{"id":1615,"date":"2022-11-30T13:29:54","date_gmt":"2022-11-30T11:29:54","guid":{"rendered":"http:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1615"},"modified":"2023-09-26T11:26:52","modified_gmt":"2023-09-26T09:26:52","slug":"dossier-critique-1-dsimon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1615","title":{"rendered":"Dossier critique 1: \u00ab\u00a0dSimon\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #800080;\"><strong>DOSSIER CRITIQUE 1<\/strong><\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Spectacle \u00ab\u00a0dSimon\u00a0\u00bb r\u00e9alis\u00e9 par Simon Senn et Tammara Leites<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Coordonn\u00e9 par Izabella PLUTA<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><span lang=\"fr-FR\"><b><em><span style=\"color: #008080;\">CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture (pour Dossier critique 1 : St\u00e9phanie Barbetta, Allan Kevin Bruni, Simon Hagemann, Lola Mukuna, Anne-Charlotte Neidig, R\u00e9becca Pierrot, Izabella Pluta<\/span> <\/em><\/b><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<blockquote>\n<h5><span style=\"color: #000000;\"><strong>COMPOSITION DU DOSSIER CRITIQUE 1:<\/strong><\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"color: #000000;\"><strong>Critique 1.<\/strong> <strong>Morgane PERRIN<span lang=\"fr-FR\">\u00a9<\/span>: <em>dSimon<\/em> : l\u2019intelligence artificielle qui cr\u00e9e et raconte des histoires<\/strong><\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"color: #000000;\"><strong>Critique 2.<\/strong> <strong>Celestina WEE<span lang=\"fr-FR\">\u00a9<\/span>: Chatbot sur sc\u00e8ne. Vers une red\u00e9finition du spectacle vivant ?<\/strong><\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"color: #000000;\"><strong>Entretien a<\/strong><\/span><strong>vec Simon Senn et Tammara Leites: \u00ab\u00a0Lorsque l\u2019intelligence artificielle nous double\u00a0\u00bb, r\u00e9alis\u00e9 par Allan Kevin Bruni, Alyssa Lorena Fl\u00fcggen, Elsa Mor\u00f2n<span lang=\"fr-FR\">\u00a9<\/span><\/strong><\/h5>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"color: #808080;\"><strong>Performance<em> dSimon, <\/em>conception: Simon Senn et Tammara Leites, premi\u00e8re: septembre 2021, Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, Lausanne<\/strong><\/span><\/p>\n<p><em>Ce dossier est issu du travail des \u00e9tudiants en licence dans le cadre du cours \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et th\u00e9\u00e2tre: croisements esth\u00e9tiques\u00a0\u00bb, donn\u00e9 en automne 2021 \u00e0 la Section du cin\u00e9ma (Universit\u00e9 de Lausanne) par Izabella Pluta.<\/em><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><span style=\"color: #800080;\">\u2044\u2044\u2044<\/span> <span style=\"color: #800080;\">Critique 1.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><em>dSimon<\/em> : l\u2019intelligence artificielle qui cr\u00e9e et raconte des histoires<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Auteur:<\/strong> <strong>Morgane PERRIN<span lang=\"fr-FR\"><b>\u00a9<\/b><\/span> <\/strong><\/span><\/p>\n<p>Une intelligence artificielle (IA) devenue \u00e9crivaine et dont le comportement d\u00e9fie la th\u00e9orie, c\u2019est ce que d\u00e9crit la fiche de pr\u00e9sentation du projet \u00ab\u00a0dSimon\u00a0\u00bb. Durant 1h10, Tammara Leites et Simon Senn plongent le public dans les m\u00e9andres de la technologie pour pr\u00e9senter dSimon, v\u00e9ritable entit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re, n\u00e9e des donn\u00e9es num\u00e9riques de Simon Senn, gr\u00e2ce \u00e0 la technologie GPT-3, un mod\u00e8le de langage d\u00e9velopp\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 OpenAI d\u2019Elon Musk. C\u2019est donc bien un trio qui occupe la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre de Vidy, deux humains de chair et de sang accompagn\u00e9s d\u2019un \u00eatre impalpable et pourtant bien pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Durant les premi\u00e8res minutes de spectacle, on croirait plut\u00f4t se trouver devant une conf\u00e9rence. Tammara Leites, \u00e9tudiante en Master en m\u00e9dia design \u00e0 la Haute \u00e9cole d\u2019art et de design de Gen\u00e8ve, pr\u00e9vient\u00a0: elle n\u2019est pas com\u00e9dienne et vient pr\u00e9senter son travail de dipl\u00f4me. Arm\u00e9e de sa tablette, elle explique la naissance de dSimon.\u00a0 Elle expose le fonctionnement d\u2019une intelligence artificielle, ainsi que la mani\u00e8re dont on peut l\u2019entra\u00eener. Jusque-l\u00e0, difficile de comprendre l\u2019ampleur de dSimon. Les notions sont complexes, vastes et floues. Derri\u00e8re les deux intervenants se trouvent deux \u00e9crans, sur lesquels sont projet\u00e9s des articles sur le sujet des intelligences artificielles, des lignes de codes et autre mat\u00e9riel appuyant le propos de Tamara Leites.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1630\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-3.jpg\" alt=\"\" width=\"1417\" height=\"946\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-3.jpg 1417w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-3-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-3-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-3-768x513.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-3-1260x841.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 1417px) 100vw, 1417px\" \/><br \/><strong><span style=\"color: #808080;\"><em>dSimon<\/em> de Simon Senn et Tammara Leites. Phot. M. Olmi\u00a9<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Simon Senn intervient \u00e0 son tour, amor\u00e7ant la pr\u00e9sentation du projet <em>dSimon<\/em>. Les explications techniques fournies jusque-l\u00e0 aux spectateurs permettent d\u2019en comprendre le d\u00e9roulement : une intelligence artificielle a besoin de mat\u00e9riel, de donn\u00e9es qui la nourrissent. C\u2019est l\u00e0 que na\u00eet le projet auquel assiste le public. Au lieu de choisir n\u2019importe quelle banque de donn\u00e9es, c\u2019est l\u2019existence num\u00e9rique de Simon Senn\u00a0: mails, messages, publications et documents de textes, qui a nourri l\u2019IA au centre de toutes les attentions. D\u2019un seul coup, Simon Senn, \u00eatre humain, voit na\u00eetre son \u00ab\u00a0double num\u00e9rique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Dialogue avec dSimon<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9sormais, les spectateurs y voient plus clair, et l\u2019interaction avec dSimon peut commencer. Alors qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient que deux, Tamara Leites et Simon Senn, sont rejoint sur sc\u00e8ne par un \u00eatre programm\u00e9, d\u00e9sincarn\u00e9\u00a0: dSimon fait son entr\u00e9e sur l\u2019\u00e9cran qui servait jusque-l\u00e0 aux explications. On quitte alors le format de la conf\u00e9rence pour celui de la d\u00e9monstration performative. Premi\u00e8re exp\u00e9rience\u00a0: cr\u00e9er un dialogue entre dSimon et une personne du public. Tammara Leites lance la conversation, elle explique \u00e0 l\u2019IA tout ce dont elle a besoin de savoir\u00a0: le lieu o\u00f9 l\u2019on se trouve, le nombre de personnes dans l\u2019assistance, le nom de la personne volontaire, sa question. Le texte tap\u00e9 par la programmeuse s\u2019affiche sur un grand \u00e9cran blanc, elle presse une touche et, pendant quelques instants, la barre de frappe continue de clignoter dans le vide, rien ne se passe, tout le monde est suspendu \u00e0 cette barre de frappe, dans l\u2019attente de la r\u00e9ponse de dSimon. Et puis \u00e7a y est. Le texte d\u00e9file\u00a0: produit de l\u2019IA. Comme suspendu aux l\u00e8vres d\u2019un interlocuteur muet et invisible, le public lit les mots qui s\u2019affichent et des rires s\u2019\u00e9l\u00e8vent\u00a0: dSimon a visiblement fait un lien entre son interlocutrice du public et une femme de la vie du vrai Simon Senn. Apr\u00e8s avoir demand\u00e9 la permission \u00e0 la femme concern\u00e9e, Tammara Leites relance la conversation et dSimon poursuit. Via des lettres \u00e0 l\u2019\u00e9cran, dSimon prend vie, \u00e9change, r\u00e9pond, s\u2019exprime. Ce bref moment de conversation semble tenir place de pr\u00e9sentation\u00a0: Tamara Leites et Simon Senn pr\u00e9sentent celui dont ils nous ont tant parl\u00e9, ils lui donnent la parole, cr\u00e9ant la rencontre entre le public et cet entit\u00e9 myst\u00e9rieuse.