{"id":339,"date":"2017-12-03T22:10:38","date_gmt":"2017-12-03T20:10:38","guid":{"rendered":"http:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=339"},"modified":"2019-01-03T12:22:20","modified_gmt":"2019-01-03T10:22:20","slug":"machina-ex-toxik","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=339","title":{"rendered":"machina eX \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<h6 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Quand le spectateur devient <em>joueur. <\/em><\/strong><strong>L\u2019exp\u00e9rience du <em>th\u00e9\u00e2tre-jeu<\/em> \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb au th\u00e9\u00e2tre Hebbel am Ufer \u00e0 Berlin<\/strong><\/span><\/h6>\n<h6 style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #000000;\">Auteur: R\u00e9jane DREIFUSS \u00a9<\/span><\/strong><\/h6>\n<blockquote><p><span style=\"color: #008080;\"><strong>CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture:<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #808080;\"><em>Critique <\/em>du <em>th\u00e9\u00e2tre-jeu<\/em>\u00a0 \u00ab\u00a0<em>Toxik\u00a0\u00bb<\/em> du collectif machina eX en collaboration avec Martin Gantef\u00f6hr, premi\u00e8re\u00a0: le 7 octobre 2015 au th\u00e9\u00e2tre Hebbel am Ufer HAU \u00e0 Berlin<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>Game Theater <\/em>est une nouvelle forme de th\u00e9\u00e2tre qui a la particularit\u00e9 de s\u2019inspirer des jeux vid\u00e9o et dont les cr\u00e9ations, prenant des allures tout \u00e0 fait <em>analogues<\/em>, exigent la participation active des spectateurs dans le d\u00e9roulement du spectacle qui se joue dans l\u2019espace r\u00e9el. Le terme a \u00e9t\u00e9 notamment propos\u00e9 par le critique de th\u00e9\u00e2tre allemand Christian Rakow dans son article \u00ab\u00a0Playing Democracy\u00a0\u00bb publi\u00e9 en 2013 dans la revue num\u00e9rique \u00ab\u00a0nachtkritik.de \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Allemagne, le collectif machina eX est l\u2019un des pionniers de cette esth\u00e9tique, explor\u00e9e \u00e9galement par d\u2019autres groupes de th\u00e9\u00e2tre, comme Blast Theory (Angleterre), Signa (Danemark\/Autriche) ou encore Extraleben (Suisse). Fond\u00e9 \u00e0 Hildesheim en 2010 par huit \u00e9tudiants en sciences culturelles, tous mordus de jeux vid\u00e9o et de th\u00e9\u00e2tre, machina eX a obtenu un succ\u00e8s croissant avec ses productions telles que \u00ab\u00a015&rsquo;000 Gray\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a015&rsquo;000 gris\u00a0\u00bb, 2011), \u00ab\u00a0Wir aber erwachen\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Nous qui nous r\u00e9veillons\u00a0\u00bb, 2012), \u00ab\u00a0Hedge Knights\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Chevaliers d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb, 2013), \u00ab\u00a0Right of Passage\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Droit de passage\u00a0\u00bb, 2014), \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Toxique\u00a0\u00bb, 2015) et \u00ab\u00a0Lesson of Leaking\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Le\u00e7on de fuite\u00a0\u00bb, 2016). Aujourd\u2019hui, le collectif se compose de\u00a0Anna Sina Fries (sc\u00e9nographie), Robin H\u00e4dicke (conception de son), Nele Katharina Lenz (art vid\u00e9o), Lasse Marburg (dramaturgie), Mathias Prinz (conception de son), Laura Alisa Sch\u00e4ffer (dramaturgie) et Jan Philip Steimel (conception d\u2019interactions).<!--more--><\/p>\n<p><strong>D\u00e9couverte<\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_342\" aria-describedby=\"caption-attachment-342\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-342\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz-768x512.