) 100vw, 345px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1399\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Nicolas Boudier. Phot. Nicola Boudier\u00a9<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p>C&rsquo;est apr\u00e8s, quand nous savons quel usage nous allons en faire, qu\u2019il est possible de l\u00e2cher \u00e0 certains endroits, ce qu\u2019eux ne savent pas vraiment. Une loupe qui fonctionnait en 2D, o\u00f9 l\u00e0, nous avons mis en rapport du mouvement physique dans l&rsquo;espace avec des logiciels, puisqu&rsquo;il a fallu que nous d\u00e9veloppions un logiciel en parall\u00e8le. Toute la conception a \u00e9t\u00e9 faite en amont ce qui a dur\u00e9 vraiment \u00e9norm\u00e9ment de temps. Il a fallu faire des prototypes qui ne marchaient pas. Nous sommes pass\u00e9s par beaucoup de phases d&rsquo;\u00e9laborations. Apr\u00e8s, il y a eu le temps effectivement, quand l&rsquo;objet est arriv\u00e9 au plateau, de l&rsquo;appr\u00e9hender et de voir comment il allait \u00eatre possible de le faire fonctionner. Parce que quand nous r\u00e9cup\u00e9rons l&rsquo;objet, souvent, on le d\u00e9tourne en fin de compte. Ensuite, il y a une deuxi\u00e8me phase, troisi\u00e8me phase. Ensuite, il y a les com\u00e9diens qui arrivent, bouleversent aussi les dispositifs et qui s&#8217;emparent de l&rsquo;objet. Il est vrai qu&rsquo;il y a deux temps : la constitution des objets comme le premier temps, la mise en \u0153uvre en lien avec des gens qui sont tr\u00e8s comp\u00e9tents, et le moment o\u00f9 nous allons s&#8217;emparer de tous ces \u00e9l\u00e9ments pour la mise en sc\u00e8ne. C&rsquo;est le deuxi\u00e8me temps.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Rosette : <\/strong>Effectivement, ce que Nicolas Boudier \u00e9voque et ce qu&rsquo;on a pu ressentir c&rsquo;est qu&rsquo;il y a des choses qui \u00e9voluent dans les processus de travail et pas seulement dans le fait que maintenant, il y a des informaticiens dans les \u00e9quipes et que les informaticiens sont des cr\u00e9ateurs comme les autres. Pour revenir \u00e0 cette question, qui a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e juste avant, celle de la recherche, le fait d&rsquo;aller produire des outils et de partager cette recherche ainsi que les outils, cela est souvent assez difficile, parce qu\u2019il s\u2019agit souvent d\u2019objets tr\u00e8s pr\u00e9cis, qui sont souvent pr\u00e9vus pour un spectacle. Cela fonctionnerait comme des prototypes extr\u00eamement d\u00e9di\u00e9s et, effectivement, il peut se trouver qu&rsquo;un prototype extr\u00eamement sp\u00e9cifique puisse avoir des opportunit\u00e9s d&rsquo;une diffusion plus large, en se disant \u00ab\u00a0c&rsquo;est pas mal ce que j&rsquo;ai fait, \u00e7a pourrait servir \u00e0 d&rsquo;autres, j&rsquo;ai une matrice qui pourrait \u00eatre un peu plus ouverte\u00a0\u00bb, effectivement, cela commence \u00e0 poser d&rsquo;autres probl\u00e8mes puisque le temps de la recherche dans la cr\u00e9ation d&rsquo;un spectacle ne donne pas le temps d&rsquo;aller d\u00e9velopper plus loin l&rsquo;outil pour les autres. Je pense, par exemple, au collectif IDUNN qui a d\u00e9velopp\u00e9 un outil de gestion de la vid\u00e9o en temps r\u00e9el pour leur spectacle, qui \u00e9tait potentiellement ouvert et l\u2019informaticien du collectif les a quitt\u00e9s pour aller fonder une soci\u00e9t\u00e9, afin de d\u00e9velopper ce logiciel qui s&rsquo;appelle Millumin. Vous le connaissez car il s\u2019agit d\u2019un logiciel qui a eu un succ\u00e8s assez rapide du c\u00f4t\u00e9 des artistes. Il a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 par et pour des artistes, mais a engendr\u00e9 un probl\u00e8me : pour pouvoir continuer la recherche et la rendre efficace pour tous, une personne a d\u00fb sacrifier son chemin artistique pour monter une soci\u00e9t\u00e9 (et il n&rsquo;est pas millionnaire).<\/p>\n<p><strong> Claire Bardainne : <\/strong>On a travaill\u00e9 justement avec Millumin et l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;Amnon qui a \u00e9labor\u00e9 la version 2 du logiciel \u00e9troitement avec notre spectacle, <em>le<\/em> <em>Mouvement de l&rsquo;air<\/em><em>,<\/em> et nous avons r\u00e9alis\u00e9 une sorte de troc. C&rsquo;est-\u00e0-dire que nous \u00e9tions leurs beta testeurs privil\u00e9gi\u00e9s, nous leur faisions des retours et ils faisaient \u00e9voluer leur logiciel en fonction de nos propres usages, quitte \u00e0 les d\u00e9mocratiser par la suite. Mais la question que j&rsquo;ai envie de poser et que nous nous posons par la m\u00eame occasion puisqu\u2019Adrien a cr\u00e9\u00e9 le logiciel eMotion, pour ses spectacles au d\u00e9part et les n\u00f4tres aujourd&rsquo;hui, mais ce n\u2019est pas un outil, il s\u2019agit d\u00e9j\u00e0 la cr\u00e9ation. La question de partager les outils implique \u00e0 un moment donn\u00e9 une limite qui est que non seulement c&rsquo;est un outil qui est tr\u00e8s d\u00e9di\u00e9 mais ce n&rsquo;est plus un outil, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 le message, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 le contenu, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 port\u00e9. Le projet artistique est d\u00e9j\u00e0 port\u00e9 dans l&rsquo;outil et c&rsquo;est bien la raison pour laquelle nous avons envie de faire nos propres outils. Si toutefois quelqu&rsquo;un s&rsquo;en empare, ce serait comme s&#8217;emparer d&rsquo;une sc\u00e8ne enti\u00e8re d&rsquo;un spectacle d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, \u00e0 certains endroits.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1447\" aria-describedby=\"caption-attachment-1447\" style=\"width: 759px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1447\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/emotion_Mondot.jpg\" alt=\"\" width=\"759\" height=\"506\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/emotion_Mondot.jpg 800w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/emotion_Mondot-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/emotion_Mondot-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 759px) 100vw, 759px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1447\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>eMotion d&rsquo;Adrien Mondot. Capture d&rsquo;\u00e9cran. A. Mondot\u00a9<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Adrien Mondot : <\/strong>Le eMotion a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;outil que nous avons utilis\u00e9 en interne dans la r\u00e9alisation de nos spectacles, mais pendant longtemps il a \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9 gratuitement sur le site de la compagnie. Nous sommes toutefois tomb\u00e9s sur un petit souci, c&rsquo;est que faire du support et de la documentation prend du temps et de l&rsquo;\u00e9nergie, et il n&rsquo;y a pas de <em>business model<\/em> pour cela, on ne peut alors pas s&rsquo;en sortir. Cette impasse n&rsquo;\u00e9tait pas soluble. Il y a cette question \u00e9galement, de ce qui rel\u00e8ve de l&rsquo;ordre de la signature artistique, qui inclut les algorithmes ou pas.