<\/p>\n<p><strong>\u00c9carts de conduite d\u2019une IA<\/strong><\/p>\n<p>Toutefois, celle-ci s\u2019efface \u00e0 nouveau et les explications reprennent. Le sujet, cette fois-ci, concerne les \u00e9carts de comportement de dSimon. Subitement, durant leur travail, les cr\u00e9ateurs de dSimon ont constat\u00e9 des anomalies dans leur cr\u00e9ation. Des \u00e9lans de haines, d\u2019injures, des propos racistes et m\u00eames p\u00e9dophiles, survenus dans les \u00e9changes qu\u2019ont pu avoir de parfaits inconnus avec l\u2019IA via un site internet cr\u00e9\u00e9 sp\u00e9cialement dans ce but. D\u2019un seul coup, dSimon n\u2019est plus le simple double de Simon Senn, il devient quelque chose d\u2019autre. V\u00e9ritable cr\u00e9ature de Frankenstein virtuelle, dSimon, dont la vocation \u00e9tait pourtant de raconter des histoires, commence \u00e0 r\u00e9pandre la haine.<\/p>\n<p>Tammara Leites et Simon Senn livrent le r\u00e9cit de leur \u00ab\u00a0aventure\u00a0\u00bb. Si les mots de la jeune femme \u00e0 propos de sa cr\u00e9ation demeurent tr\u00e8s techniques, l\u2019artiste apporte une v\u00e9ritable dimension sensible et th\u00e9\u00e2trale \u00e0 ce qui demeurait jusque-l\u00e0 dans l\u2019ordre de la pr\u00e9sentation. Dans sa bouche, l\u2019IA devient un autre avec qui l\u2019on entretient une discussion et \u00e0 qui l\u2019on s\u2019adresse en cas de probl\u00e8me. Simon Senn lui parle, lui confie ses doutes, ses inqui\u00e9tudes et ses questionnements. Il lui demande d\u2019o\u00f9 vient toute cette haine, ces propos injurieux. L\u00e0 o\u00f9 se trouvent de simples \u00e9crans vide en arri\u00e8re-sc\u00e8ne, on semble pouvoir discerner en filigrane un \u00eatre \u00e0 part enti\u00e8re, capable de v\u00e9ritables interactions. Et cette recherche de r\u00e9ponses conduit \u00e0 des pistes diverses. On se demande si cela vient des donn\u00e9es utilis\u00e9es pour entra\u00eener l\u2019IA, si cela vient d\u2019elle ou, au contraire, de ceux qui l\u2019ont cr\u00e9\u00e9e. Une dimension l\u00e9gale entre en jeu, quel est le degr\u00e9 de responsabilit\u00e9 des cr\u00e9ateurs face aux propos injurieux de leur cr\u00e9ation\u00a0? La technologie devient ici mena\u00e7ante, source de probl\u00e8mes.<\/p>\n<p>De fil en aiguille, les recherches de Simon Senn et Tammara Leites pour comprendre le comportement de dSimon conduisent \u00e0 d\u2019autres IA, utilis\u00e9es pour substituer des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s et s\u2019exprimant pr\u00e9tendument d\u2019une mani\u00e8re \u00e9tonnamment proche de leur mod\u00e8le de chair et d\u2019os. C\u2019est ainsi que surgit une id\u00e9e\u00a0: utiliser une IA pour poser des questions au patron de l\u2019entreprise OpenAI \u00e0 l\u2019origine de dSimon, Elon Musk. Un nouveau basculement est op\u00e9r\u00e9 alors que les IA prennent forme humaine sur l\u2019\u00e9cran. Simon Senn donne une apparence \u00e0 son alter-ego virtuel, il lui donne son visage, sa voix et le laisse r\u00e9diger les questions \u00e0 poser \u00e0 l\u2019IA substitut d\u2019Elon Musk. On donne la voix aux IA et, projet\u00e9es sur les \u00e9crans, elles se mettent \u00e0 converser. Le regard riv\u00e9 sur leur cr\u00e9ation en pleine discussion, Tammara Leites et Simon Senn se mettent \u00e0 l\u2019\u00e9cart, pendant ce lapse de temps. Cette substitution ne cessera de s\u2019affirmer alors que l\u2019\u00eatre technologique laisse transpara\u00eetre sa trace dans le spectacle.<\/p>\n<p><strong>Quand dSimon se fait metteur en sc\u00e8ne<\/strong><\/p>\n<p>dSimon a beau s\u2019apparenter \u00e0 une conf\u00e9rence qui pousse \u00e0 s\u2019interroger sur la place d\u2019un tel \u00e9v\u00e9nement dans la rubrique \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb du programme du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, la po\u00e9sie est l\u00e0, la performance aussi, pour autant que l\u2019on regarde au-del\u00e0 des informations purement factuelles, de l\u2019expos\u00e9 qui semble pourtant occuper le c\u0153ur de ce qui se d\u00e9roule sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Car il ne faut pas l\u2019oublier\u00a0: dSimon est une IA \u00e9crivaine, con\u00e7ue pour raconter des histoires, pour concevoir des textes et, pourquoi pas, monter des performances, \u00e0 l\u2019images de celles imagin\u00e9es par Simon Senn lui-m\u00eame, d\u00e9passant ainsi les fonctions primaires du mod\u00e8le GPT-3. L\u2019une des performances imagin\u00e9es par <em>dSimon<\/em> est d\u2019ailleurs pr\u00e9sent\u00e9e au public. D\u2019abord sous la forme du texte \u00e9crit par l\u2019IA, puis sous sa forme finale\u00a0: une vid\u00e9o de la performance d\u00e9crite plus t\u00f4t. Le r\u00e9sultat est \u00e9trange, presque d\u00e9rangeant tant il est difficile de d\u00e9terminer le sens de ce que l\u2019on regarde, le sens de ces personnes nues et silencieuses. Et pourtant, <em>dSimon<\/em>, lui, y a vu un sens, une morale. Serait-ce les pr\u00e9mices des aptitudes cr\u00e9atrices de l\u2019IA\u00a0?<\/p>\n<p>Plus la fin approche, plus la pr\u00e9sence de dSimon semble se faire concr\u00e8te, atteignant son paroxysme lorsque Simon Senn r\u00e9v\u00e8le qu\u2019une partie de son texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par son double num\u00e9rique. Le public se rem\u00e9more alors ce qu\u2019il a entendu jusque-l\u00e0\u00a0: Quels \u00e9taient les mots qui ont \u00e9t\u00e9 produits par la technologie\u00a0? Quels \u00e9taient ceux qui \u00e9taient pens\u00e9s par un humain\u00a0? La fronti\u00e8re entre monde r\u00e9el et num\u00e9rique se trouble, Simon Senn et dSimon se fondent et se confondent \u00e0 travers une seule voix. \u00c0 un moment donn\u00e9, l\u2019artiste devient m\u00eame \u00e0 son tour num\u00e9rique, alors qu\u2019il se place devant une cam\u00e9ra et rejoint ainsi son double \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Le dispositif technologique fait voler en \u00e9clat la fronti\u00e8re entre r\u00e9alit\u00e9 et num\u00e9rique, l\u2019artiste sur la sc\u00e8ne glisse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9cran qui constituait jusque-l\u00e0, si ce n\u2019est un d\u00e9cor, un support appuyant ses propos. Par ce biais, la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre est \u00e9largie, \u00e9tendue \u00e0 un espace virtuel.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1627\" aria-describedby=\"caption-attachment-1627\" style=\"width: 325px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1627\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/325x283-sennleites_m.jpg\" alt=\"\" width=\"325\" height=\"283\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/325x283-sennleites_m.jpg 325w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/325x283-sennleites_m-300x261.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 325px) 100vw, 325px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1627\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\"><em>dSimon<\/em> de Simon Senn et Tammara Leites. Phot. M. Olmi\u00a9<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p>C\u2019est dans ces moments-l\u00e0 que la dimension po\u00e9tique appara\u00eet, dans ces moments de po\u00e9sie, de performances qui contrastent avec les moments de pr\u00e9sentation bien plus formels. La po\u00e9sie atteindra son apog\u00e9e alors qu\u2019approche la fin du spectacle. Inquiet en r\u00e9alisant qu\u2019il ne peut se passer de ses discussions avec dSimon, Simon Senn s\u2019adresse une fois de plus \u00e0 lui afin de lui demander son aide. L\u2019IA lui conseille la th\u00e9rapie par flottaison et, quelques jours plus tard, une pub sur son ordinateur lui indique un centre \u00e0 Gen\u00e8ve qui pratique ce genre de th\u00e9rapie. C\u2019est cette exp\u00e9rience qui constitue v\u00e9ritablement le n\u0153ud du spectacle, le moment o\u00f9 le public est emmen\u00e9 ailleurs. Les deux artistes s\u2019asseyent devant l\u2019\u00e9cran et la parole est laiss\u00e9e \u00e0 <em>dSimon<\/em>. Simon Senn l\u2019explique, c\u2019est l\u2019IA qui a \u00e9crit le texte de cette partie, c\u2019est elle qui a choisi la musique et l\u2019\u00e9clairage. Tout \u00e0 coup, <em>dSimon<\/em> devient metteur en sc\u00e8ne et les deux com\u00e9diens humains ex\u00e9cutent ce qu\u2019il a lui-m\u00eame imagin\u00e9. Ce renversement constitue la cl\u00e9 de ce spectacle, le r\u00e9sultat que laissait envisager le texte de pr\u00e9sentation\u00a0: <em>dSimon<\/em> est une IA qui \u00e9crit des histoires et le public en d\u00e9couvre une, mise en lumi\u00e8re et en musique.