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz-1260x840.jpg 1260w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz.jpg 1620w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-342\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000000;\">\u00ab Toxik \u00bb, conception : machina eX, Th\u00e9\u00e2tre Hebbel am Ufer HAU, Berlin. Phot. Matthias Prinz\u00a9<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">En \u00e9t\u00e9 2015, dans le cadre d\u2019un travail de master ayant pour th\u00e8me l\u2019influence du num\u00e9rique sur le th\u00e9\u00e2tre, je me suis int\u00e9ress\u00e9e au collectif machina eX qui \u00e9tait en train de pr\u00e9parer une nouvelle cr\u00e9ation pour le mois d\u2019octobre \u00e0 Berlin. Quelle aubaine, j\u2019allais pouvoir participer pour la premi\u00e8re fois de ma vie \u00e0 un <em>Game Theater<\/em>\u00a0! J\u2019ai r\u00e9serv\u00e9 mon billet d\u00e9but septembre. Le spectacle \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb afficha vite complet, le nombre de places \u00e9tant limit\u00e9 \u00e0 12 spectateurs par repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un soir d\u2019octobre, je me suis donc rendue au th\u00e9\u00e2tre Hebbel am Ufer HAU log\u00e9 dans une vieille b\u00e2tisse situ\u00e9e dans une arri\u00e8re-cour du quartier de Kreuzberg \u00e0 Berlin. Apr\u00e8s avoir mont\u00e9 deux ou trois \u00e9tages, je me suis retrouv\u00e9e devant un caissier qui a v\u00e9rifi\u00e9 mon billet d\u2019entr\u00e9e, m\u2019a demand\u00e9 de lui laisser mes affaires personnelles et de bien vouloir patienter dans le couloir. Nous \u00e9tions plusieurs \u00e0 attendre. Qu\u2019allait-il nous arriver ? Lorsque le dernier des 12 spectateurs attendus est arriv\u00e9 sur les lieux, le caissier a ouvert une porte pour faire entrer le groupe dans un espace long et sombre. Nous nous y sommes introduits, avan\u00e7ant \u00e0 t\u00e2tons dans l\u2019obscurit\u00e9 pour nous retrouver au chevet de Madame M, une femme au visage livide qui parlait \u00e0 un homme \u00e9nigmatique. Nous avons ici compris qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une enqu\u00eateuse qui avait \u00e9t\u00e9 charg\u00e9e d\u2019investiguer sur deux meurtres et qui avait \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9e. Son empoisonnement \u00e9tait toutefois entour\u00e9 de myst\u00e8re. Etait-ce un meurtre ? Un suicide ? En ce d\u00e9but de soir\u00e9e, rien n\u2019\u00e9tait clair. La r\u00e9ponse \u00e0 cette question allait d\u2019ailleurs d\u00e9pendre de ce que ferait le groupe de spectateurs pendant les 90 minutes qu\u2019il avait \u00e0 sa disposition : notre t\u00e2che consistait \u00e0 trouver le lien entre les deux meurtres et le destin malheureux de Madame M. A l\u2019aide de cette derni\u00e8re, sortie de son lit pour nous accompagner dans nos recherches, il nous a fallu suivre des pistes, chercher des indices, d\u00e9chiffrer des codes et perquisitionner le lieu du crime. Dans l\u2019espace nomm\u00e9 \u00ab\u00a0commissariat de police\u00a0\u00bb par exemple, des objets plac\u00e9s dans des sacs en plastique avaient \u00e9t\u00e9 punais\u00e9s contre un mur: des cassettes, une douille de cartouche, un t\u00e9l\u00e9phone portable et des papiers. Ces objets constituaient des pistes. Certains spectateurs les ont pris, tourn\u00e9s et retourn\u00e9s dans tous les sens pour tenter de comprendre leur raison d\u2019\u00eatre \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis. Ils ont ensuite cherch\u00e9 dans le \u00ab\u00a0commissariat de police \u00bb d\u2019autres objets avec lesquels il ferait sens de relier les premiers. Il y avait l\u00e0 des lampes de poche, des classeurs, un ordinateur, un enregistreur, un