<\/p>\n<p><strong> Selena Savi<\/strong><strong>\u0107 <\/strong><strong>:<\/strong> Je voulais insister sur le fait que le partage de la connaissance n&rsquo;est pas seulement le partage des outils. C&rsquo;est cet aspect qui est important dans cette discussion. Chacun a trouv\u00e9 une solution \u00e0 quelque chose et il y a diff\u00e9rentes mani\u00e8res de le partager. Ce n&rsquo;est pas seulement qu&rsquo;on peut donner tout \u00e0 tout le monde et je ne propose surtout pas que tout soit transparent et que nous devons tout expliquer. La mani\u00e8re dont nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 \u00e9laborer un outil repr\u00e9sente trop d\u2019information que nous ne pouvons pas r\u00e9cup\u00e9rer. Et cela pose aussi la question du public : qui est-il ? Quand quiconque publies ses outils, cette personne voit que le public repr\u00e9sente peut \u00eatre de potentiels cr\u00e9ateurs voulant la copier et si elle publie dans les magazines scientifiques, le public ne va pas du tout \u00eatre int\u00e9ress\u00e9 par \u00e7a, puisque ce qui aura \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 &#8211; par exemple les gens qui d\u00e9veloppent les <em>softwares<\/em>, si un software sp\u00e9cifique qui est fait pour le th\u00e9\u00e2tre leur est pr\u00e9sent\u00e9, peut-\u00eatre que pour eux ce ne sera pas vraiment r\u00e9volutionnaire. Ils n&rsquo;ont pas peut-\u00eatre les m\u00eames probl\u00e8mes et l&rsquo;outil n&rsquo;est pas innovant. Vous voyez, je pense qu&rsquo;il y a diff\u00e9rents publics \u00e0 qui on s&rsquo;adresse avec cette recherche. Et c&rsquo;est cela qu&rsquo;on doit penser, je n&rsquo;ai pas de solution.<\/p>\n<p><strong> Catherine Ailloud-Nicolas <\/strong><strong>:<\/strong> Alors, puisqu&rsquo;on parle du public, dans tout ce qu&rsquo;on a entendu depuis ce matin, que c&rsquo;est comme si vous d\u00e9placiez le centre de gravit\u00e9 vers les spectateurs. On a l&rsquo;impression qu&rsquo;il y a l\u2019\u0153uvre \u00e9videmment, mais que ce qui vous pr\u00e9occupe avant tout ou non, c&rsquo;est la notion de sensation du spectateur ou de lui faire vivre une exp\u00e9rience particuli\u00e8re. Parce que finalement, nous pouvons \u00eatre dans la recherche de le mettre en immersion et \u00e0 travers un casque de l&#8217;emmener vers une autre perception.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1401\" aria-describedby=\"caption-attachment-1401\" style=\"width: 324px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1401\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Catherine-Aoulloud-nicolas.jpg\" alt=\"\" width=\"324\" height=\"216\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Catherine-Aoulloud-nicolas.jpg 800w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Catherine-Aoulloud-nicolas-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Catherine-Aoulloud-nicolas-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 324px) 100vw, 324px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1401\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Catherine Ailloud-Nicolas. Phot. DR<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p>Je pense que finalement quand nous montrons des \u00e9crans, c&rsquo;est comme si l\u2019on fragmentait. C&rsquo;est une autre r\u00e9alit\u00e9 que l&rsquo;on montre. Est-ce que cette recherche l\u00e0, vous avez l&rsquo;impression qu\u2019elle vient du constat qu\u2019il a eu finalement une forme d\u2019\u00e9chec d\u2019une sorte de forme de th\u00e9\u00e2tre qui mettrait le public dans une forme de passivit\u00e9 ou d&rsquo;un faux r\u00e9el et o\u00f9 il vaudrait mieux finalement transgresser le r\u00e9el pour le faire \u00e0 nouveau voyager, r\u00e9fl\u00e9chir etc. ?<\/p>\n<p><strong> Joris Mathieu : <\/strong>Je pense que ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;une question de forme, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on ne peut pas dire que le th\u00e9\u00e2tre \u00e9choue parce qu&rsquo;il n&rsquo;utilise pas de technologie en sc\u00e8ne pour d\u00e9passer quelque chose. Je pense que lorsqu&rsquo;on emploie ces outils sur la sc\u00e8ne, on peut tomber dans les m\u00eames \u00e9cueils que d&rsquo;autres formes, c&rsquo;est-\u00e0-dire que la vraie diff\u00e9rence est d&rsquo;\u00eatre dans l&rsquo;exp\u00e9rience litt\u00e9rale ou l&rsquo;exp\u00e9rience litt\u00e9raire. Litt\u00e9rale, dans l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un message universellement lisible par tous qui nous rend assez passif parce que \u00e7a nous parvient, on le re\u00e7oit, cela rentre dans nos oreilles et dans nos yeux, on ressort, on a bien tout compris mais on ne l&rsquo;a pas transcend\u00e9. L&rsquo;exp\u00e9rience litt\u00e9raire, quel que soit sa forme sc\u00e9nique, sa traduction sc\u00e9nique, va nous plonger en immersion dans un univers, souvent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, je dirais de l&rsquo;espace mental de l&rsquo;auteur, et elle va nous demander d&rsquo;interpr\u00e9ter, et je crois que oui, cela permet de r\u00e9activer parfois l&rsquo;apparition d&rsquo;outils qu&rsquo;on emploie sur la sc\u00e8ne avant de troubler le r\u00e9el. Elle bouleverse les habitudes de spectateur. Nous sommes d\u00e9plac\u00e9s, nous n\u2019avons pas les m\u00eames rep\u00e8res que d&rsquo;habitude, ce qui nous invite \u00e0 nous positionner diff\u00e9remment. Apr\u00e8s, est-ce que c\u2019est le trouble du r\u00e9el ? Si je prends un exemple pr\u00e9cis, la question d\u2019<em>H<\/em><em>ikikomori <\/em>ou le prochain projet <em>Artefact<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\"><strong>[9]<\/strong><\/a> <\/em>notre environnement est ultra technologique, on le sait, ce n\u2019est pas une nouveaut\u00e9. On l\u2019observe tous et il est bien \u00e9vident qu\u2019\u00e0 travers les formes, en tout cas l\u2019exp\u00e9rience d\u2019<em>Hikikomori<\/em>, par exemple, qui utilise le casque pour isoler les spectateurs entre eux, avec trois narrations diff\u00e9rentes sur la m\u00eame image, donc la question polys\u00e9mique\u00a0: comment une image est interpr\u00e9table de diff\u00e9rentes mani\u00e8res et comment on vit cette exp\u00e9rience ensemble, ce qui, cela dit, semble \u00eatre un fondamental de l\u2019art th\u00e9\u00e2tral, de se dire, on est dans la salle et on regarde quelque chose et tout le monde en a une interpr\u00e9tation subjective.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1404\" aria-describedby=\"caption-attachment-1404\" style=\"width: 717px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1404\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Hikkimori_Nicolas-Boudier.jpg\" alt=\"\" width=\"717\" height=\"582\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Hikkimori_Nicolas-Boudier.jpg 940w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Hikkimori_Nicolas-Boudier-300x244.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Hikkimori_Nicolas-Boudier-768x623.