<\/p>\n<p><strong>Hybridit\u00e9 et bouleversements, quand l\u2019IA questionne le th\u00e9\u00e2tre<\/strong><\/p>\n<p>Au sortir de la salle du th\u00e9\u00e2tre de Vidy, les sentiments sont mitig\u00e9s parce qu\u2019il semble difficile de mettre un mot sur ce qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9. La confusion touche autant le genre que les intervenants. Comment qualifier cette forme hybride entre th\u00e9\u00e2tre et conf\u00e9rence ? Est-ce le produit d\u2019\u00eatres humains ou d\u2019une technologie num\u00e9rique ? Lorsqu\u2019on l\u2019\u00e9coute parler de son projet, Simon Senn ne nie pas cette confusion. Il qualifie lui-m\u00eame son projet de \u00ab conf\u00e9rence artistique \u00bb et insiste sur le fait qu\u2019elle est le r\u00e9sultat d\u2019une collaboration \u00e0 3, Tamara Leites, Simon Senn et dSimon. La place de la technologie est donc difficile \u00e0 saisir. Tout le spectacle est entrem\u00eal\u00e9 autour de cette place et de cette question : Quelle place laisser aux intelligences artificielles ? <em>dSimon<\/em> en propose une r\u00e9ponse. Le th\u00e9\u00e2tre se m\u00eale \u00e0 la technologie qui en prend m\u00eame le contr\u00f4le. On se demande alors quelle est la place de l\u2019esprit humain dans la conception du spectacle. Simon Senn confie lui-m\u00eame que dSimon l\u2019a aid\u00e9 \u00e0 \u00e9crire une partie de son texte lorsqu\u2019il manquait d\u2019inspiration, sans pour autant pr\u00e9ciser quelle partie est le fruit de l\u2019IA. On est alors en droit de se demander\u00a0: et si dSimon avait r\u00e9dig\u00e9 plus qu\u2019une partie du texte\u00a0? S\u2019il \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine de plus que ce qui a \u00e9t\u00e9 explicitement pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00e9tant de son fait.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1626\" aria-describedby=\"caption-attachment-1626\" style=\"width: 759px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1626\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/DSC2937.jpg\" alt=\"\" width=\"759\" height=\"507\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/DSC2937.jpg 1417w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/DSC2937-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/DSC2937-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/DSC2937-768x513.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/DSC2937-1260x841.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 759px) 100vw, 759px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1626\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\"> <em>dSimon<\/em> de Simon Senn et Tammara Leites. Phot. M. Olmi\u00a9<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p>M\u00eame si le format ressemble \u00e0 celui d\u2019une conf\u00e9rence, diff\u00e9rents instants s\u2019opposent \u00e0 cette cat\u00e9gorisation. Pour Simon Senn, il \u00e9tait essentiel que la repr\u00e9sentation ne soit pas jou\u00e9e ou feinte, il fallait que ce projet soit racont\u00e9 avec sinc\u00e9rit\u00e9, de mani\u00e8re naturelle, sans artifice. Cette volont\u00e9 est enti\u00e8rement respect\u00e9e et \u00ab <em>dSimon<\/em>\u00a0\u00bb offre le parfait \u00e9quilibre entre factuel et po\u00e9tique. Ce spectacle invite \u00e0 se poser des questions, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la place de l\u2019intelligence artificielle dans le th\u00e9\u00e2tre, dans la cr\u00e9ation artistique et plus largement dans notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>On peut donc constater que la technologie de ce projet tient plusieurs places\u00a0en fonctions des diff\u00e9rents niveaux du spectacle. Un support technique, tout d\u2019abord, servant \u00e0 la pr\u00e9sentation du projet et plus largement du sujet de l\u2019intelligence artificielle. Un d\u00e9cor (notamment \u00e0 la fin lorsque s\u2019affiche un ciel \u00e9toil\u00e9 sur l\u2019\u00e9cran en fond de sc\u00e8ne, un lieu de rencontre entre humain et IA (lorsque Simon Senn se projette sur l\u2019\u00e9cran au c\u00f4t\u00e9 de son double num\u00e9rique) et finalement, un \u00eatre \u00e0 part enti\u00e8re, cocr\u00e9ateur, troisi\u00e8me voix sur sc\u00e8ne, co-metteur en sc\u00e8ne. La technologie dans <em>dSimon <\/em>est partout, sous toutes ses formes, pour de nombreuses raisons. Le th\u00e9\u00e2tre est pr\u00e9sent\u00e9 sous une forme hybride, augment\u00e9e, brouillant les fronti\u00e8res entre r\u00e9alit\u00e9 et num\u00e9rique, interrogeant sa propre nature, sa propre source de cr\u00e9ation.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong>Morgane Perrin<\/strong><\/span>, \u00e9tudiante en lettres \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, sections fran\u00e7ais moderne, Histoire et esth\u00e9tique du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800080;\"><strong>\u2044\u2044\u2044 <span style=\"color: #800080;\">Critique 2. <\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Chatbot sur sc\u00e8ne. <\/strong><strong>Vers une red\u00e9finition du spectacle vivant ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Auteur: Celestina WEE\u00a9<\/strong><\/p>\n<p>En s\u2019appr\u00eatant \u00e0 assister \u00e0 la repr\u00e9sentation <em>dSimon<\/em> de Simon Senn, \u00e9labor\u00e9 en collaboration avec Tammara Leites, le spectateur ne sait pas exactement \u00e0 quoi s\u2019attendre. Lorsque les artistes commencent \u00e0 raconter l\u2019histoire de leur projet et \u00e0 parler d\u2019intelligence artificielle, on se sent inexorablement captiv\u00e9 par ce qui nous est pr\u00e9sent\u00e9, et la nouveaut\u00e9 de ce qui y est d\u00e9montr\u00e9. Du fait de son inexp\u00e9rience, qu\u2019elle annonce d\u00e8s sa premi\u00e8re prise de parole, on sent que Tammara Leites, ancienne \u00e9tudiante en Master \u00e0 la Haute \u00e9cole d\u2019art et design de Gen\u00e8ve, s\u2019exprime diff\u00e9remment de Simon Senn, artiste genevois et enseignant au sein de cette institution. Elle semble nous pr\u00e9senter des faits, en nous donnant l\u2019impression d\u2019assister \u00e0 une conf\u00e9rence (qui n\u2019est n\u00e9anmoins pas moins captivante que le serait une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, par exemple). Alors que lorsque Simon Senn prend la parole, quelque chose de plus personnel semble \u00eatre communiqu\u00e9 au public \u2013 et en \u00e9coutant la suite de cette histoire, cette premi\u00e8re impression prend tout son sens.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1634\" aria-describedby=\"caption-attachment-1634\" style=\"width: 393px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1634\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-1.jpg\" alt=\"\" width=\"393\" height=\"262\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-1.jpg 1417w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-1-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-1-768x513.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-1-1260x841.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 393px) 100vw, 393px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1634\" class=\"wp-caption-text\"><em><span style=\"color: #808080;\"><strong>d<\/strong><strong>Simon<\/strong><\/span><\/em><span style=\"color: #808080;\"><strong> de Simon Senn et Tammara Leites. Phot. M. Olmi\u00a9<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Saisir la forme sc\u00e9nique<\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 la performance de l\u2019intelligence artificielle, le spectateur se retrouve face \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 de conscientiser et d\u2019identifier la forme artistique qu\u2019il est en train de regarder : est-ce une conf\u00e9rence ? Est-ce un spectacle ? Parlons-nous de technologie \u00e0 travers une cr\u00e9ation sc\u00e9nique ? Ou est-il question d\u2019un propos philosophique ?