t\u00e9l\u00e9phone et un scanner. En combinant les bons objets entre eux, nous sommes parvenus \u00e0 r\u00e9soudre une \u00e9nigme, puis une autre et, selon l\u2019avanc\u00e9e des recherches, \u00e0 nous d\u00e9placer d\u2019un espace \u00e0 l\u2019autre. Outre le \u00ab\u00a0commissariat de police\u00a0\u00bb, il y avait \u00e9galement un \u00ab\u00a0salon de th\u00e9\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0maisonnette de vacances\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0salle de bain\u00a0\u00bb et un \u00ab\u00a0bar\u00a0\u00bb. Dans chacun de ces espaces, d\u00e9cor\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9tro, de nouveaux indices nous attendaient. Allaient-ils nous permettre d\u2019avancer dans l\u2019histoire ou au contraire nous en d\u00e9tourner ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En plus de l\u2019actrice qui jouait Madame M (Lea Willkowsky), il y avait trois autres acteurs : sa voisine (Katharina Schenk), son ancien chef (Jan Jaroszek), un commissaire de police (David Simon). Les quatre acteurs \u00e9taient actifs dans les diff\u00e9rents espaces pour, d\u2019une part, jouer des s\u00e9quences de th\u00e9\u00e2tres, l\u2019histoire donc, et d\u2019autre part, guider le public dans ses recherches. Tomb\u00e9s parfois dans de r\u00e9elles impasses, ils nous ont aid\u00e9 \u00e0 en sortir et \u00e0 nous faire avancer dans la trame de l\u2019histoire. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, nous avons trouv\u00e9 la bonne cartouche \u00e0 mettre dans la douille, d\u00e9chiffr\u00e9 les codes de la bombe \u00e0 retardement et rassembl\u00e9 les m\u00e9dicaments n\u00e9cessaires \u00e0 soigner Madame M. Dans leurs mimiques et leurs gestes, les personnages jou\u00e9s par les acteurs, ressemblaient \u00e0 des avatars en grandeur nature, ces personnages virtuels que l\u2019utilisateur d\u2019un ordinateur choisit pour le repr\u00e9senter graphiquement dans un jeu vid\u00e9o.<\/p>\n<figure id=\"attachment_345\" aria-describedby=\"caption-attachment-345\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/toxik__c__anna_fries.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-345\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/toxik__c__anna_fries-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/toxik__c__anna_fries-300x169.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/toxik__c__anna_fries.jpg 550w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-345\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000000;\">\u00ab Toxik \u00bb, conception : machina eX, Th\u00e9\u00e2tre<\/span> <span style=\"color: #000000;\">Hebbel am Ufer HAU, Berlin. Phot. Anna Fries\u00a9<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce fut une soir\u00e9e \u00e0 la fois excitante et stressante. Une v\u00e9ritable course contre la montre. Nous avons couru, fait, \u00e9chang\u00e9, r\u00e9fl\u00e9chi, touch\u00e9, essay\u00e9, \u00e9chou\u00e9 et r\u00e9ussi. A travers les d\u00e9cisions que nous avons prises au sein du groupe, nous avons r\u00e9solu un certain nombre d\u2019\u00e9nigmes, mais pas toutes, et chacun de nos choix a influenc\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre le fil narratif du spectacle, ainsi que l\u2019issue de la soir\u00e9e. On dit que la dynamique de groupe est particuli\u00e8rement importante dans ce type de th\u00e9\u00e2tre, que pour arriver vainqueur, il faut savoir travailler ensemble ou compter des <em>cracks<\/em> de jeux vid\u00e9o dans son groupe. Dans notre groupe, la collaboration ne fut malheureusement pas assez fructueuse et Madame M se suicida sous nos yeux \u00e0 la fin du jeu. Ce fut une v\u00e9ritable d\u00e9ception. Une frustration qui me rappela certaines situations