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 717px) 100vw, 717px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1404\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Joris Mathieu \u00ab\u00a0Hikkimori\u00a0\u00bb. Phot. Nicolas Boudier\u00a9<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p>Eh bien nous, il nous a sembl\u00e9 qu\u2019on \u00e9tait \u00e0 un moment charni\u00e8re o\u00f9 c\u2019\u00e9tait important de le r\u00e9affirmer, m\u00eame par l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te, en disant, il y a trois narrations diff\u00e9rentes, il pourrait y en avoir trois, quatre, cinq, six, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019un d\u00e9roul\u00e9 n\u2019est pas lin\u00e9aire, parce qu\u2019on \u00e9tait souvent confront\u00e9s \u00e0 des retours qui \u00e9taient la peur de ne pas avoir compris, ce qui revient r\u00e9guli\u00e8rement et qui est une esp\u00e8ce d&rsquo;angoisse qui frappe les spectateurs et souvent aussi les jeunes spectateurs. Le rejet de formes qui ne sont pas explicites et qui demandent un effort, et cet effort, tous au quotidien, on sent que souvent on peine \u00e0 le produire, parce qu\u2019il faut comprendre et travailler notre esprit etc. Finalement la fonction exp\u00e9rience du th\u00e9\u00e2tre, si je reviens sur <em>Hikikomori<\/em> et la s\u00e9paration au casque, c\u2019est aussi en salle que \u00e7a se passe, dans le sens o\u00f9 cette soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019on arrive \u00e0 \u00eatre tous r\u00e9unis dans un m\u00eame endroit et peut-\u00eatre se rendre compte seulement au bout de deux heures qu\u2019on a oubli\u00e9 qu\u2019on \u00e9tait ensemble, parce que chacun est plong\u00e9 dans une vie individuelle tr\u00e8s riche, nourrie par des \u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs, que ce soit la relation qu\u2019on entretient avec nos \u00e9crans ou avec nos livres. Cette exp\u00e9rience v\u00e9cue dans l\u2019espace th\u00e9\u00e2trale nous interpelle directement sur quelle soci\u00e9t\u00e9 on a envie de construire, quelle relation \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, qu\u2019est-ce qui nous manque quand on n\u2019est plus ensemble et qu\u2019on est coup\u00e9 de l\u2019autre? Ce n\u2019est pas le r\u00e9el qui est troubl\u00e9, c\u2019est le r\u00e9el auquel on se confronte en fait, parce que c\u2019est le r\u00e9el qu\u2019on est en train de construire. Je n\u2019ai pas tellement l\u2019impression qu\u2019on transgresse le r\u00e9el, mais plut\u00f4t qu\u2019on cr\u00e9e un spectacle du r\u00e9el ou d\u2019un r\u00e9el possible dans un futur tr\u00e8s proche, l\u00e9g\u00e8rement anticip\u00e9 et que le th\u00e9\u00e2tre devient politique parce qu\u2019il se confronte \u00e0 ce qu\u2019il est en train de produire.<\/p>\n<p><strong>Nicolas <\/strong><strong>Boudier :<\/strong> Nous sommes dans une nouvelle dimension de la 3D qui permet l&rsquo;immersion et l\u2019int\u00e9gration du spectateur dans ces mondes virtuels.<\/p>\n<p><strong> Catherien Ailloud-Nicolas <\/strong><strong>: <\/strong>INVIVO\u00a0?<\/p>\n<p><strong> Julien Dubuc :<\/strong> Si on fait de l\u2019immersion, c\u2019est tout simplement parce que \u00e7a nous touche. Ce sont les spectacles qu\u2019on a pu traverser, les choses qui nous nourrissent, souvent, sont li\u00e9es \u00e0 un rapport au spectateur tr\u00e8s singulier et dans tous les cas les sensations. Ces dispositifs sont porteurs d\u2019\u00e9motions et on trouve \u00e7a tr\u00e8s beau dans une salle, de pouvoir chuchoter \u00e0 l\u2019oreille du spectateur. Je trouve que c\u2019est un luxe que nous am\u00e8ne ces outils-l\u00e0 car il permet de parler d\u2019individus mais dans la collectivit\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1406\" aria-describedby=\"caption-attachment-1406\" style=\"width: 715px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1406\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/INVIVO_Parfois-je-reve-que-je-vois_2013.png\" alt=\"\" width=\"715\" height=\"352\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/INVIVO_Parfois-je-reve-que-je-vois_2013.png 945w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/INVIVO_Parfois-je-reve-que-je-vois_2013-300x148.png 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/INVIVO_Parfois-je-reve-que-je-vois_2013-768x378.png 768w\" sizes=\"(max-width: 715px) 100vw, 715px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1406\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>Cie INVIVO \u00ab\u00a0Parfois je r\u00eave que je vois\u00a0\u00bb. Phot. INVIVO\u00a9<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong> Catherine Ailloud-Nicolas <\/strong><strong>:<\/strong> Est-ce qu\u2019il n\u2019y a pas le risque de fragmenter la communaut\u00e9 des spectateurs et de cr\u00e9er justement un d\u00e9sir du spectateur d\u2019\u00eatre tout seul avec son casque. On fabrique un confort de \u00e7a. C\u2019est provocateur comme question\u2026<\/p>\n<p><strong> Joris Mathieu :<\/strong> La question est juste, on se l\u2019est effectivement pos\u00e9e au d\u00e9part, on partait du postulat qu\u2019en exp\u00e9rimentant la frustration et la privation, c\u2019est-\u00e0-dire le fait que tout le monde sait qu\u2019il y a trois narrations mais qu\u2019on en per\u00e7oit qu\u2019une. On confronte des publics jeunes, d\u00e8s huit ans, avec des adultes qui sont m\u00e9lang\u00e9s dans la salle avec diff\u00e9rentes narrations. Cette question-l\u00e0 \u00e9tait centrale et le pari c\u2019\u00e9tait que quand on enl\u00e8ve le casque et\u00a0 comme on n\u2019a pas v\u00e9cu la m\u00eame chose on va se raconter ces narrations. Un enfant de huit ans va pouvoir raconter librement l\u2019histoire qu\u2019il a v\u00e9cue, qu\u2019il s\u2019est racont\u00e9 parce qu\u2019il sait aussi que ses parents n\u2019ont pas entendu la m\u00eame chose. \u00c9videmment, c\u2019est complexe mais les retours que nous avons eu sur la tourn\u00e9e de la saison derni\u00e8re sont variables. Je suis heureux qu\u2019il n\u2019y a pas de validit\u00e9 absolue de l\u2019exp\u00e9rience. Dans le rapport scolaire, nous nous sommes rendu compte que les enseignants qui venaient avec leur classe, \u00e0 qui on demandait de ne pas \u00e9couter le m\u00eame r\u00e9cit que leurs \u00e9l\u00e8ves, cela propose quelque chose de nouveau dans leur travail, un temps qui n\u2019existait pas jusque-l\u00e0, o\u00f9 l\u2019\u00e9change n\u2019est pas bas\u00e9 sur la relation de la validit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience, c\u2019est-\u00e0-dire : \u00ab\u00a0est-ce qu\u2019on a bien compris ?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce qu\u2019on a compris ?\u00a0\u00bb etc. Il n\u2019y a plus cette perception de l\u2019\u00e9l\u00e8ve qui craint d\u2019avoir une mauvaise lecture. En revanche, il y a un espace libre d\u2019\u00e9changes qui \u00e9tait assez riche et assez int\u00e9ressant. Puis, il y a toute cette question du transfert : \u00ab\u00a0moi j\u2019ai entendu ceci, mais qu\u2019est-ce qu\u2019a entendu l\u2019autre ?