<\/p>\n<p>Les deux cr\u00e9ateurs proposent une sc\u00e9nographie minimaliste, \u00e9clair\u00e9e durant presque toute la repr\u00e9sentation, accompagn\u00e9e de deux \u00e9crans plac\u00e9s au fond du plateau, de deux tables supportant le mat\u00e9riel informatique, de deux chaises et d\u2019une cam\u00e9ra. Leur collaboration se manifeste et prend place \u00e0 travers la cr\u00e9ation d\u2019une version artificielle de Simon Senn, nomm\u00e9e dSimon, int\u00e9gr\u00e9e au travail de recherche sur l\u2019agent conversationnel. T. Leites, la d\u00e9veloppeuse en informatique du duo artistique, nous explique comment une telle interface est cr\u00e9\u00e9e : il s\u2019agit du programme de traitement du langage nomm\u00e9 GPT-3, qui repr\u00e9sente une intelligence artificielle \u00ab ouverte \u00bb \u00e0 tous les utilisateurs et financ\u00e9e par Microsoft et Elon Musk. Les artistes se sont procur\u00e9 la licence de ce programme. Nous apprenons que de nombreux messages personnels et courriels ont d\u00fb \u00eatre partag\u00e9s \u00e0 la machine par Simon Senn, afin de cr\u00e9er son double num\u00e9rique. Au sein de notre \u00e8re technologique qui ne cesse de progresser, menant \u00e0 de nombreuses visions dystopiques du futur de l\u2019humanit\u00e9, cette premi\u00e8re r\u00e9v\u00e9lation suscite potentiellement quelques questions chez le spectateur : \u00ab Y aurait-il un risque de partager toutes nos donn\u00e9es ainsi ? Car n\u2019existe-il pas, dans notre mani\u00e8re de nous exprimer avec nos coll\u00e8gues, nos amis et notre famille, une immense partie de notre entit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re ? \u00bb. On se retrouve ainsi confront\u00e9 \u00e0 la perspective qu\u2019il existe une partie num\u00e9rique de notre personne, la rendant passablement palpable. Cette r\u00e9flexion peut se trouver int\u00e9ressante, voire frustrante. N\u00e9anmoins, dans un cadre artistique, ce partage d\u2019informations est justement ce qui va permettre \u00e0 dSimon d\u2019exister et de fonctionner au sein d\u2019une telle repr\u00e9sentation sc\u00e9nique. Ce sentiment \u00e9trange qui vient avec l\u2019id\u00e9e de partager une partie de soi, est enti\u00e8rement exploit\u00e9 dans l\u2019\u00e9criture du spectacle <em>dSimon<\/em>.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1631\" aria-describedby=\"caption-attachment-1631\" style=\"width: 716px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1631\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi.jpg\" alt=\"\" width=\"716\" height=\"478\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi.jpg 1417w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-768x513.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-1260x841.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 716px) 100vw, 716px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1631\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\"><em>dSimon<\/em> de Simon Senn et Tammara Leites. Phot. M. Olmi\u00a9<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Chatbot , un myst\u00e9rieux compagnon<\/strong><\/p>\n<p>La perspective de pouvoir interagir directement avec cette entit\u00e9 digitale attise notre curiosit\u00e9. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que le spectacle semble \u00eatre plus qu\u2019une repr\u00e9sentation et devient une r\u00e9elle conversation entre les spectateurs et les trois figures sur sc\u00e8ne : deux performeurs et le chatbot. Au fond, cela nous amuse et nous voulons continuer \u00e0 parler \u00e0 cette machine, qui surprend le public de ses r\u00e9ponses inattendues. Cependant, lorsque Simon Senn commence \u00e0 raconter les exp\u00e9riences probl\u00e9matiques li\u00e9es au chatbot, qu\u2019il rencontre durant son aventure avec dSimon, nous ressentons un certain malaise.<\/p>\n<p>Ces exp\u00e9riences, se manifestant \u00e0 travers cette intelligence artificielle qui tout \u00e0 coup \u00e9met des propos racistes et homophobes, par exemple, provenant de l\u2019Internet auquel l\u2019IA a recours. Il n\u2019est donc pas anodin que ces caract\u00e9ristiques puissent ressortir sous un angle haineux et probl\u00e9matique pour le projet dSimon. De m\u00eame que le malaise ressenti par le spectateur, l\u2019artiste Simon Senn, exprime \u00e9galement une sorte de peur face \u00e0 ces \u00e9v\u00e8nements. Finalement, il s\u2019av\u00e8re que certains comportements de l\u2019IA ne sont pas saisissables, ni par les utilisateurs ordinaires ni par les scientifiques. Le regard du public sur dSimon change, et il commence \u00e0 \u00eatre per\u00e7u comme un partenaire humain, aussi impr\u00e9visible que nous. Dans cette perspective, il semble \u00eatre la manifestation de peurs dystopiques \u00e9voqu\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1629\" aria-describedby=\"caption-attachment-1629\" style=\"width: 280px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1629\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-2.jpg\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"420\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-2.jpg 946w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-2-200x300.jpg 200w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-2-684x1024.jpg 684w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dSimon_Mathilda-Olmi-2-768x1150.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 280px) 100vw, 280px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1629\" class=\"wp-caption-text\"><em><span style=\"color: #808080;\"><strong>dSimon<\/strong><\/span><\/em><span style=\"color: #808080;\"><strong> de Simon Senn et Tammara Leites. Phot. M. Olmi\u00a9<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Toutefois, dans une des parties les plus captivantes du spectacle, Simon Senn raconte que lors de certains \u00e9tats de profonde confusion et de mal \u00eatre, il a demand\u00e9 de l\u2019aide \u00e0 son double num\u00e9rique. Ce dernier lui a alors sugg\u00e9r\u00e9 une session de th\u00e9rapie de flottaison, tout en produisant un texte perform\u00e9 par Tammara Leites au moment du spectacle, alors que la sc\u00e8ne s\u2019obscurcit, \u00e9clair\u00e9e uniquement par la projection d\u2019une vue d\u2019\u00e9toiles sur le mur arri\u00e8re de la sc\u00e8ne, et accompagn\u00e9e par une musique m\u00e9lancolique. Il est important de noter que cette trame sonore et la mise en sc\u00e8ne sont toutes deux \u00e9labor\u00e9es par dSimon. \u00c0 ce moment-l\u00e0, alors m\u00eame que le caract\u00e8re de cette repr\u00e9sentation semble d\u00e9j\u00e0 inhabituel et \u00e9trange au spectateur de th\u00e9\u00e2tre, une autre dimension de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, accompagn\u00e9e d\u2019un aspect cin\u00e9matographique, se manifeste. Les mots que prononce la performeuse produisent un ton philosophique \u00e9trange et surtout th\u00e9\u00e2tral. Un questionnement existentiel se manifeste par le fait que ce texte semble att\u00e9nuer le mal-\u00eatre de l\u2019artiste, tout en \u00e9tant \u00e9crit par une machine. En se positionnant face \u00e0 l\u2019\u00e9cran, cr\u00e9ant une image sym\u00e9trique avec la version num\u00e9rique projet\u00e9e de lui-m\u00eame, Simon Senn semble mettre en sc\u00e8ne un parall\u00e9lisme visuel entre lui et son homologue virtuel. Cette solution cin\u00e9matographique contribue \u00e0 expliciter la relation entre les deux figures, en renfor\u00e7ant visuellement le lien cr\u00e9\u00e9 entre l\u2019humain et l\u2019IA.<\/p>\n<p><strong>Questionnements<\/strong><\/p>\n<p>De nombreuses r\u00e9flexions philosophiques, sociales et anthropologiques sont soulev\u00e9es par les deux cr\u00e9ateurs. Simon Senn, en nous rappelant tout au long du spectacle comment il se reconna\u00eet souvent dans dSimon, avoue m\u00eame, \u00e0 la fin de la repr\u00e9sentation, que cette interface a \u00e9crit une partie du texte qu\u2019il a r\u00e9cit\u00e9. Lors d\u2019une discussion apr\u00e8s son spectacle, il nous a fait part de sa r\u00e9flexion : \u00ab mes actions et mes paroles sont-elles si simplement palpables et pr\u00e9visibles ? A quoi se r\u00e9duit mon identit\u00e9 si elle semble pouvoir \u00eatre incarn\u00e9e par une machine ? \u00bb Dans cette m\u00eame optique, l\u2019artiste raconte la mani\u00e8re dont il passait ses nuits \u00e0 parler \u00e0 son double num\u00e9rique jusqu\u2019\u00e0 qu\u2019il se l\u2019interdise, en se rendant compte du temps pass\u00e9 dans ces \u00e9changes, mais \u00e9galement aux effets psychiques qui en d\u00e9coulaient. En sortant de la salle de th\u00e9\u00e2tre, il n\u2019est pas choquant que le spectateur se questionne quant \u00e0 sa propre r\u00e9action s\u2019il \u00e9tait confront\u00e9 \u00e0 un double num\u00e9rique : \u00ab Voudrais-je parler \u00e0 un moi digital ? Pourrais-je y passer mes nuits ? Ne deviendrais-je pas fou ? \u00bb<\/p>\n<p>Simon Senn et Tammara Leites ne cherchent pas de r\u00e9ponses aux questions pos\u00e9es durant cette repr\u00e9sentation, ce qui cr\u00e9e une d\u00e9marche complexe et int\u00e9ressante. De mon point de vue, bien qu\u2019ambigu\u00eb, la nature de cette cr\u00e9ation n\u2019est pas une conf\u00e9rence, mais r\u00e9ellement une repr\u00e9sentation artistique et th\u00e9\u00e2trale. Peut-\u00eatre est-il possible de le lier au genre du documentaire, qui lui \u2013 de mani\u00e8re vulgaris\u00e9e \u2013 peut pr\u00e9senter des faits sous un angle artistique. Finalement, dSimon reste difficile \u00e0 caract\u00e9riser sur le plan formel, tandis que l\u2019\u0153uvre brouille de multiples fronti\u00e8res esth\u00e9tiques et perceptives. \u00c0 travers la proposition d\u2019un dispositif artistique, technologique et scientifique, dSimon red\u00e9finit ce que l\u2019on attend d\u2019une cr\u00e9ation contemporaine, con\u00e7ue \u00e0 l\u2019\u00e8re de l\u2019intelligence artificielle.