d\u2019\u00e9chec qui surviennent dans la vie r\u00e9elle, lorsque pris dans un groupe \u00ab assembl\u00e9 au hasard \u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9cole, au travail ou dans un sport d\u2019\u00e9quipe, on a l\u2019impression d\u2019\u00eatre sur un bateau qui, sous la pression du groupe, est en train de couler, mais que l\u2019on n\u2019a ni la force de stopper la catastrophe ni le courage de sauter \u00e0 l\u2019eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En rentrant \u00e0 l\u2019h\u00f4tel ce soir-l\u00e0, je n\u2019ai cess\u00e9 de penser \u00e0 cette nouvelle exp\u00e9rience de th\u00e9\u00e2tre \u2013 je n\u2019avais en effet jamais v\u00e9cu chose pareille. J\u2019ai essay\u00e9 dans mon imagination de refaire le parcours que nous avions effectu\u00e9, de m\u2019en rem\u00e9morer les diff\u00e9rentes \u00e9tapes, pour tirer l\u2019essence de cette histoire, un message s\u2019il y en avait un. Je me suis rendue compte que je n\u2019avais pas bien compris l\u2019histoire qu\u2019on avait voulu me raconter. Elle \u00e9tait complexe. De surcro\u00eet, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 si absorb\u00e9e \u00e0 courir et \u00e0 fonctionner, \u00e0 tenter de r\u00e9soudre des probl\u00e8mes et \u00e0 essayer de m\u2019adapter aux autres que j\u2019avais bien vite perdu le fil de la narration. En ce sens-l\u00e0, \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9tait pas une r\u00e9ussite, mais le spectacle restait une exp\u00e9rience inoubliable. J\u2019avais l\u2019impression d\u2019avoir assist\u00e9 \u00e0 une forme de th\u00e9\u00e2tre certes trop jeune encore, mais d\u00e9cid\u00e9ment prometteuse.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb ou hybridations multiples<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain matin, au caf\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre Hebbel am Ufer HAU, je retrouve Mathias Prinz co-fondateur et concepteur de son du collectif machina eX. Il m\u2019explique d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il a commenc\u00e9 \u00e0 jouer aux jeux vid\u00e9o \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 12 ans. Dans les ann\u00e9es 90\u2019s, les jeux vid\u00e9o <em>pointer-et-cliquer<\/em> \u00e9taient \u00e0 la mode, \u00e0 l\u2019image de jeux d\u2019aventure graphique c\u00e9l\u00e8bres comme \u00ab\u00a0The Secret of Monkey Island\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Day of the Tentacle\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Indiana Jones\u00a0and the Fate of Atlantis\u00a0\u00bb. Dans ce type de jeu, le joueur doit \u00ab\u00a0pointer\u00a0\u00bb avec le curseur de la souris et \u00ab\u00a0cliquer\u00a0\u00bb pour effectuer une action dans l\u2019environnement du jeu, comme par exemple se d\u00e9placer ou interagir. Ce sont l\u00e0 des jeux d\u2019aventure dans lesquels le h\u00e9ros doit g\u00e9n\u00e9ralement effectuer une enqu\u00eate. Le joueur doit accompagner son personnage, le faire progresser dans l\u2019histoire, trouver des objets, autant d\u2019indices qui permettront au joueur de r\u00e9soudre des \u00e9nigmes et entrer en interaction avec d\u2019autres personnages. \u00ab<em>\u00a0<\/em>Il s\u2019agit toujours d\u2019envoyer le personnage dans un monde rempli d\u2019\u00e9nigmes qu\u2019il se doit de r\u00e9soudre, afin de permettre au joueur de poursuivre le jeu. C\u2019est dans la tradition des <em>point-and-click graphic adventure games <\/em>que nous avons con\u00e7u &lsquo;Toxik&rsquo; me dit Mathias Prinz. Il m\u2019explique aussi que le travail \u00ab\u00a0Toxik \u00bb\u00a0<em>, <\/em>nomm\u00e9 \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre-jeu\u00a0\u00bb, est un bon exemple du format que le collectif machina eX utilise depuis le d\u00e9but de sa formation. Ce format d\u2019origine peut se r\u00e9sumer comme suit : le public et les acteurs se trouvent dans le m\u00eame espace, le public n\u2019interagit pas directement avec les acteurs et l\u2019interaction a lieu \u00e0 travers l\u2019espace m\u00eame, il s\u2019agit par exemple de trouver ensemble des documents ou de d\u00e9chiffrer des codes.