\u00a0\u00bb et ce que moi j\u2019ai discern\u00e9 et que j\u2019ai trouv\u00e9 extr\u00eamement anxiog\u00e8ne est-ce que le gamin l\u2019a entendu de la m\u00eame mani\u00e8re, l\u2019a v\u00e9cu de la m\u00eame mani\u00e8re? une richesse assez forte et en tout cas le pari qui \u00e9tait fait au d\u00e9part. Nous sommes tous ensemble, nous partageons un m\u00eame moment, mais nous sommes plong\u00e9s dans une relation intime avec l\u2019\u0153uvre pendant le temps que dure la repr\u00e9sentation et le temps commun est apr\u00e8s, au moment o\u00f9 l\u2019on \u00e9change o\u00f9 l\u2019on d\u00e9bat et o\u00f9 l\u2019on en parle.<\/p>\n<p><strong>Chlo\u00e9 Dumas :<\/strong> J\u2019ai \u00e9galement l\u2019impression que la transgression concerne des codes et que le d\u00e9sir du spectateur est d\u00e9termin\u00e9 par des codes. Pour le moment, nous sommes bien loin de d\u00e9passer les codes. Toute cette ann\u00e9e, on va animer des ateliers avec des lyc\u00e9ens et pour le moment c\u2019est moi qui m\u2019en suis occup\u00e9e. Il y a deux semaines, j\u2019\u00e9tais en atelier avec eux. J\u2019ai expliqu\u00e9 un peu le projet qu\u2019il se fonde sur la vid\u00e9o et le son. Tout \u00e0 coup, il y a une lyc\u00e9enne qui m\u2019a regard\u00e9 avec un peu d\u2019horreur et qui m\u2019a dit \u00ab\u00a0il n\u2019y aura pas de personnage ?\u00a0\u00bb, et je lui ai dit \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb. En tout cas, pas comme vous avez l\u2019habitude qu\u2019ils soient.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1456\" aria-describedby=\"caption-attachment-1456\" style=\"width: 271px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1456\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Dumas-Chloe.jpg\" alt=\"\" width=\"271\" height=\"271\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Dumas-Chloe.jpg 550w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Dumas-Chloe-300x300.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Dumas-Chloe-150x150.jpg 150w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Dumas-Chloe-140x140.jpg 140w\" sizes=\"(max-width: 271px) 100vw, 271px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1456\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>Chlo\u00e9 Dumas. Phot. DR<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Cette question a enclench\u00e9 une conversation vraiment tr\u00e8s int\u00e9ressante avec eux. Ils font du th\u00e9\u00e2tre comme des spectateurs, c\u2019est-\u00e0-dire, ils pensent toujours \u00e0 ce que cela va produire et ils se mettent tout le temps dans la peau du spectateur. Puis au bout d\u2019un moment, il y a une autre \u00e9l\u00e8ve qui m\u2019a dit : \u00ab\u00a0ceci nous fait peur parce qu\u2019on n\u2019a pas l\u2019habitude\u00a0\u00bb. Je pense qu\u2019elle voulait me rassurer parce que j\u2019\u00e9tais en train de paniquer, de me dire, qu\u2019est-ce qu\u2019on va faire, etc. Ils vont \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 un travail de m\u00e9diation aupr\u00e8s des gens qui vont venir les voir, aupr\u00e8s de leurs parents, de leurs amis etc. Ils vont leur expliquer quelle est la d\u00e9marche et en fait \u00e7a engendre un autre processus pour le spectateur. Peut-\u00eatre que dans vingt ans les choses auront \u00e9volu\u00e9, peut-\u00eatre que ce sera plus commun ou plus connu, on ne pourra pas dire la m\u00eame chose, mais en tout cas maintenant, m\u00eame si on l&rsquo;a vu dans les pr\u00e9sentations de ce matin c\u2019est encore nouveau pour beaucoup de spectateurs.<\/p>\n<p><strong>Catherine Ailloud-Nicolas :<\/strong> Cela dit, on voit aussi se d\u00e9velopper ce type de pratique, par exemple avec des casques, pour des spectacles. La question que je me pose, est : \u00ab\u00a0est-ce qu\u2019il y a finalement une sorte de d\u00e9sir inconscient, d\u2019avoir un spectacle pour soi, de se faire chuchoter \u00e0 l\u2019oreille\u00a0\u00bb, (c\u2019est pour \u00e7a que je trouve tr\u00e8s int\u00e9ressant ce que tu dis sur la conscience du rapport entre la forme et ce que l\u2019on raconte), c\u2019est-\u00e0-dire, la forme cr\u00e9\u00e9e pour cr\u00e9er apr\u00e8s de la discussion, c\u2019est d\u2019une prise de conscience d\u2019un d\u00e9sir possible de cette forme.<\/p>\n<p><strong> Julien Dubuc : <\/strong>Je pense que le th\u00e9\u00e2tre ne doit pas nier le monde dans lequel nous sommes. Par exemple, la premi\u00e8re cr\u00e9ation qui \u00e9tait pour dix spectateurs au casque, les gens \u00e9taient ensemble mais ne se voyaient pas forc\u00e9ment et \u00e9taient tr\u00e8s isol\u00e9s par le casque. Il y avait une sc\u00e8ne de m\u00e9tro. On se pose la question de ce que veut dire aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre dans le m\u00e9tro, qu\u2019est-ce qui se passe concr\u00e8tement, aujourd\u2019hui, mise \u00e0 part des gens qui ont des \u00e9couteurs\u00a0? L\u00e0, la seule diff\u00e9rence c\u2019est que nous, on leur fait \u00e9couter la m\u00eame chose, et peut-\u00eatre que derri\u00e8re ils vont s\u2019interroger quand ils sont dans le m\u00e9tro. L\u2019id\u00e9e, ce n\u2019est pas avec le casque de rompre le lien et de dire voil\u00e0 on est que des individus, mais c\u2019est plus d\u2019interroger l\u2019individu au sein de la soci\u00e9t\u00e9. Et notre cr\u00e9ation d\u2019apr\u00e8s <em>Blackout<\/em>, c\u2019\u00e9tait pour un spectateur au casque et au smartphone, et la th\u00e9matique \u00e9tait le <em>blackout<\/em> et la perte de connexion et d\u2019\u00e9nergie. Pourquoi on l\u2019a fait pour un spectateur\u00a0? Justement aussi pour parler de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui et pour apr\u00e8s cr\u00e9er un dialogue avec les gens et essayer d\u2019\u00e9changer avec eux autour de \u00e7a, comme un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1449\" aria-describedby=\"caption-attachment-1449\" style=\"width: 741px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1449\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Blackout.jpg\" alt=\"\" width=\"741\" height=\"494\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Blackout.jpg 1500w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Blackout-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Blackout-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Blackout-768x512.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Blackout-1260x840.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 741px) 100vw, 741px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1449\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>INVIVO \u00ab\u00a0Blackout\u00a0\u00bb. Phot. INVIVO\u00a9<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong> Selena Savi<\/strong><strong>\u0107 :<\/strong> En effet, pourquoi pas faire un spectacle pour une personne, qu\u2019est-ce que \u00e7a change dans le th\u00e9\u00e2tre ? Parce que vous voyez le b\u00e2timent du th\u00e9\u00e2tre, c\u2019\u00e9tait sa premi\u00e8re technologie et le fait que vous \u00eates assis comme \u00e7a, c\u2019est parce qu\u2019on ne pouvait pas faire mieux. C\u2019\u00e9tait la meilleure solution pour avoir du public et pour avoir plus de place, pour pouvoir vendre plus de billets. Alors le design du th\u00e9\u00e2tre aujourd\u2019hui, standard, \u00e7a vient d\u2019une id\u00e9e tr\u00e8s ancienne, quand on n\u2019avait pas de casques, c\u2019est simplement comme \u00e7a !