{"id":1902,"date":"2024-04-11T18:12:52","date_gmt":"2024-04-11T16:12:52","guid":{"rendered":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1902"},"modified":"2024-04-11T18:17:00","modified_gmt":"2024-04-11T16:17:00","slug":"critique-flash-rohee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1902","title":{"rendered":"Critique FLASH \u00ab\u00a0Rohee\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #ff00ff;\">Critique <\/span><em><span style=\"color: #ff00ff;\">FLASH!<\/span> <\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Notre corps en mouvement, donn\u00e9e qui nous est ch\u00e8re\u2026<\/strong><br \/><strong>Auteur : Izabella PLUTA\u00a9<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"color: #808080;\">\u00ab\u00a0Rohee\u00a0\u00bb, conception: Simon Senn et Rohee Uberoi, avec: Rohee Uberoi et Simon Senn, premi\u00e8re le 14 mars 2024 au Th\u00e9\u00e2tre Vidy Lausanne (Suisse).<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Simon Senn, artiste visuel et performeur genevois, est connu pour ses spectacles-conf\u00e9rences qui travaillent non seulement les dispositifs num\u00e9riques mais \u00e9galement les questions que suscitent ces derniers. Dans \u00ab Be Arielle F \u00bb (2019, 2020), il s\u2019interroge sur la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un corps humain dont la version scann\u00e9e est vendue en ligne sur 3D Scan Store . \u00ab dSimon \u00bb (2021), r\u00e9alis\u00e9 avec Tammara Leites, met en sc\u00e8ne Chat-GPT qui explore les donn\u00e9es de Simon Senn et cr\u00e9e ainsi son double num\u00e9rique. \u00ab Rohee \u00bb, sa nouvelle cr\u00e9ation ayant eu sa premi\u00e8re au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy le 14 mars 2024, est con\u00e7ue en collaboration avec la danseuse Rohee Uberoi.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but, le spectateur est happ\u00e9 par la voix off diffus\u00e9e des haut-parleurs qui explique que la performance se r\u00e9alise simultan\u00e9ment sur le plateau de la salle Ren\u00e9e Gonzalez de Vidy et au th\u00e9\u00e2tre Citadelle \u00e0 Toronto, gr\u00e2ce \u00e0 une connexion Internet et une visio-conf\u00e9rence. A 14h15, Simon Senn se pr\u00e9sente sur le plateau en m\u00eame temps que Rohee Uberoi, visible sur un grand \u00e9cran, entre sur la sc\u00e8ne \u00e0 Toronto vers 9h15 du matin. Ils font des r\u00e9glages techniques et commencent \u00e0 expliquer le projet accompli ensemble durant la r\u00e9sidence en ligne \u00e0 l\u2019Attakkalari Centre for Movement Arts \u00e0 Bangalore en Inde. Pr\u00e9cisons que le plateau n\u2019est pas charg\u00e9 d\u2019une sc\u00e9nographie prononc\u00e9e : il est couvert au fond par deux \u00e9crans, \u00e9quip\u00e9 \u00e0 gauche par la r\u00e9gie du performeur et par une tablette (\u00e9cran\/cam\u00e9ra) situ\u00e9 au milieu, proche du public et tourn\u00e9 vers la danseuse.<\/p>\n<p>L\u2019objectif du projet est focalis\u00e9 sur la cr\u00e9ation d\u2019une base de donn\u00e9es \u00e0 l\u2019acc\u00e8s libre de la danse indienne <em>bharata natyam<\/em>, pratiqu\u00e9e par la danseuse. La capture de ses mouvements permet de saisir les gestes qui sont mis en action par la suite par un squelette virtuel \u00e0 l\u2019\u00e9cran de l\u2019ordinateur et sur le grand \u00e9cran gauche vu par le public. Les deux artistes expliquent \u00e9galement ce que signifient pour eux les gestes et les actions corporelles qui sont plac\u00e9s au c\u0153ur de cette exp\u00e9rimentation. Rohee Uberoi pr\u00e9cise que cette danse indienne qu\u2019elle a apprise tr\u00e8s jeune, se transmets de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration et repr\u00e9sente des mouvements et des gestes extr\u00eamement pr\u00e9cis, riches dans leur narration. C\u2019est une pratique plurimill\u00e9naire qui a \u00e9t\u00e9 dans\u00e9e par les femmes dans des temples. Elle fait partie de la culture et de l\u2019identit\u00e9 de R. Uberoi. Elle restera ce mouvement fondamental qu\u2019elle a int\u00e9gr\u00e9 dans son corps et dans son \u00eatre pour toujours, m\u00eame si elle est en train d\u2019\u00e9tudier la danse contemporaine, exigeant d\u2019autres postures et d\u2019autres d\u00e9placements chor\u00e9graphiques. Pour Simon Senn, la course est une activit\u00e9 tr\u00e8s importante pour lui car l\u2019entra\u00eenant dans un \u00e9tat quasi m\u00e9ditatif et lui donnant l\u2019impression de flotter dans l\u2019air.<!--more--><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1901\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/rohee-1-low-elisalarvego-scaled-e1710149184616.jpg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1382\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/rohee-1-low-elisalarvego-scaled-e1710149184616.jpg 2560w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/rohee-1-low-elisalarvego-scaled-e1710149184616-300x162.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/rohee-1-low-elisalarvego-scaled-e1710149184616-1024x553.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/rohee-1-low-elisalarvego-scaled-e1710149184616-768x415.