<\/p>\n<figure id=\"attachment_343\" aria-describedby=\"caption-attachment-343\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz_2.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-343\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz_2-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz_2-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz_2-768x512.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz_2-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz_2-1260x840.jpg 1260w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/machina_ex_toxik_MPrinz_2.jpg 1620w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-343\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000000;\">\u00ab Toxik \u00bb, conception : machina eX, Th\u00e9\u00e2tre<\/span> <span style=\"color: #000000;\">Hebbel am Ufer HAU, Berlin. Phot. Matthias<\/span> <span style=\"color: #000000;\">Prinz\u00a9<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce matin-l\u00e0, j\u2019apprends \u00e9galement que concevoir un th\u00e9\u00e2tre-jeu comme \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb est un travail de longue haleine qui n\u00e9cessite la collaboration de m\u00e9tiers issus du th\u00e9\u00e2tre <em>traditionnel<\/em> (dramaturge, sc\u00e9nographe, metteur en sc\u00e8ne, ing\u00e9nieur du son et de la lumi\u00e8re) et de m\u00e9tiers nouvellement entr\u00e9s dans le th\u00e9\u00e2tre, comme l\u2019informaticien ou le concepteur de jeu. Dans le cas de \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb, le collectif machina eX a travaill\u00e9 avec Martin Gantef\u00f6hr, un concepteur de jeu et \u00e9crivain interactif connu pour avoir d\u00e9velopp\u00e9 des jeux mettant en avant la narration. Martin Gantef\u00f6hr poss\u00e8de \u00e0 la fois les comp\u00e9tences sp\u00e9cifiques d\u2019un auteur (savoir raconter une histoire) et d\u2019un concepteur de jeu (savoir concevoir un jeu). Cette double comp\u00e9tence est pr\u00e9cieuse. Le d\u00e9veloppement d\u2019un jeu n\u00e9cessite \u00e9galement une certaine flexibilit\u00e9, les auteurs devant consentir \u00e0 effectuer des changements rapides en vue du bon fonctionnement du jeu. En ce sens-l\u00e0, l\u2019avanc\u00e9e du jeu est r\u00e9guli\u00e8rement soumise \u00e0 des tests : des spectateurs (un public qui sert de cobaye) viennent tester des mini-versions du jeu \u2013 les tests ne prenant fin que le jour de la Premi\u00e8re. \u00ab\u00a0C\u2019est une sorte de b\u00eata test. On demande ensuite aux spectateurs de remplir un questionnaire ou de participer \u00e0 un bref entretien<em>\u00a0<\/em>\u00bb explique Mathias Prinz. Cette d\u00e9marche permet de r\u00e9pondre \u00e0 des questions :\u00a0que se passe-t-il sur le plan technique\u00a0? Au niveau de la narration\u00a0? Comprend-t-on de quoi il s\u2019agit\u00a0? Les \u00e9nigmes sont-elles trop faciles \u00e0 r\u00e9soudre\u00a0? Plut\u00f4t trop difficiles\u00a0? Il faut s\u2019imaginer ici un \u00ab\u00a0squelette du jeu\u00a0\u00bb, sans d\u00e9cors et sans v\u00e9ritables acteurs o\u00f9 les t\u00e2ches \u00e0 effectuer ne sont que des prototypes. Prinz ajoute \u00e0 ce sujet\u00a0: \u00ab\u00a0On r\u00e9partit l\u2019action dans l\u2019espace. Par exemple, des livres qui sont \u00e9parpill\u00e9s ici et l\u00e0, que l\u2019on peut ouvrir et lire. Si l\u2019on envoie 12 participants dans cet espace-l\u00e0, on doit se demander combien de gens feuilletteront ce livre ou le regarderont. Ces facteurs-l\u00e0 jouent un grand r\u00f4le\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes en effet dans un th\u00e9\u00e2tre interactif, o\u00f9 le spectateur devient <em>joueur.