<\/p>\n<p><strong> Catherine Ailloud-Nicolas<\/strong> <strong>:<\/strong> Derni\u00e8re question et puis je vous donnerai la parole. L\u2019argument qu\u2019on sort souvent comme argument critique, c\u2019est la question de l\u2019acteur. Avec l\u2019id\u00e9e que l\u2019acteur se trouve enferm\u00e9 dans la technique, qu\u2019il n\u2019a pas sa libert\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du dispositif, qu\u2019il est oblig\u00e9 de faire avec la technique, etc. Cette question-l\u00e0, qu\u2019on doit vous poser mille fois, comment est-ce que vous la pensez, vous la r\u00e9solvez ?<\/p>\n<p><strong> Claire Bardainne :<\/strong> On a un tout petit peu commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9voquer tout \u00e0 l\u2019heure. Les outils de g\u00e9n\u00e9ration d\u2019images, donc des images qui ne sont pas figuratives et qui ne sont pas des captations du r\u00e9el, ni en temps r\u00e9el, ni en diff\u00e9r\u00e9 d\u2019ailleurs, toutes ces images et ces points qu\u2019on voit, c\u2019est g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en direct et c\u2019est anim\u00e9 en direct. \u00c7a veut dire quoi ? Cela signifie qu\u2019on s\u2019\u00e9coute, ce n\u2019est pas le danseur qui se cale, qui va r\u00e9p\u00e9ter pendant une journ\u00e9e pour se caler sur un mouvement de l\u2019image. C\u2019est v\u00e9ritablement un travail d\u2019\u00e9coute. Et c\u2019est vraiment ce qu\u2019on revendique avec Adrien, c\u2019est cette recherche-l\u00e0, d\u2019un num\u00e9rique <em>vivant<\/em>, je ne sais pas comment le dire autrement, mais qui soit vraiment capable des m\u00eames qualit\u00e9s d\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019un acteur ou qu\u2019un danseur. Apr\u00e8s, effectivement, on se rend compte que c\u2019est plus pratique de fixer certains \u00e9l\u00e9ments mais on part vraiment dans le processus de cr\u00e9ation d\u2019improvisations o\u00f9 l\u2019on joue ensemble. Toutefois, il serait na\u00eff de dire que ce n\u2019est pas une contrainte, et que ce n\u2019est pas un langage \u00e0 apprendre. Parce-que, pour le danseur sur sc\u00e8ne, c\u2019est un langage \u00e0 apprendre et c\u2019est une transposition \u00e0 faire. Apprendre \u00e0 comprendre, c\u2019est exactement ce que vous \u00e9voquiez tout \u00e0 l\u2019heure avec la copr\u00e9sence avec une illusion holographique, c\u2019est apprendre \u00e0 comprendre quelle est la place qu\u2019on a dans l\u2019image, et comment on s\u2019inscrit et qu\u2019est-ce que l\u2019on donne \u00e0 voir. C&rsquo;est un peu dur au d\u00e9part, et cela ne vient pas tout de suite. Nous, on a aussi eu des probl\u00e8mes de naus\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire, qu\u2019une danseuse dans la bo\u00eete de <em>Hakanai<\/em>, qui \u00e9tait l\u00e0 juste pour nous aider \u00e0 travailler et qui n\u2019\u00e9tait pas la danseuse principale qui a l\u2019habitude, elle est partie en courant aux toilettes et puis elle est revenue. En effet, les images qu\u2019on utilise g\u00e9n\u00e8re des sensations, \u00e7a g\u00e9n\u00e8re des \u00e9motions mais \u00e7a g\u00e9n\u00e8re d\u2019abord des sensations, des vertiges, on est vraiment dans les montagnes russes. Et le dernier aspect que j\u2019aimerais peut-\u00eatre retranscrire, les images dans nos projets sont effectivement grandes, elles bougent beaucoup, il faut faire le poids. Pour nous c\u2019est un vrai enjeu et on n\u2019y arrive pas tout le temps.<\/p>\n<p><strong> Catherine Ailloud-Nicolas :<\/strong> De lutter contre l\u2019image\u00a0?<\/p>\n<p><strong> Claire Bardainne :<\/strong> La pr\u00e9sence du corps est n\u00e9cessaire. Il ne s\u2019agit pas de lutte, ni de conflit. Le corps doit faire le poids. Les corps et les gestes banals, sont tr\u00e8s difficiles \u00e0 faire exister sur sc\u00e8ne en pr\u00e9sence des images qui sont extraordinaires. Nous devons aller chercher une virtuosit\u00e9 et un corps qui est lui aussi extraordinaire d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. D\u2019o\u00f9 notre int\u00e9r\u00eat pour le cirque, pour le hip hop, et pour l\u2019augmentation des dimensions possibles au corps, en allant s\u2019\u00e9lever dans les airs. Nous n\u2019avons pas fini de chercher car nous n\u2019avons pas compl\u00e8tement trouv\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Adrien Mondot<\/strong> <strong>:<\/strong> Ce qui est important de comprendre qu\u2019un spectacle est un objet vivant tout au long de sa vie de diffusion aussi bien que pendant des r\u00e9p\u00e9titions. Si on joue la cinquanti\u00e8me fois, on n\u2019aborde plus du tout de la m\u00eame mani\u00e8re certains \u00e9l\u00e9ments. Si le num\u00e9rique permet d\u2019int\u00e9grer certaines composantes c\u2019est pr\u00e9cieux.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1410\" aria-describedby=\"caption-attachment-1410\" style=\"width: 741px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1410\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-mouvement-de-lair_AM-CB_Romain-Etienne_2015.jpg\" alt=\"\" width=\"741\" height=\"481\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-mouvement-de-lair_AM-CB_Romain-Etienne_2015.jpg 1960w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-mouvement-de-lair_AM-CB_Romain-Etienne_2015-300x194.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-mouvement-de-lair_AM-CB_Romain-Etienne_2015-1024x664.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-mouvement-de-lair_AM-CB_Romain-Etienne_2015-768x498.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-mouvement-de-lair_AM-CB_Romain-Etienne_2015-1536x995.jpg 1536w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-mouvement-de-lair_AM-CB_Romain-Etienne_2015-1260x816.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 741px) 100vw, 741px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1410\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>Claire Bardainne &amp; Adrien Mondot \u00ab\u00a0Le mouvement de l&rsquo;air\u00a0\u00bb. Phot.