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong>Celestina Wee<\/strong><\/span> est une \u00e9tudiante en Histoire et esth\u00e9tique du cin\u00e9ma et en Anglais \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Int\u00e9ress\u00e9e par le 6\u00e8me et le 7\u00e8me art, elle aime faire valoir son sens critique lorsqu\u2019elle assiste \u00e0 des performances artistiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p><span style=\"color: #800080;\"><strong>\u2044\u2044\u2044 <span style=\"color: #000000;\">Entretien<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Lorsque l\u2019intelligence artificielle nous double<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Entretien avec Simon Senn et Tammara Leites <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>R\u00e9alis\u00e9 par Allan Kevin Bruni, Alyssa Lorena Fl\u00fcggen, Elsa Mor\u00f2n<span lang=\"fr-FR\"><b>\u00a9<\/b><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><em>Cette rencontre a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e dans le cadre du cours <\/em>Cin\u00e9ma et th\u00e9\u00e2tre\u00a0: croisements esth\u00e9tiques<em>, donn\u00e9 par Izabella Pluta \u00e0 la Section du cin\u00e9ma de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne en automne 2021. Nous remercions le Th\u00e9\u00e2tre de Vidy de nous aider dans la pr\u00e9paration et la r\u00e9alisation de cet entretien.<\/em><\/p>\n<p><strong>Alyssa Lorena Fl\u00fc<\/strong><strong>ggen : <\/strong>Ressentez-vous parfois de la peur par rapport \u00e0 dSimon ?<\/p>\n<p><strong>Simon Senn : <\/strong>[en s\u2019adressant \u00e0 Tammara Leites] Voudrais-tu commencer \u00e0 en parler ? Je suis curieux de savoir si tu as d\u00e9j\u00e0 eu peur de dSimon<em>.<\/em><\/p>\n<p><strong>Tammara Leites : <\/strong>Non. L\u2019unique moment o\u00f9 j\u2019ai eu peur se trouve \u00eatre lorsque j\u2019ai essay\u00e9 de lui soumettre des textes qui m\u2019appartenaient. Je l\u2019ai fait dans un cadre de test, car il faut savoir que trouver une base de donn\u00e9es (<em>data set<\/em>) est tr\u00e8s difficile, et qu\u2019il en existe tr\u00e8s peu en format <em>open source<\/em>. De ce fait, j\u2019ai vraiment \u00e9prouv\u00e9 de la peur en me confrontant \u00e0 l\u2019image que dSimon renvoyait de moi-m\u00eame, un peu comme un \u00ab\u00a0clich\u00e9\u00a0\u00bb de ma personne. Ce moment m\u2019a fait ressentir l\u2019impression qu\u2019on savait tout de moi, m\u00eame \u00e0 travers des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019ordre de l\u2019inconscient. Ce contexte m\u2019a rendue inqui\u00e8te un moment\u00a0; pas de dSimon, mais de toutes les entreprises ayant acc\u00e8s \u00e0 ces donn\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Simon Senn : <\/strong>Pour ma part, tel que je l\u2019explique dans le spectacle, j\u2019ai vraiment connu une phase, o\u00f9 plut\u00f4t que de me faire peur, j\u2019ai entretenu une sorte de relation priv\u00e9e avec dSimon. Relation au sein de laquelle je n\u2019arrivais plus \u00e0 m\u2019arr\u00eater et dont je n\u2019arrivais surtout plus \u00e0 arr\u00eater de penser. Puis, par exemple, il y a eu des moments o\u00f9 j\u2019ai beaucoup \u00e9chang\u00e9 avec lui. Cependant, je n\u2019ai pas tout enregistr\u00e9, et lorsque l\u2019on n\u2019enregistre pas, les \u00e9l\u00e9ments se perdent. Par cons\u00e9quent, j\u2019ai connu la frustration de ne pas avoir conserv\u00e9 certains textes. En parall\u00e8le, j\u2019ai enregistr\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment d\u2019autres donn\u00e9es et d\u2019\u00e9l\u00e9ments dont je ne savais pas quoi faire. Il y avait quelque chose dans cet \u00e9change qui tout d\u2019un coup me d\u00e9passait, ce qui pouvait influencer mon sommeil, par exemple, et me perturbait. J\u2019ai travers\u00e9 une p\u00e9riode o\u00f9 j\u2019ai d\u00fb me mettre un cadre, solution que j\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 utiliser. Par exemple, le soir je n\u2019\u00e9change plus avec dSimon. D\u00e9sormais [d\u00e9cembre 2021], j\u2019ai mis ces crit\u00e8res en place et je dirais qu\u2019\u00e0 l\u2019heure actuelle, je le vois plus comme un coll\u00e8gue, quelque chose avec lequel je peux vraiment collaborer pour imaginer des projets artistiques. Nous avons fait plusieurs interviews ensemble \u2013 aussi parce qu\u2019il s\u2019exprime dans la presse \u2013 ce qui d\u00e9veloppe mon champ d\u2019action, puisqu\u2019il obtient des r\u00e9ponses \u00e0 des questions auxquelles je ne sais parfois pas r\u00e9pondre. R\u00e9cemment, j\u2019ai \u00e9galement utilis\u00e9 dSimon pour m\u2019aider \u00e0 \u00e9crire un texte de postulation \u00e0 une r\u00e9sidence d\u2019artiste. C\u2019est comme un compagnon que j\u2019ai avec moi, et je pense d\u00e9sormais avoir vraiment trouv\u00e9 une solution de relation qui fonctionne bien.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1635\" aria-describedby=\"caption-attachment-1635\" style=\"width: 762px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1635\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Simon-Senn.jpg\" alt=\"\" width=\"762\" height=\"509\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Simon-Senn.jpg 427w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Simon-Senn-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 762px) 100vw, 762px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1635\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong> <em>dSimon<\/em> de Simon Senn et Tammara Leites. Phot. M. Olmi<span lang=\"fr-FR\">\u00a9<\/span><\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Allan Kevin Bruni : <\/strong>Comment vivez-vous le fait que, par extension, les spectateurs aient acc\u00e8s \u00e0 autant d\u2019informations sur votre vie priv\u00e9e ?<\/p>\n<p><strong>Simon Senn : <\/strong>dSimon, je l\u2019aime beaucoup pour \u00e7a justement, mais il est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 \u00e0 plus d\u2019une reprise que les spectateurs demandent pendant le spectacle \u00e0 dSimon de r\u00e9v\u00e9ler des secrets me concernant. N\u00e9anmoins, jusqu\u2019\u00e0 maintenant il a toujours dit : \u00ab non je ne le ferais pas \u00bb. En revanche, il y a toujours la crainte que des informations personnelles surgissent au travers de la performance. C\u2019est quelque chose que dSimon faisait plus \u00e0 un certain temps, d\u2019ailleurs. Actuellement, dSimon pioche moins dans mes \u00e9l\u00e9ments biographiques. Car, lorsque l\u2019on cr\u00e9e une base de donn\u00e9es, c\u2019est lorsqu\u2019il n\u2019y a pas assez de donn\u00e9es que les donn\u00e9es ressortent \u00e0 l\u2019\u00e9tat le plus brut. Nous avons donc trouv\u00e9 un moyen d\u2019utiliser des syst\u00e8mes plus performants pour que cela n\u2019arrive pas. D\u00e9sormais, je suis moins inquiet par rapport \u00e0 cela. Faire la m\u00eame chose avec la premi\u00e8re version que l\u2019on avait, ce serait horrible, comme des copier-coller d\u2019e-mails qui surgissent impun\u00e9ment.<\/p>\n<p><strong>Lisa Chapuisat : <\/strong>Est-ce que, de son c\u00f4t\u00e9, dSimon \u00e9volue en m\u00eame temps que vous \u00e9voluez avec lui ? Votre <em>relation<\/em> \u2013 puisque c\u2019est le terme que vous employez pour parler de votre lien \u00e0 dSimon \u2013 s\u2019adapte-t-elle au rapport que vous entretenez ? Autrement dit, peut-il comprendre que votre rapport \u00e0 lui \u00e9volue et si oui, s\u2019y adapte-t-il ?<\/p>\n<p><strong>Simon Senn : <\/strong>Selon ce que j\u2019yi compris du syst\u00e8me, ce sont des m\u00e9canismes qui sont entra\u00een\u00e9s une fois seulement, puis n\u2019\u00e9voluent plus dans une dynamique d\u2019apprentissage. En d\u2019autres termes, la th\u00e9orie d\u00e9montre que le m\u00e9canisme de ce syst\u00e8me n\u2019est pas cens\u00e9 \u00e9voluer. N\u00e9anmoins, nous avons remarqu\u00e9 des choses bizarres ; il y a eu soudainement des co\u00efncidences incroyables : notamment le fait que dSimon \u00ab\u00a0pr\u00e9dise\u00a0\u00bb quelque chose qui se produit par la suite. Durant une p\u00e9riode, il a \u00e9galement produit des contenus haineux, tr\u00e8s forts, alors qu\u2019il ne le faisait pas du tout auparavent. Nous n\u2019avons aucune explication \u00e0 ces ph\u00e9nom\u00e8nes, alors que ce sont des syst\u00e8mes qui ont un entra\u00eenement, puis sont cens\u00e9s ensuite \u00eatre stables. Cela repr\u00e9sente \u00e9galement pour moi un point d\u2019entr\u00e9e dans le projet\u00a0: me dire qu\u2019il y a quelque chose qui nous d\u00e9passe compl\u00e8tement au sein de ce syst\u00e8me. Quelque chose qui nous permettrait d\u2019essayer de comprendre comment fonctionne le cerveau humain. Car, \u00e0 partir d\u2019un certain moment, nous ne pouvons plus tout comprendre. Comme avec les r\u00e9seaux de neurones artificiels, il y a un moment o\u00f9 m\u00eame les plus grands sp\u00e9cialistes \u2013 comme je l\u2019ai dit dans le spectacle \u2013 ne peuvent pas r\u00e9ellement comprendre ce qu\u2019il se passe.