<\/em> Mathias Prinz m\u2019explique que dans une telle situation, le spectateur peut faire tout ce qu\u2019il veut. Il peut \u00e9teindre la lumi\u00e8re, donner une claque \u00e0 un acteur s\u2019il le d\u00e9sire, cela n\u2019arrive normalement pas, mais en th\u00e9orie, c\u2019est possible. Dans un jeu vid\u00e9o, c\u2019est diff\u00e9rent, on ne peut rien faire de plus que ce que le programmeur a pens\u00e9 au pr\u00e9alable. \u00ab\u00a0En ce sens-l\u00e0, le th\u00e9\u00e2tre est un laboratoire. Un \u00e9v\u00e9nement que l\u2019on ne peut pas vraiment contr\u00f4ler\u00a0\u00bb pr\u00e9cise-t-il. Certains groupes de spectateurs travaillent bien ensemble, m\u00eame s\u2019ils ne se connaissent pas, tandis que d\u2019autres fonctionnent moins bien. Mathias Prinz pr\u00e9cise qu\u2019il y avait 6 ou 7 joueurs de jeux vid\u00e9o dans le groupe de spectateurs qui a suivi le mien, ce qui a permis au groupe de traverser le jeu sans le moindre probl\u00e8me. Ces spectateurs avaient l\u2019habitude de jouer. Ils en connaissaient l\u2019esprit. Ils sont entr\u00e9s dans l\u2019espace-jeu et ils ont imm\u00e9diatement su de quoi il s\u2019agissait, y trouver les objets qui serviraient \u00e0 faire avancer l\u2019histoire et la mani\u00e8re dont il fallait les utiliser. Dans mon groupe, nous \u00e9tions au contraire lents et peu exp\u00e9riment\u00e9s. En effet, un groupe de joueurs a toujours une dynamique qui lui est propre, dans sa mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender les probl\u00e8mes et d\u2019interagir avec les autres. Les exp\u00e9riences sont \u00e0 chaque fois diff\u00e9rentes, elles sont parfois meilleures, parfois moins bonnes, mais Mathias Prinz m\u2019assure que cela fonctionne heureusement toujours. Ceci tient \u00e0 deux choses. Premi\u00e8rement, les acteurs sont pr\u00e9sents et ont pour mission d\u2019encadrer les joueurs, de les inviter \u00e0 suivre le chemin de l\u2019histoire qui a \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e pr\u00e9alablement pour eux. Deuxi\u00e8mement, le fait de jouer \u00e0 des jeux est une habitude qui est profond\u00e9ment ancr\u00e9e en nous<em>.<\/em> Les gens qui ont soixante-dix ans aujourd\u2019hui n\u2019ont peut-\u00eatre jamais jou\u00e9 aux jeux vid\u00e9o, mais ils avaient d\u2019autres jeux. Le point commun entre le football, les \u00e9checs et le jeu vid\u00e9o, c\u2019est le syst\u00e8me du jeu.<em>\u00a0 <\/em>\u00ab\u00a0Au moment o\u00f9 l\u2019on remarque qu\u2019on se trouve dans une situation de jeu, on per\u00e7oit l\u2019espace dont on dispose d\u2019une mani\u00e8re totalement diff\u00e9rente. On se dit d\u2019accord, il faut maintenant que je remette la prise du t\u00e9l\u00e9phone, m\u00eame si dans la vie, je ne le ferais jamais, mais je suis dans un jeu et pour cette raison-l\u00e0, je le fais \u00bb. Mathias Prinz fait allusion ici aux premi\u00e8res minutes du jeu \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb, o\u00f9 apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9s dans la salle, nous nous sommes retrouv\u00e9s au chevet de Madame M. Elle prend le combin\u00e9 du t\u00e9l\u00e9phone et essaie d\u2019appeler quelqu\u2019un, \u00ab\u00a0Rien\u00a0\u00bb soupire-t-elle une premi\u00e8re fois. \u00ab\u00a0Rien\u00a0\u00bb se met-elle \u00e0 scander de plus en plus nerveuse. \u00ab\u00a0Rien, rien, rien\u00a0!