<\/strong> <strong>Cie<\/strong> <strong>Claire Bardainne &amp; Adrien Mondot\u00a9<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong> Joris Mathieu<\/strong> <strong>:<\/strong> En ce qui nous concerne, les interpr\u00e8tes sont des interpr\u00e8tes comme dans tout autre spectacle. D\u2019abord, <em>Hikikomori<\/em> est une \u00e9criture sp\u00e9cifique que j\u2019ai \u00e9crit en m\u00eame temps que les r\u00e9p\u00e9titions. N\u00e9anmoins, le plus souvent on part de grands textes. On travaille sur Gombrowicz, Volodine, Ma\u00efakovski, des auteurs qui sont des auteurs de litt\u00e9rature et les questions qu\u2019on se pose sont des questions d\u2019interpr\u00e8te, qui porte sur sc\u00e8ne et qui incarne sur sc\u00e8ne. Cependant, l\u2019approche qui est la n\u00f4tre, que je pourrais d\u00e9finir comme un <em>th\u00e9\u00e2tre de narration<\/em> puisqu\u2019on est dans une approche narrative avec des voix qui sont finalement plus dans du r\u00e9cit que dans du dialogue. La diff\u00e9rence majeure concerne l\u2019acteur en sc\u00e8ne qui est peu porteur du texte par le dialogue ce qui change peut-\u00eatre par rapport \u00e0 d\u2019autres formes th\u00e9\u00e2trales. Chez nous, ce n\u2019est pas par le dialogue que l\u2019action avance. Par cons\u00e9quent, le moteur principal pour l\u2019acteur n\u2019est pas la voix et sa fa\u00e7on de porter le texte ou de faire avancer l\u2019action par le dialogue, mais l\u2019\u00e9tat de pr\u00e9sence, l\u2019incarnation ou sa d\u00e9sincarnation. C\u2019est \u00e9galement l\u2019un de nos sujets d&rsquo;\u00e9tude. C&rsquo;est comment le corps dispara\u00eet, comment la chair se d\u00e9sincarne, comment l&rsquo;humain peut-\u00eatre, est en train de dispara\u00eetre, de s&rsquo;estomper. Toutefois, l&rsquo;approche est forc\u00e9ment diff\u00e9rente. Je suis d&rsquo;accord avec ce que dit Claire, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on ne peut pas dire que c&rsquo;est une contrainte, c&rsquo;est un apprentissage. Notre particularit\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;origine, c&rsquo;\u00e9tait un collectif d&rsquo;acteurs. Les trois com\u00e9diens principaux avec lesquels je travaille ont cr\u00e9\u00e9 cette compagnie il y a dix-neuf ans. C&rsquo;est un chemin qu&rsquo;on a fait ensemble. Cela veut dire que c&rsquo;est un chemin o\u00f9 ils ont particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture qui est la n\u00f4tre aujourd&rsquo;hui, en d\u00e9pla\u00e7ant aussi leur fa\u00e7on d&rsquo;envisager leur rapport \u00e0 la sc\u00e8ne. C&rsquo;est pour \u00e7a que je disais tout \u00e0 l&rsquo;heure, \u00ab \u00eatre en sc\u00e8ne \u00bb plut\u00f4t que \u00ab d&rsquo;\u00eatre sur sc\u00e8ne \u00bb. Il n\u2019est pas question de juste d\u2019une formule, c&rsquo;est \u00eatre en sc\u00e8ne pour \u00eatre observ\u00e9 plut\u00f4t que pour adresser quelque chose, c&rsquo;est-\u00e0-dire que dans nos spectacles, les spectateurs sont plut\u00f4t en regard et en observation. Ils sont en train de vivre quelque chose plut\u00f4t que recevoir quelque chose. Et leur concentration est plut\u00f4t, sur eux-m\u00eames, sur leur propre bulle, leur sph\u00e8re, ou une sph\u00e8re, un peu plus \u00e9largie qui englobe leur partenaire de jeux, et le mur, il est l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>Alexia Chandon-Piazza :<\/strong> Par cons\u00e9quent je vais en effet parler de mon exp\u00e9rience tr\u00e8s personnelle, je pense que \u00e7a ne vaut pas pour plein d&rsquo;autres com\u00e9diens. A mon avis, il y a diff\u00e9rentes choses par rapport \u00e0 la question de l&rsquo;interpr\u00e9tation : pour moi l&rsquo;interpr\u00e9tation avec des outils num\u00e9riques est diff\u00e9rente de celle qu&rsquo;on a l&rsquo;habitude, par exemple, d&rsquo;apprendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Mais au m\u00eame titre que c&rsquo;est diff\u00e9rent de jouer face \u00e0 la cam\u00e9ra, d&rsquo;enregistrer un texte au micro pour faire une voix <em>off<\/em> ou pour doubler un dessin anim\u00e9, enfin on ne va pas chercher les m\u00eames choses. Et les outils qu&rsquo;on va utiliser sont diff\u00e9rents \u00e0 chaque fois. Ensuite, je crois qu&rsquo;effectivement, pour pouvoir travailler avec des outils technologiques, il faut accepter de se d\u00e9centrer. Parce-que quand on est com\u00e9dien on a souvent l&rsquo;impression que \u00e7a tourne autour de nous, et que la lumi\u00e8re, le son etc., \u00e7a vient en plus de nous. L\u00e0, dans le travail qu&rsquo;on fait avec le collectif, ce n&rsquo;est pas vrai. C&rsquo;est-\u00e0-dire que la lumi\u00e8re ou la vid\u00e9o, est aussi importante que moi et c&rsquo;est comme un partenaire de jeu. Quand je suis sur sc\u00e8ne avec d&rsquo;autres com\u00e9diens je joue avec eux. L\u00e0, c&rsquo;est pareil, je joue avec la lumi\u00e8re, alors forc\u00e9ment elle a ses propres contraintes avec le son\u2026 Personnellement, je trouve \u00e7a passionnant. Le dernier aspect dont je voulais parler, c&rsquo;est qu&rsquo;<em>on fait travailler des com\u00e9diens<\/em>, moi il n&rsquo;y a personne qui me fait travailler ! Je suis dans le processus de cr\u00e9ation d\u00e8s le d\u00e9but, et c&rsquo;est important, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de frustration.<\/p>\n<p><strong>Catherine Ailloud-Nicolas<\/strong>: Il n&rsquo;y a pas de metteur en sc\u00e8ne\u00a0?<\/p>\n<p><strong> Alexia Chandon-Piazza <\/strong>: Non, on travaille collectivement. Pour moi ce n&rsquo;est plus un travail juste d&rsquo;interpr\u00e9tation, c&rsquo;est un travail qui va au-del\u00e0 de \u00e7a. Et moi, c&rsquo;est \u00e7a qui m&rsquo;int\u00e9resse.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1454\" aria-describedby=\"caption-attachment-1454\" style=\"width: 313px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1454\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Alexia-Piazza.jpg\" alt=\"\" width=\"313\" height=\"313\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Alexia-Piazza.jpg 512w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Alexia-Piazza-300x300.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Alexia-Piazza-150x150.jpg 150w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Alexia-Piazza-140x140.jpg 140w\" sizes=\"(max-width: 313px) 100vw, 313px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1454\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>Alexia Chandon-Piazza. Phot. DR<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Au moment o\u00f9 je suis sur sc\u00e8ne, il y a eu tout ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 auparavant, j&rsquo;entends tout le processus de cr\u00e9ation. Au moment o\u00f9 je suis sur sc\u00e8ne, je sais que l\u00e0, il va se passer cela ou cela et il faut que je sois ultra disponible pour que \u00e7a fonctionne. Je trouve cet aspect-l\u00e0 excitant et c&rsquo;est finalement une autre forme d&rsquo;excitation que celle qu&rsquo;on peut ressentir quand on est com\u00e9dien et qu&rsquo;on sait qu&rsquo;on a une longue tirade et qui, moi personnellement, m&rsquo;int\u00e9resse moins. J\u2019aime bien quand il y a une m\u00e9diation entre moi et le public ou entre moi et la cam\u00e9ra ou ce.