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/rohee-1-low-elisalarvego-scaled-e1710149184616-1536x829.jpg 1536w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/rohee-1-low-elisalarvego-scaled-e1710149184616-2048x1106.jpg 2048w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/rohee-1-low-elisalarvego-scaled-e1710149184616-1260x680.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><br \/><strong><span style=\"color: #808080;\">\u00ab\u00a0Rohee\u00a0\u00bb, conception et r\u00e9alisation: Simon Senn et Rohee Uberoi, premi\u00e8re: 2024. Phot. Elisa Larvego<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Le travail de capture et de restitution du mouvement est exigeant et demande \u00e9norm\u00e9ment de pr\u00e9cision. Certaines donn\u00e9es recueillies de ses mouvements sont ensuite transmises au petit robot Nao qui se trouve sur la sc\u00e8ne. Il effectue quelques gestes de la danse indienne ou encore imite S. Senn r\u00e9alisant des mouvements de Rohee Uberoi. Il confirme ainsi que cette transmission est r\u00e9alisable par quelqu\u2019un d\u2019autre.<\/p>\n<p>Le projet de deux artistes n\u2019aboutit finalement pas et ils ne con\u00e7oivent pas de base de donn\u00e9es. Suite \u00e0 l\u2019opposition du milieu indien de cette technique de danse ancestrale qui nie sa possibilit\u00e9 d\u2019enregistrement et de transmission num\u00e9rique, les artistes abandonnent le projet. Ils comprennent qu\u2019il est d\u2019abord impossible de capter les gestes d\u2019une danse codifi\u00e9e pendant des si\u00e8cles et ensuite d\u2019enregistrer les mouvements d\u2019une personne dans ses d\u00e9tails qui sont propres \u00e0 sa \u00ab personnalit\u00e9 corporelle \u00bb. Un constat qui surprend certains spectateurs, confirmant cependant les limites de l\u2019IA face \u00e0 la complexit\u00e9 pas toujours reproductible de l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p>\u00ab Rohee \u00bb est un travail int\u00e9ressant sur le plan du propos soulev\u00e9 par les artistes et le format esth\u00e9tique de la performance \u00e0 distance. N\u00e9anmoins, il aurait pu, \u00e0 mon avis, gagner plus en efficacit\u00e9 artistique si les cr\u00e9ateurs avaient confi\u00e9 leurs r\u00e9pliques \u00e0 des personnages, jou\u00e9s par des acteurs professionnels. Cela aurait permis de cr\u00e9er une tension sc\u00e9nique face \u00e0 la probl\u00e9matique abord\u00e9e et d\u2019\u00e9viter de relater simplement le d\u00e9roulement du projet. Ce serait \u00e9galement l\u2019occasion de supprimer l\u2019aspect accompagnant des dialogues et qui se r\u00e9sume en un \u00e9change se faisant parfois d\u2019une fa\u00e7on artificielle. De cette mani\u00e8re, les artistes auraient pu leur donner une dimension plus dramaturgique et plus th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<p>Une fois la performance termin\u00e9e, Simon Senn retourne vers sa r\u00e9gie et \u00e9change \u00e0 voix basse avec Rohee Uberoi. Les spectateurs peuvent \u00e9galement venir en face de l\u2019\u00e9cran de l\u2019ordinateur et poser des questions \u00e0 la danseuse. Je me suis pr\u00e9cipit\u00e9e moi aussi pour la remercier de son travail dans cette performance. J\u2019ai voulu v\u00e9rifier \u00e9galement si elle \u00e9tait vraiment l\u00e0, \u00e0 Toronto et qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas seulement une image pr\u00e9enregistr\u00e9e (mais chut\u2026 cela reste entre nous). Comme dans ces cr\u00e9ations pr\u00e9c\u00e9dentes, Simon Senn a r\u00e9ussi encore une fois \u00e0 semer le doute par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sc\u00e9nique et \u00e0 soulever la question : est-ce vraiment \u00e7a, est-ce vraiment l\u00e0 &#8211; ce que je suis en train de voir ?<\/p>\n<p><span style=\"color: #808080;\"><strong>Izabella Pluta<\/strong> <\/span>est chercheuse ind\u00e9pendante associ\u00e9e au Centre d&rsquo;\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lausanne. En janvier 2024, elle a co-sign\u00e9 avec Simon Hagemann une monographie \u00ab\u00a0Quels r\u00f4les pour le spectateur \u00e0 l&rsquo;\u00e8re num\u00e9rique?\u00a0\u00bb chez Epist\u00e9m\u00e9.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #808080;\">Pour citer cet article:<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Izabella Pluta, \u00ab\u00a0Notre corps en mouvement, donn\u00e9e qui nous est ch\u00e8re\u2026\u00a0\u00bb, in Critiques. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress, in Web :\u00a0 <a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1902\">https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=1902<\/a>; mis en ligne le 11 avril 2024<\/p>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique FLASH! Notre corps en mouvement, donn\u00e9e qui nous est ch\u00e8re\u2026Auteur : Izabella PLUTA\u00a9 \u00ab\u00a0Rohee\u00a0\u00bb, conception: Simon Senn et Rohee Uberoi, avec: Rohee Uberoi et Simon Senn, premi\u00e8re le 14 mars 2024 au Th\u00e9\u00e2tre Vidy Lausanne (Suisse). 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