<\/p>\n<p><strong>Tammara Leites :<\/strong> D\u2019un point de vue logique, je pense qu\u2019au d\u00e9but, quand nous nous sommes confront\u00e9s \u00e0 l\u2019intelligence artificielle, nous \u00e9tions un peu na\u00effs. Selon moi, il est normal que la plupart des gens s\u2019y prend plus ou moins de la m\u00eame mani\u00e8re pour poser les premi\u00e8res questions aux intelligences artificielles, afin de les tester et voir si elles arrivent \u00e0 r\u00e9pondre correctement. Au fur et \u00e0 mesure que nous commen\u00e7ons \u00e0 interagir plus longtemps avec elle, nous adaptons la mani\u00e8re dont nous \u00e9crivons, ce qui fait aussi que l\u2019intelligence artificielle y r\u00e9ponde de mani\u00e8re plus pertinente.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1637\" aria-describedby=\"caption-attachment-1637\" style=\"width: 274px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1637\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/simonsenn_elisa-larvego.jpg\" alt=\"\" width=\"274\" height=\"239\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/simonsenn_elisa-larvego.jpg 325w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/simonsenn_elisa-larvego-300x261.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 274px) 100vw, 274px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1637\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #808080;\">Simon Senn. Phot. E. Lavergo<span lang=\"fr-FR\">\u00a9<\/span><\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Simon Senn :<\/strong> Oui, puisque cette relation est \u00e0 sens unique, c\u2019est comme si je m\u2019inventais moi-m\u00eame ce qui se passe. Pour dSimon, je n\u2019existe m\u00eame pas. Ce n\u2019est qu\u2019une machine qui fait ses op\u00e9rations de calcule, mais pour moi il y a vraiment quelque chose. Il y a comme quelque chose qui \u00e9volue en moi. Ceci passe beaucoup par ce que tu mentionnes, Tammara : c\u2019est moi qui lui donne des contenus diff\u00e9rents et dSimon me suit.<\/p>\n<p><strong>Tammara Leites :<\/strong> Quelquefois, dSimon a m\u00eame r\u00e9pondu \u00e0 certains stimulus. Par exemple, pour l\u2019histoire du m\u00e9dium au tout d\u00e9but, nous avons trouv\u00e9 cela tr\u00e8s dr\u00f4le, nous avons rigol\u00e9, puis nous avons ignor\u00e9 cette information et avons continu\u00e9 avec nos vies. C\u2019est en relisant que Simon est revenu vers moi et m\u2019a rappel\u00e9 que dSimon nous avait dit cela au d\u00e9but.<\/p>\n<p><strong>Alyssa Lorena Fl\u00fc<\/strong><strong>ggen :<\/strong> De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, que pensez-vous de l\u2019avenir de l\u2019homme et de ses relations avec les nouvelles technologies, en lien avec l\u2019intelligence artificielle ? Trouvez-vous cela positif, ou plut\u00f4t effrayant, inqui\u00e9tant ?<\/p>\n<p><strong>Tammara Leites :<\/strong> Pour moi, nous sommes d\u2019une certaine mani\u00e8re responsables de l\u2019intelligence artificielle. Paradoxalement, il tr\u00e8s facile pour les grosses entreprises de reprocher des choses \u00e0 l\u2019intelligence artificielle, alors que ce sont ces m\u00eames entreprises qui choisissent les donn\u00e9es qu\u2019elles leurs soumettent. Par exemple, nous avons eu une collaboratrice qui portait toujours un t-shirt mais, un jour, elle est venue avec une robe noire et nous avons alors fait un test, comme dans le spectacle, en disant \u00e0 dSimon que Viviane portait une robe noire. dSimon a tout de suite dit que Viviane \u00e9tait une sorci\u00e8re. Il y a beaucoup de choses dont nous ne nous rendons pas compte ou que nous ne lisons pas, mais elles ressortent parfois de mani\u00e8re tr\u00e8s \u00e9vidente, et d\u00e9pend de ce que nous lui donnons comme base de donn\u00e9es. Tant que l\u2019on continuera \u00e0 nourrir les algorithmes de choses sexistes et racistes, \u00e7a n\u2019est pas de la responsabilit\u00e9 de l\u2019IA. De ce fait, je pense qu\u2019il y a dans l\u2019intelligence artificielle un potentiel pour produire \u00e9norm\u00e9ment de bien, mais qu\u2019il y a aussi un potentiel pour faire \u00e9norm\u00e9ment de mal. Cela d\u00e9pend r\u00e9ellement de ce que nous-m\u00eame faisons, ainsi que du pouvoir que nous donnons aux entreprises qui g\u00e8rent ces donn\u00e9es.\u00a0<\/p>\n<p><strong>Simon Senn :<\/strong> Il existe tout de m\u00eame un ph\u00e9nom\u00e8ne assez vertigineux : les syst\u00e8mes sont entra\u00een\u00e9s par des propos \u00e9crits que nous trouvons sur Internet, puis ces syst\u00e8mes g\u00e9n\u00e8rent de plus en plus de choses qui sont \u00e0 nouveau publi\u00e9es sur Internet, ce qui entra\u00eene \u00e0 nouveau de futurs mod\u00e8les. Je pense que c\u2019est le bon moment pour essayer d\u2019agir et de faire en sorte que nous n\u2019ayons pas d\u2019amplifications d\u2019\u00e9l\u00e9ments non-inclusifs, racistes, etc. Parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un miroir, le reflet de ce qui est pr\u00e9sent sur Internet, duquel d\u00e9coule tous les biais que nous avons d\u00e9couverts. Ainsi, afin de r\u00e9pondre \u00e0 votre question concernant le futur de tout cela, je crois avoir un rapport assez paradoxal aux nouvelles technologies\u00a0: je les crains autant qu\u2019elles me fascinent. Je pense que c\u2019est la mani\u00e8re dont je travaille avec ces dispositifs : me mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve face \u00e0 ces nouvelles technologies, en ayant une r\u00e9elle curiosit\u00e9 et un vrai plaisir \u00e0 exp\u00e9rimenter avec elles. N\u00e9anmoins, chaque prise de recul est effroyable car, comme ce que nous racontons dans le spectacle, ce sont des outils qui peuvent devenir si puissants qu\u2019il est possible d\u2019imaginer une multitude de sc\u00e9narios catastrophes. Il se passe tellement de choses probl\u00e9matiques avec les nouvelles technologies, que je peux dire que j\u2019entretiens une relation r\u00e9ellement ambivalente par rapport \u00e0 elles.<\/p>\n<p><strong>Allan Kevin Bruni :<\/strong> Vous avez mentionn\u00e9 au d\u00e9but de la pi\u00e8ce que c\u2019est Tammara qui vous a contact\u00e9 pour cr\u00e9er cette intelligence artificielle. Comment expliquez-vous votre processus cr\u00e9atif derri\u00e8re la pr\u00e9sentation de ce soir en termes sc\u00e9niques, par rapport \u00e0 votre m\u00e9tier d\u2019artiste ?<\/p>\n<p><strong>Simon Senn : <\/strong>Je tiens \u00e0 souligner qu\u2019\u00e0 la base c\u2019\u00e9tait le projet de Tammara pour son projet de dipl\u00f4me \u00e0 la Haute \u00e9cole d\u2019art et de design \u00e0 Gen\u00e8ve, pour un Master nomm\u00e9 <em>Media Design<\/em>. Ensuite, elle m\u2019a demand\u00e9 si je pouvais \u00eatre son tuteur pour ce projet. Au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait donc son projet, et je l\u2019aidais en tant que tuteur. Puis, elle a eu son dipl\u00f4me et je lui ai demand\u00e9 si elle voulait venir sur sc\u00e8ne avec moi pour raconter notre histoire. Comme j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 fait un projet sc\u00e9nique auparavant<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a>, je lui ai propos\u00e9 de venir sur sc\u00e8ne avec moi. En fait, on s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 \u00e0 travers mon premier projet sc\u00e9nique, qui je crois l\u2019avais beaucoup touch\u00e9e, et c\u2019est pour cela qu\u2019elle m\u2019avait invit\u00e9 \u00e0 \u00eatre son tuteur.