<\/p>\n<p><strong> Nicolas Rosette<\/strong> <strong>:<\/strong> Ce qu&rsquo;on peut pointer sur le d\u00e9but de la question \u00ab\u00a0est-ce que tous ces outils technologiques ne cr\u00e9ent pas de contraintes compl\u00e8tement [j&rsquo;allais dire bloquantes] pour le com\u00e9dien\u00a0\u00bb, je pense que le com\u00e9dien dans ces situations-l\u00e0, lorsqu&rsquo;il est au plateau ou dans une situation d&rsquo;enregistrement pr\u00e9alable ou de r\u00e9p\u00e9tition avec notamment ce que tu \u00e9voquais \u00ab\u00a0les outils\u00a0\u00bb, je disais \u00e0 Adrien, \u00e7a m&rsquo;\u00e9voque tr\u00e8s clairement les agr\u00e8s des circassiens. C&rsquo;est-\u00e0-dire que jusqu&rsquo;\u00e0 ma\u00eetriser quand on est sur un trap\u00e8ze et qu&rsquo;on le d\u00e9couvre et qu&rsquo;on doit le ma\u00eetriser ou quand on commence \u00e0 s&#8217;emparer d&rsquo;un de vos objets pour jouer dans tous les sens du mot avec jusqu&rsquo;\u00e0 pouvoir produire des formes, on est dans le travail de l&rsquo;acrobate, du circassien, du danseur, donc, rien de neuf quelque part. Et que le com\u00e9dien soit contraint, par des directives parfois tr\u00e8s dures, d&rsquo;un metteur en sc\u00e8ne qui a des visions extr\u00eamement serr\u00e9es ou parce qu&rsquo;il a des marqueurs dict\u00e9s par la cam\u00e9ra, tu ne peux pas sortir du champ. Finalement, on n&rsquo;est pas dans des choses qui sont nouvelles \u00e0 cet endroit-l\u00e0. Il est vrai que nous au quotidien, nous spectateurs potentiels, on est beaucoup plus ali\u00e9n\u00e9s par la technologie, que des com\u00e9diens en cr\u00e9ation ou m\u00eame en jeu, au plateau. Voil\u00e0, le moment o\u00f9 vous \u00eates au plateau, votre t\u00e9l\u00e9phone est \u00e9teint, il n&rsquo;y a plus de mails \u00e0 v\u00e9rifier. Je dis \u00e7a avec humour, mais on va projeter une esp\u00e8ce de \u00ab\u00a0sur-contrainte\u00a0\u00bb sur le com\u00e9dien, alors qu&rsquo;en fait, c&rsquo;est peut-\u00eatre plut\u00f4t nous qui sommes dans ce sch\u00e9ma de tr\u00e8s grande crainte, d\u00e9j\u00e0 dans notre vie. Il y a peut-\u00eatre ce phasage-l\u00e0. Je n&rsquo;ai pas eu le temps d&rsquo;intervenir sur la question de la solitude : que penser de la solitude de ces lecteurs assidus de romans, voil\u00e0 si on rembobine un petit peu quand m\u00eame\u2026<\/p>\n<p><strong> Catherine Ailloud-Nicolas :<\/strong> Apr\u00e8s, ce n&rsquo;est pas la fonction de la lecture d&rsquo;\u00eatre une communaut\u00e9, enfin \u00e7a l&rsquo;a \u00e9t\u00e9\u2026 L&rsquo;une des affirmations du th\u00e9\u00e2tre, c&rsquo;est quand m\u00eame de rassembler des gens.<\/p>\n<p><strong> Nicolas Rosette<\/strong> <strong>:<\/strong> Oui, alors pour le coup, peut-\u00eatre qu&rsquo;on pourra glisser sur les exp\u00e9riences que vous allez faire avec les casques VR etc., mais, avant de passer par Joris par exemple, l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;<em>Hikikomori<\/em>, c&rsquo;est la mise en dialogue apr\u00e8s le spectacle, quand on traverse, j&rsquo;allais dire le labyrinthe d&rsquo;INVIVO, le spectacle installation qui s&rsquo;appelle <em>Blackout<\/em>, \u00e9videmment quand on sort, la premi\u00e8re chose qu&rsquo;on a envie de faire c&rsquo;est de parler et d&rsquo;\u00e9changer sur ce voyage qu&rsquo;on vient de faire.<\/p>\n<p><strong> Julien Dubuc :<\/strong> Mini chose sur le rapport au travail, moi je pense que la clef, c&rsquo;est la patience, l&rsquo;\u00e9coute et la communication. C&rsquo;est-\u00e0-dire que souvent, on est loin, des gens sont dans le noir, il y en a qui sont derri\u00e8re des machines, et souvent, on s&rsquo;attend beaucoup\u2026 De fait, la clef c&rsquo;est la patience et l&rsquo;\u00e9coute. Parce-que \u00e7a peut \u00eatre tr\u00e8s long de mettre en place une vid\u00e9o ou de mettre en place un son.<\/p>\n<p><strong> Joris Mathieu<\/strong> <strong>:<\/strong> Apr\u00e8s, juste pour pr\u00e9ciser sur la question des casques, par exemple, si on utilise les casques sur <em>Hikikomori,<\/em> c&rsquo;est parce que c&rsquo;est une technique qui nous permet une triple narration donc un travail sur la polys\u00e9mie. D&rsquo;abord, c&rsquo;est l&rsquo;objet qui impose cette approche-l\u00e0. Utiliser un casque pour un spectacle ne veut pas dire que l&rsquo;on pense que le th\u00e9\u00e2tre devrait syst\u00e9matiquement \u00eatre sous casque ou que c&rsquo;est la seule forme possible dans le futur du th\u00e9\u00e2tre. Utiliser un casque, c&rsquo;est aussi la question de la solitude et de la communaut\u00e9. Je reviens sur ce que je disais toute \u00e0 l&rsquo;heure sur la sensation de perte, c&rsquo;est que peut-\u00eatre, \u00eatre r\u00e9uni aujourd&rsquo;hui en salle, ne signifie pas n\u00e9cessairement qu&rsquo;on forme r\u00e9ellement une communaut\u00e9 ou qu&rsquo;on est en train de continuer \u00e0 poursuivre un travail commun collectif pour qu&rsquo;une communaut\u00e9 existe, et que cette sensation de privation du groupe, d&rsquo;isolement, elle a un effet cathartique comme dans les g\u00e8nes du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p><strong> Claire Bardainne<\/strong> <strong>:<\/strong> J&rsquo;ai l&rsquo;impression que le travail qu&rsquo;on m\u00e8ne ne pr\u00eate pas forc\u00e9ment \u00e0 la discussion, c&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;on n&rsquo;utilise pas de mots dans les spectacles et ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment les mots qui sont la fa\u00e7on de partager dans l&rsquo;apr\u00e8s coup. Mais, on a eu envie justement de faire des installations autonomes pour que les spectateurs rentrent dans le d\u00e9cor, deviennent danseurs, se filment, soient spectateurs les uns des autres, et justement cr\u00e9ent un espace de d\u00e9placement et de d\u00e9calage sur un m\u00eame objet artistique, qui est le n\u00f4tre. Et on continue, comme \u00e7a, \u00e0 alterner une cr\u00e9ation spectaculaire et une cr\u00e9ation plut\u00f4t d&rsquo;ordre d&rsquo;installation o\u00f9 les gens sont dans les m\u00eames objets graphiques, mais \u00e0 un endroit diff\u00e9rent. Ils jouent ensemble. Je crois que finalement, en l&rsquo;entendant, je me dis que \u00e7a a peut-\u00eatre cette valeur-l\u00e0, non pas de se parler apr\u00e8s le spectacle, mais de danser ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Transcription par R\u00e9becca Pierrot<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Mise en forme par R\u00e9becca Pierrot et Izabella Pluta<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> Centre Dramatique National (Lyon)<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> <em>Pepper\u2019s ghost<\/em> (spectre\/fant\u00f4me de Pepper en fran\u00e7ais)\u00a0: technique d\u2019illusion d\u2019optique utilis\u00e9e dans l\u2019art sc\u00e9nique, dans laquelle une plaque semi-r\u00e9fl\u00e9chissante coupl\u00e9e \u00e0 un travail d\u2019\u00e9clairage permet de faire croire \u00e0 l\u2019apparition d\u2019objets.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> Antoine Volodine, n\u00e9 en 1950, est le principal pseudonyme d&rsquo;un auteur et romancier fran\u00e7ais. L\u2019originalit\u00e9 des \u00e9crits d\u2019Antoine Volodine a souvent conduit la critique \u00e0 le pr\u00e9senter comme inclassable dans le milieu de l\u2019\u00e9criture contemporaine, alors que celui-ci revendique l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle cat\u00e9gorie litt\u00e9raire\u00a0: le \u00ab\u00a0post-exotisme\u00a0\u00bb. Ses \u00e9crits d\u00e9ploient un univers singulier et onirique, \u00e0 la lisi\u00e8re du fantastique, mais marqu\u00e9 par l\u2019engagement politique. Son ouvrage <em>Des anges mineurs<\/em>, paru en 1999, lui vaut le prix Wepler et le prix du Livre Inter 2000, tandis qu\u2019il re\u00e7oit le prix Medicis pour son livre <em>Terminus radieux<\/em>, en 2014.