\u00a0\u00bb continue-t-elle jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un joueur comprenne de quoi il s\u2019agit, ait le courage de se d\u00e9tacher du groupe et d\u00e9cide de prendre les choses en main. Le t\u00e9l\u00e9phone est d\u00e9branch\u00e9, il suffit effectivement de le rebrancher ! Il semble qu\u2019au d\u00e9but d\u2019un jeu, le joueur a besoin d\u2019une t\u00e2che facile \u00e0 r\u00e9soudre pour qu\u2019il comprenne qu\u2019il se trouve dans le mode jeu. Ces syst\u00e8mes de jeu fonctionnent toujours de la m\u00eame mani\u00e8re : sur le mode de la limitation qui se traduit par un certain nombre de r\u00e8gles \u00e0 suivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019apprends \u00e9galement que dans le th\u00e9\u00e2tre-jeu \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb, la tournure que prend l\u2019histoire d\u00e9pend du nombre d\u2019\u00e9nigmes r\u00e9solues (ou non) par le groupe de joueurs. L\u2019enqu\u00eateuse ne survit pas, mais elle a diff\u00e9rentes possibilit\u00e9s de mourir. Lorsque le groupe de joueurs parvient \u00e0 r\u00e9soudre plus de 3 \u00e9nigmes (sur 5 au total), elle est tu\u00e9e par son ex-chef, sinon elle se suicide. Je demande alors \u00e0 mon interlocuteur si un groupe vraiment fort aurait pu la sauver. Mathias Prinz secoue la t\u00eate et je comprends soudain l\u2019ampleur de ma frustration \u00e0 la sortie du th\u00e9\u00e2tre\u00a0: nous n\u2019avions donc aucune chance !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #008080;\"><strong>R\u00e9jane Dreifuss<\/strong> est collaboratrice de recherche \u00e0 la Haute Ecole des Arts de Zurich (ZHdK) et s\u2019int\u00e9resse en particulier \u00e0 l\u2019influence du num\u00e9rique sur le th\u00e9\u00e2tre. Sous le pseudonyme R\u00e9jane Desvignes, elle est dramaturge et auteur de pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour citer cet article:<br \/>\nR\u00e9jane Dreifuss, \u00ab Quand le spectateur devient <em>joueur. <\/em>L\u2019exp\u00e9rience du <em>th\u00e9\u00e2tre-jeu<\/em> \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb au th\u00e9\u00e2tre Hebbel am Ufer \u00e0 Berlin \u00bb, <em>Critiques. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant<\/em>. Carnet en ligne de Theatre in Progress, in Web : \u02c2https:\/\/theatreinprogress.ch, mise en ligne le 3 d\u00e9cembre 2017, R\u00e9jane Dreifuss\u00a9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand le spectateur devient joueur. L\u2019exp\u00e9rience du th\u00e9\u00e2tre-jeu \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb au th\u00e9\u00e2tre Hebbel am Ufer \u00e0 Berlin Auteur: R\u00e9jane DREIFUSS \u00a9 CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture: Critique du th\u00e9\u00e2tre-jeu\u00a0 \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb du collectif machina eX en collaboration avec Martin Gantef\u00f6hr, premi\u00e8re\u00a0: le&hellip; <\/p>\n<p class=\"toivo-read-more\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=339\" class=\"more-link\">Lire la suite <span class=\"screen-reader-text\">de<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">machina eX \u00ab\u00a0Toxik\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[13],"tags":[44,46,48,45,49,47],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/339"}],"collection":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=339"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/339\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":523,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/339\/revisions\/523"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=339"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=339"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=339"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}