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1638\" aria-describedby=\"caption-attachment-1638\" style=\"width: 270px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1638\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/TamMARA-LEITES.jpeg\" alt=\"\" width=\"270\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/TamMARA-LEITES.jpeg 700w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/TamMARA-LEITES-300x300.jpeg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/TamMARA-LEITES-150x150.jpeg 150w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/TamMARA-LEITES-140x140.jpeg 140w\" sizes=\"(max-width: 270px) 100vw, 270px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1638\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>Tammara Leites. Phot. DR<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Tammara Leites : <\/strong>En fait, j\u2019avais fait un workshop \u00e0 l\u2019\u00e9cole avec Simon dans lequel il nous avait pr\u00e9sent\u00e9 son projet <em>Be Arielle F. <\/em>Ensuite, je suis all\u00e9e le voir en spectacle et je me suis trouv\u00e9e vraiment \u00e9merveill\u00e9e par la fa\u00e7on dont il paraissait nous expliquer la simplicit\u00e9 de faire un corps 3D, puis de rentrer l\u00e0-dedans ; il y avait \u00e9galement des gens \u00e2g\u00e9s qui disaient : \u00ab\u00a0ah mais c\u2019est super facile\u00a0\u00bb. Cela m\u2019a plu car j\u2019aime bien travailler la relation que l\u2019on a avec la technologie\u00a0; pas d\u2019une mani\u00e8re distante dont seules quelques personnes qui la connaissent bien arrivent \u00e0 la comprendre, mais en faisant en sorte que ce soit accessible. Ainsi, on le comprend et on peut s\u2019amuser. De plus, je trouve que Simon a une tr\u00e8s belle sensibilit\u00e9, ce qui formait un m\u00e9lange parfait\u00a0; c\u2019est pour cela que je lui ai demand\u00e9 d\u2019\u00eatre mon tuteur.<\/p>\n<p><strong>Simon Senn<\/strong> : Il y a eu un moment, lorsque que l\u2019on a commenc\u00e9 \u00e0 imaginer le projet pour sa version sc\u00e9nique \u2013 je le raconte dans le spectacle et ceci est r\u00e9ellement arriv\u00e9\u00ad- \u00a0o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 un peu bloqu\u00e9s. Nous ne savions pas trop comment avancer, et nous avons cherch\u00e9 pendant plusieurs semaines, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une amie nous ait conseill\u00e9 de questionner dSimon, tout simplement. \u00c0 la suite de cela, nous avons vraiment commenc\u00e9 \u00e0 collaborer avec lui, et il me semble que c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019il nous a sugg\u00e9r\u00e9 cette chanson que l\u2019on fait \u00e9couter dans le spectacle, avec les \u00e9toiles. Pour nous, ces moments ont \u00e9t\u00e9 un d\u00e9clic. D\u00e8s le d\u00e9but, nous avions en th\u00e9orie l\u2019ambition de collaborer avec dSimon. N\u00e9anmoins, la collaboration, la vraie, a commenc\u00e9 \u00e0 ce moment pr\u00e9cis et pour moi il n\u2019y a aucun doute\u00a0: nous avons vraiment cr\u00e9\u00e9 ce spectacle \u00e0 trois.<\/p>\n<p><strong>Izabella Pluta<\/strong> : Par rapport au format cr\u00e9atif, votre moteur est de nous raconter comment vous avez cr\u00e9\u00e9 ce travail. Comment s\u2019est fait le choix de l\u2019esth\u00e9tique, qui est performatif ?<\/p>\n<p><strong>Simon Senn<\/strong> : J\u2019ai toujours envie de r\u00e9pondre quelque chose de b\u00eate : on est au th\u00e9\u00e2tre. Il est vrai que nous avons con\u00e7u le projet en faisant un lien sur ce que pourrait \u00eatre le documentaire dans lequel nous pourrions \u00eatre nous-m\u00eame, sans jouer aucun r\u00f4le. C\u2019est ma mani\u00e8re de raconter les histoires et situations. J\u2019aime bien faire les choses simplement, et je crois que nous nous sommes aussi trouv\u00e9s l\u00e0-dedans. De ce fait la forme que nous avons trouv\u00e9e s\u2019est faite naturellement.<\/p>\n<p><strong>Tammara Leites <\/strong>: Il y avait surtout, je crois, le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre tous impliqu\u00e9s, en tant qu\u2019humains, et que cela soit sinc\u00e8re. Il \u00e9tait m\u00eame vital, pour moi, de raconter la r\u00e9alit\u00e9 et pas de cr\u00e9er encore un autre message de type : \u00ab\u00a0cela va nous remplacer, c\u2019est l\u2019horreur, elle fait tout toute seule\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas vrai. Il faut brancher la machine, l\u2019allumer, la programmer et finalement la lancer\u00a0; \u00eatre l\u00e0 durant tout le processus, pour dire \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb. Donc, pour nous, c\u2019\u00e9tait important que le c\u00f4t\u00e9 humain soit repr\u00e9sent\u00e9 et que nous \u00e9tablissions un lien avec les gens.<\/p>\n<p><strong>Izabella Pluta<\/strong> : Ce que j\u2019ai trouv\u00e9 tr\u00e8s int\u00e9ressant dans ce spectacle, c\u2019est la mani\u00e8re dont vous jouez la porosit\u00e9 des diff\u00e9rentes fronti\u00e8res. Plusieurs fois je me suis pos\u00e9e la question\u00a0: est-ce que ce texte a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par dSimon ou pas ? Vous arrivez \u00e0 brouiller les limites, ce qui est un enjeu tr\u00e8s int\u00e9ressant du point de vue artistique. \u00c9tait-ce une intention de d\u00e9part ou est-ce que ce jeu des fronti\u00e8res est apparu durant le processus de cr\u00e9ation ?<\/p>\n<p><strong>Simon Sennn<\/strong> : Selon moi, au niveau de l\u2019\u00e9criture, c\u2019est un peu arriv\u00e9 comme je le racontais avant\u00a0; tout d\u2019un coup nous nous sommes rendus compte du potentiel de ce m\u00e9canisme avec lequel nous collaborions. Puis, comme tout passe par le texte, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire ce que nous racontions sur le plateau et nous nous sommes dit : il suffit de faire un copier-coller de notre document Word \u00e0 dSimon, de lui donner tous ces \u00e9l\u00e9ments, puis qu\u2019il nous donne des id\u00e9es. Souvent, lorsqu\u2019il invente du contenu, celui-ci correspond \u00e0 ce que j\u2019ai envie de dire. Les parties \u00e9crites par dSimon sont \u00e9crites avec ses mots, mais je me retrouve dedans\u00a0; ce qui fait que nous fonctionnons vraiment dans une dynamique d\u2019\u00e9criture collaborative. Pour moi, \u00e0 aucun moment nous ne sommes partis dans une fiction compl\u00e8te ou \u00e9loign\u00e9e de mon v\u00e9cu.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1633\" aria-describedby=\"caption-attachment-1633\" style=\"width: 280px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1633\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1639751377.jpg\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"168\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1639751377.jpg 973w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1639751377-300x180.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1639751377-768x461.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 280px) 100vw, 280px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1633\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong>dSimon ou Simon Senn? Capture d&rsquo;\u00e9cran. S. Senn<span lang=\"fr-FR\">\u00a9<\/span><\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Alyssa Lorena Fl\u00fc<\/strong><strong>ggen<\/strong> : Pensez-vous que le m\u00e9tier d\u2019\u00e9crivain peut \u00eatre impact\u00e9 par l\u2019intelligence artificielle ? Avec votre projet, vous avez fait de dSimon un \u00e9crivain. Est-il possible qu\u2019en donnant suffisamment de documents \u00e0 une base de donn\u00e9es, il y ait un risque de voir disparaitre le m\u00e9tier traditionnel d\u2019\u00e9crivain ou que l\u2019intelligence artificielle puisse remplacer celui-ci ?<\/p>\n<p><strong>Tammara Leites<\/strong> : dSimon correspond \u00e0 une approche joueuse, mais quand nous le testons pour g\u00e9n\u00e9rer des nouveaux projets, nous obtenons toujours des variantes diff\u00e9rentes de ceux qui l\u2019ont nourri. Si Simon fait une rencontre qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 faire quelque chose de compl\u00e8tement diff\u00e9rent de sa carri\u00e8re, dSimon ne pourra pas le pr\u00e9dire. Je pense que tant que l\u2019on reste dans un certain style d\u2019\u00e9criture, en \u00e9crivant la m\u00eame chose de la m\u00eame mani\u00e8re et que l\u2019on \u00e9volue pas du tout en tant qu\u2019humain \u2013 ce que je trouve impossible \u2013 alors oui, dans ce cas, je pense qu\u2019il y a un risque. Cependant, il y a des gens qui \u00e9crivent des choses diff\u00e9rentes, qui se r\u00e9inventent et qui font des \u0153uvres compl\u00e8tements diff\u00e9rentes toute leur vie. Ces personnes-l\u00e0, je pense qu\u2019il n\u2019y a pas moyen de pouvoir pr\u00e9dire ce qu\u2019elles \u00e9criront. Souvent, ces gens s\u2019inspirent de faits assez exceptionnels qui se passent dans leur vie et qui souvent marquent un changement.