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a>Philip Kindred Dick est un auteur\u00a0am\u00e9ricain\u00a0de\u00a0romans, de\u00a0nouvelles\u00a0et d\u2019essais\u00a0de\u00a0science-fiction, n\u00e9 le\u00a016\u00a0d\u00e9cembre\u00a01928 et mort le\u00a02\u00a0mars\u00a01982. Il est l\u2019auteur de 48 romans et d\u2019une centaine de nouvelles, dont plusieurs ont fait l\u2019objet d\u2019adaptations cin\u00e9matographiques, telles que <em>Les andro\u00efdes r\u00eavent-ils de moutons \u00e9lectriques\u00a0?<\/em> (Ridley Scoot, 1982), qui marque le d\u00e9but de sa reconnaissance par le public am\u00e9ricain. L\u2019auteur a re\u00e7u de nombreux prix litt\u00e9raires, comme le\u00a0prix Hugo\u00a0pour\u00a0<em>Le Ma\u00eetre du Haut Ch\u00e2teau<\/em>, publi\u00e9 en 1962, et le\u00a0prix John-Wood-Campbell Memorial\u00a0pour\u00a0<em>Coulez mes larmes, dit le policier<\/em>, en 1970. Son \u0153uvre est travers\u00e9e par un questionnement sur la nature de la r\u00e9alit\u00e9, ainsi que la perception de celle-ci par l\u2019\u00eatre humain, postulant une manipulation de la r\u00e9alit\u00e9 par le pouvoir, ce qui donne une forte dimension politique \u00e0 son travail. Les th\u00e8mes inh\u00e9rents \u00e0 celui-ci sont la manipulation de la r\u00e9alit\u00e9, la perception, les troubles de la perception, les drogues et le pouvoir, qui fa\u00e7onnent un univers litt\u00e9raire sombre, complexe et sinueux, qui s\u2019inscrit dans les genres de la dystopie et de la science-fiction.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> <em>Hikimori<\/em>, Ecriture et mise en sc\u00e8ne\u00a0: Joris Mathieu, avec le collectif artistique <em>Haut et court, <\/em>premi\u00e8re\u00a0: le 08 janvier 2016 au CDN (centre nouvelle g\u00e9n\u00e9ration) de Lyon.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> Jacques Polieri, n\u00e9 en\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1928\">1928<\/a>\u00a0et mort\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/2011\">,<\/a> est un\u00a0metteur en sc\u00e8ne\u00a0fran\u00e7ais, fondateur avec\u00a0Le Corbusier\u00a0du\u00a0<em>Festival de l&rsquo;art d&rsquo;avant-garde<\/em><em>. <\/em>Consid\u00e9r\u00e9 comme un artiste pr\u00e9curseur, son \u0153uvre est vari\u00e9e et multiple, s\u2019\u00e9tendant de l\u2019abstrait au r\u00e9alisme m\u00e9diatique, et produisant, depuis 1980, des mises en sc\u00e8ne de spectacles multim\u00e9dias agr\u00e9ment\u00e9es de vid\u00e9otransmissions intercontinentales, \u00e0 base d\u2019images g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par des ordinateurs et projet\u00e9es sur des \u00e9crans, ou d\u2019hologrammes. Ses recherches, concernant le champ de l\u2019audio-vid\u00e9o et de la mise en espace de l\u2019acte de fiction, remettent en cause nombre d\u2019id\u00e9es re\u00e7ues, et bouleversent le fondement du genre et du lieu de repr\u00e9sentation. Cr\u00e9ateur d\u2019une\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sc%C3%A9nographie\">s<\/a>c\u00e9nographie\u00a0moderne, il a invent\u00e9 des lieux sc\u00e9niques de conception r\u00e9volutionnaire, notamment un \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre \u00e0 sc\u00e8nes annulaires\u00a0\u00bb pour la maison de la culture de\u00a0Grenoble\u00a0en\u00a01968, et le \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre du mouvement total\u00a0\u00bb de l\u2019exposition universelle de 1970\u00a0d\u2019Osaka.\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> ENSATT\u00a0: Ecole Nationale Sup\u00e9rieure des Arts et Techniques du Th\u00e9\u00e2tre (Lyon)<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> \u00c9cole du Fresnoy : Ouvert en octobre 1997 \u00e0 Tourcoing en France, Le Fresnoy est un \u00e9tablissement de formation artistique audiovisuelle, dont la conception et la direction artistique et p\u00e9dagogique ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9es \u00e0 Alain Fleischer. Consid\u00e9r\u00e9 comme un lieu d\u2019\u00e9tudes, mais \u00e9galement de production, l&rsquo;objectif de l\u2019\u00e9cole est de permettre \u00e0 de jeunes cr\u00e9ateurs de r\u00e9aliser des \u0153uvres avec des moyens techniques professionnels, sous la direction d&rsquo;artistes reconnus, et dans un large d\u00e9cloisonnement des diff\u00e9rents moyens d&rsquo;expression.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\">[9]<\/a> <em>Artefac<\/em>t, mise en sc\u00e8ne\u00a0: Joris Mathieu, premi\u00e8re\u00a0: mars 2017, Espace Jean Legendre, France.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong>Pour citer cet article:<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Catherine Ailloud-Nicolas, Nicolas Boudier, Claire Bardainne, Alexia Chandon-Piazza, Julien Dubuc, Chlo\u00e9 Dumas, Joris Mathieu, Adrien Mondot, Nicolas Rosette et Selena Savi\u0107, \u00ab\u00a0Les nouvelles technologies au th\u00e9\u00e2tre : pour quels effets dramaturgiques ? Table ronde\u00a0\u00bb, in <em data-rich-text-format-boundary=\"true\">Critiques. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant.<\/em> Carnet en ligne de Theatre in Progress, in Web: https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1396, mis en ligne le 2 septembre 2022, Th\u00e9\u00e2tre Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration \u00e0 Lyon\u00a9<\/p>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les nouvelles technologies au th\u00e9\u00e2tre : pour quels effets dramaturgiques ? Table ronde Th\u00e9\u00e2tre Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration \u00e0 Lyon\u00a9\u00a0 CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture (pour cette table ronde : Claude Beyeler, Simon Hagemann, Anne-Charlotte Neidig, R\u00e9becca Pierrot, Izabella Pluta, Anna\u00eblle Poget)&hellip; <\/p>\n<p class=\"toivo-read-more\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1396\" class=\"more-link\">Lire la suite <span class=\"screen-reader-text\">de<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">Les nouvelles technologies au th\u00e9\u00e2tre : pour quels effets dramaturgiques ?\/Table ronde<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1410,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[13],"tags":[31,180,174,175,35,178,113,177,176],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1396"}],"collection":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1396"}],"version-history":[{"count":74,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1396\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1953,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1396\/revisions\/1953"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1410"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1396"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1396"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1396"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}