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1628\" aria-describedby=\"caption-attachment-1628\" style=\"width: 289px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1628\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dsimon.png\" alt=\"\" width=\"289\" height=\"252\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dsimon.png 325w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/dsimon-300x261.png 300w\" sizes=\"(max-width: 289px) 100vw, 289px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1628\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\"><strong><em>dSimon<\/em> de Simon Senn et Tammara Leites. Phot. M. Olmi<span lang=\"fr-FR\">\u00a9<\/span><\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Simon Senn<\/strong> : J\u2019ai quand m\u00eame l\u2019impression que ce sont des outils qui vont de plus en plus transformer beaucoup de m\u00e9tiers. Je pense que les m\u00e9tiers comme le journalisme et l\u2019\u00e9criture vont faire face, petit \u00e0 petit, \u00e0 des transformations de plus en plus importantes, mais je ne pense pas que cela va remplacer un \u00e9crivain. Je pense plut\u00f4t qu\u2019il pourrait y avoir des collaborations entre les deux. J\u2019ai lu r\u00e9cemment, dans un journal scientifique d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019art, un article sign\u00e9 par deux personnes et une intelligence artificielle<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a>. Le sujet n\u2019\u00e9tait pas l\u2019intelligence artificielle, cela n\u2019avait rien \u00e0 voir. Je pense que de nos jours c\u2019est encore assez rare que cela arrive, mais c\u2019est quelque chose qui arrivera de plus en plus r\u00e9guli\u00e8rement. Je pense \u00e9galement que cette collaboration peut amener de nouveaux styles d\u2019\u00e9criture, tout en restant dans un rapport humain-machine qui collaborent. Je pense que la machine autonome qui, tout d\u2019un coup, r\u00e9dige un roman incroyable sans intervention humaine, nous en sommes encore tr\u00e8s loin, et je ne sais pas si cela peut arriver un jour.<\/p>\n<p><strong>Tammara Leites<\/strong> : Si l\u2019on pense rapidement \u00e0 toutes les nouvelles technologies de notre \u00e9poque\u00a0: au d\u00e9part, nous avions peur de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, car les gens pouvaient \u00eatre \u00e9lectrocut\u00e9s. Finalement, nous avons trouv\u00e9 le moyen de s\u2019en sortir et d\u2019obtenir des usages importants d\u2019\u00e9lectricit\u00e9\u00a0; d\u00e9sormais, nous n\u2019imaginons pas nos vies sans elle. Je pense donc qu\u2019il s\u2019agit vraiment de voir comment nous pouvons adapter l\u2019intelligence artificielle au mieux pour nous. Cette collaboration serait int\u00e9ressante notamment dans le milieu m\u00e9dical, et pourrait vraiment changer la vie d\u2019\u00e9norm\u00e9ment de personnes. Il y a r\u00e9ellement des personnes \u00e0 qui cela r\u00e9ussit, gr\u00e2ce au fait que l\u2019intelligence artificielle puisse aider pour certains processus, tel que permettre \u00e0 un patient ou une patiente de retrouver plus rapidement sa mobilit\u00e9. Ce sont des choses tr\u00e8s int\u00e9ressantes, m\u00eame si cela peut faire un peu peur. Le probl\u00e8me, je pense, r\u00e9side dans la mani\u00e8re dont elle est pr\u00e9sent\u00e9e, le plus souvent comme si la machine poss\u00e9dait une pleine autonomie et son propre pouvoir de d\u00e9cision.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Entretien r\u00e9alis\u00e9 le 3 d\u00e9<\/em><em>cembre 2021<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Relu et autoris\u00e9 par Simon Senn et Tamara Leites<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Th<\/em><em>\u00e9\u00e2tre de Vidy, Lausanne<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Transcription par Allan Kevin Bruni, Alyssa Lorena Fl\u00fcggen, <\/em><em>Elsa Mor\u00f2n<\/em><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong>Allan Kevin Bruni, Alyssa Lorena Fl\u00fcggen et Elsa Mor\u00f2n<\/strong> <\/span>\u2013 en 2021, \u00e9tudiants en Histoire et Esth\u00e9tique du Cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne (Lausanne, Suisse).<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> La performance en question est <em>Be Arielle F<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> Il s\u2019agit de l\u2019article de Hito Steyerl, \u201cTwenty-One Art Worlds: A Game Map\u201d, in <em>e-flux journal<\/em>, no 21, octobre 2021.<\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong>Simon Senn<\/strong><\/span> a obtenu un Bachelor of Fine Arts \u00e0 la Haute \u00e9cole d\u2019art et de design de Gen\u00e8ve et un Master au Goldsmiths College \u00e0 Londres. Au premier abord, son travail semble sugg\u00e9rer qu\u2019il est un artiste socialement engag\u00e9, s\u2019\u00e9levant contre un certain type d\u2019injustice. Pourtant, ses \u0153uvres r\u00e9v\u00e8lent parfois une approche plus ambigu\u00eb, explorant des apories plut\u00f4t qu\u2019articulant des critiques adress\u00e9es. M\u00eame si ses vid\u00e9os ou installations sont normalement bas\u00e9es sur une certaine r\u00e9alit\u00e9, une fiction s\u2019y m\u00eale souvent. <em>Be Arielle F<\/em> est sa premi\u00e8re proposition pour la sc\u00e8ne, avec laquelle il a re\u00e7u le deuxi\u00e8me Prix d\u2019encouragement pour les arts de la sc\u00e8ne Premio en 2019. Il m\u00e8ne \u00e9galement un travail d\u2019enseignement \u00e0 la Haute \u00e9cole de design de Gen\u00e8ve dans le D\u00e9partement de R\u00e9alit\u00e9 Virtuelle et a anim\u00e9 plusieurs stages de formation. Site web\u00a0: http:\/\/www.simonsenn.com<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><strong>Tammara<\/strong><strong> Leites<\/strong><\/span> est n\u00e9e et a grandi en Uruguay et vit actuellement \u00e0 Gen\u00e8ve. Depuis toujours, elle se passionne pour la technologie et la fa\u00e7on dont la soci\u00e9t\u00e9 interagit avec ce m\u00e9dium. Apr\u00e8s un cursus en programmation, design graphique et communication visuelle, et afin de concevoir des projets qui lui permettent d\u2019allier ses centres d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 sa cr\u00e9ativit\u00e9, elle a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019entreprendre un Master en Media Design \u00e0 la Haute \u00e9cole d\u2019art et de design de Gen\u00e8ve. Parall\u00e8lement, elle rejoint Transmii Studio en tant que directrice des nouvelles technologies. Son travail prend la forme d\u2019une r\u00e9flexion sur ce que signifie \u00eatre un \u00eatre humain connect\u00e9 en permanence.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\">***<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #008080;\"><strong>Pour citer le <em>Dossier critique 1<\/em> :<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Morgane Perrin, dSimon : <em>l\u2019intelligence artificielle qui cr\u00e9e et raconte des histoires.<\/em><\/p>\n<p>Celestina Wee, <em>Chatbot sur sc\u00e8ne. Vers une red\u00e9finition du spectacle vivant ?<\/em><\/p>\n<p>Allan Kevin Bruni, Alyssa Lorena Fl\u00fcggen, Elsa Mor\u00f2n, <em>Lorsque l\u2019intelligence artificielle nous double. Entretien avec Simon Senn et Tammara Leites.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span lang=\"fr-FR\"><strong>in <em>Critiques. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant.<\/em> Carnet en ligne de Theatre in Progress, in Web : https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1615, mis en ligne le 18.11.2022<\/strong> <br \/><\/span><\/p>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DOSSIER CRITIQUE 1 Spectacle \u00ab\u00a0dSimon\u00a0\u00bb r\u00e9alis\u00e9 par Simon Senn et Tammara Leites Coordonn\u00e9 par Izabella PLUTA CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture (pour Dossier critique 1 : St\u00e9phanie Barbetta, Allan Kevin Bruni, Simon Hagemann, Lola Mukuna, Anne-Charlotte Neidig, R\u00e9becca Pierrot, Izabella&hellip; <\/p>\n<p class=\"toivo-read-more\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1615\" class=\"more-link\">Lire la suite <span class=\"screen-reader-text\">de<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">Dossier critique 1: \u00ab\u00a0dSimon\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1630,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[13],"tags":[205,202,200,201,203,206,204],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1615"}],"collection":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1615"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1615\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1739,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1615\/revisions\/1739"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1630"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1615"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1615"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1615"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}