{"id":500,"date":"2019-01-04T11:47:57","date_gmt":"2019-01-04T09:47:57","guid":{"rendered":"http:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=500"},"modified":"2020-08-09T19:53:09","modified_gmt":"2020-08-09T17:53:09","slug":"du-virtuel-a-la-sensation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=500","title":{"rendered":"Du virtuel \u00e0 la sensation&#8230;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Du virtuel \u00e0 la sensation : la webcam et les r\u00e9seaux comme g\u00e9n\u00e9rateurs de pr\u00e9sences en creux<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Auteur: M\u00e9lissa BERTRAND \u00a9<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #008080;\"><em><strong>CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture:<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #999999;\"><em>Critique du \u00ab\u00a0<\/em>i<em>Show\u00a0\u00bb, spectacle du collectif Les Petites Cellules Chaudes, pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois aux \u00c9curies dans le Off du Festival TransAm\u00e9rique (Montr\u00e9al), le 30 mai 2012.<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les technologies sont de plus en plus utilis\u00e9es dans les spectacles et performances actuels, elles le sont souvent dans un rapport au temps, \u00e0 l\u2019espace mais aussi au corps : elles le cernent, le redoublent, l\u2019amplifient, le subliment ou le d\u00e9coupent pour en offrir une vision kal\u00e9idoscopique. Il existe aussi des m\u00e9diums technologiques qui viennent \u00e0 leur mani\u00e8re prolonger le corps sans pour autant l\u2019ancrer dans une r\u00e9alit\u00e9 redoubl\u00e9e et d\u00e9cupl\u00e9e qui agirait comme un microscope venant l\u2019analyser, voire l\u2019ausculter. Ils cr\u00e9ent \u2013 ou rendent perceptible \u2013 un espace interm\u00e9diaire mais difficile \u00e0 d\u00e9limiter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette zone m\u00e9diane est en partie li\u00e9e avec la notion de virtualit\u00e9. Comme le sugg\u00e8re Olivier Asselin dans son article \u00ab\u00a0L\u2019aura de la technologie. Un certain usage de la r\u00e9alit\u00e9 mixte sur la sc\u00e8ne et au mus\u00e9e\u00a0\u00bb, le r\u00e9el et le virtuel ne s\u2019opposent pas mais s\u2019inscrivent plut\u00f4t dans un continuum, r\u00e9v\u00e9lant ce qui est en puissance dans ce qui est, et <em>vice-versa<\/em>. Le virtuel est m\u00eame ce qui permet au sujet de se d\u00e9doubler et d\u2019ouvrir sa perception, ce que remarque Bernard Andrieu dans son texte \u00ab\u00a0Les avatars du corps\u00a0\u00bb. Les technologies font appara\u00eetre des aspects du corps potentiels ou du moins qui ne se manifestent pas mat\u00e9riellement mais qui existent bel et bien. L\u2019utilisation de technologies du quotidien, comme les webcams et r\u00e9seaux sociaux, placent les performances qui y font recours du c\u00f4t\u00e9 de la banalit\u00e9 \u2013 ce sont des technologies ordinaires, connues de tous \u2013 qui inspire cependant une qu\u00eate de sensationnel souvent associ\u00e9e \u00e0 la culture populaire (t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9fis viraux sur les r\u00e9seaux sociaux, vie parall\u00e8le au travers d\u2019un avatar sur une plateforme quelconque&#8230;). L\u2019usage des dispositifs de la vie courante joue essentiellement sur ce d\u00e9roulement des possibles permis par le virtuel. Dans cette optique, ce qui est recherch\u00e9 semble se trouver dans les effets produits par la rencontre du corps et des nouvelles technologies. Alors que ces derni\u00e8res sont souvent associ\u00e9es au trucage ou \u00e0 la machinerie des effets sp\u00e9ciaux spectaculaires, le manque de cadrage ou l\u2019utilisation volontairement d\u00e9contract\u00e9e d\u2019un m\u00e9dium comme la webcam nous font penser la technique comme t\u00e9moin d\u2019un quotidien non-artificiel, sans mise en sc\u00e8ne, en bref, authentique.<!--more--><\/p>\n<figure id=\"attachment_495\" aria-describedby=\"caption-attachment-495\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow-groupe-_-jc3a9rc3a9mie-battaglia.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-495\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow-groupe-_-jc3a9rc3a9mie-battaglia-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow-groupe-_-jc3a9rc3a9mie-battaglia-300x200.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow-groupe-_-jc3a9rc3a9mie-battaglia-768x512.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow-groupe-_-jc3a9rc3a9mie-battaglia-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow-groupe-_-jc3a9rc3a9mie-battaglia-1260x839.jpg 1260w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow-groupe-_-jc3a9rc3a9mie-battaglia.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-495\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"font-size: small; color: #999999;\">iShow, Les Petites Cellules Chaudes, Ecuries,le Off du Festival TransAm\u00e9rique,Montr\u00e9al, le 30 mai 2012. Phot. J\u00e9r\u00e9mie Battaglia\u00a9<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette banalit\u00e9 des technologies permet \u00e9galement d\u2019approfondir sur sc\u00e8ne l\u2019\u00e9mergence d\u2019un sentiment de pr\u00e9sence. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes se retrouvent dans le dispositif employ\u00e9 dans \u00ab\u00a0<em>i<\/em>Show\u00a0\u00bb, performance du collectif canadien Les Petites Cellules Chaudes, pr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en mai 2012. Elle na\u00eet des rencontres organis\u00e9es par les Laboratoires du Th\u00e9\u00e2tre Fran\u00e7ais du CNA en 2011, \u00e0 Ottawa, r\u00e9unissant des inconnus, pour la plupart metteurs en sc\u00e8ne et acteurs, pour une p\u00e9riode de dix jours autour de la question des r\u00e9seaux sociaux. Le \u00ab\u00a0<em>i<\/em>Show\u00a0\u00bb, reposant principalement sur l\u2019utilisation de ces derniers (navigation en ligne, reprise de vid\u00e9os YouTube, <em>chat<\/em> en direct), ne suit pas une narration lin\u00e9aire de type fictif et fonctionne davantage par tableaux qui refl\u00e8tent la dynamique de recherche et de divagation propre au web. La structure de la performance reste ax\u00e9e sur les effets produits par les technologies dans notre quotidien comme sujet et mat\u00e9riau m\u00eame de la (re)pr\u00e9sentation. Elles sont aussi essentiellement le lieu de rencontres improbables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019authenticit\u00e9, tout d\u2019abord, \u00e9merge dans le cadre d\u2019un dispositif alliant banalit\u00e9 et technologies populaires. Dans le \u00ab\u00a0<em>i<\/em>Show\u00a0\u00bb, les quinze performeurs utilisent majoritairement Chatroulette, site de <em>chat<\/em> qui met en relation, au hasard, des individus du monde entier <em>via<\/em> la webcam de leur ordinateur. La sc\u00e9nographie minimale (tables, chaises, ordinateurs, \u00e9crans de projection) laisse totalement place \u00e0 l\u2019inconnu, \u00e0 l\u2019\u00e9tendue des possibles qui s\u2019offrent sur les r\u00e9seaux sociaux et plateformes qui cr\u00e9ent \u00e0 eux seuls des paysages, des atmosph\u00e8res, des rencontres. Les performeurs interagissent avec des personnes non pr\u00e9sentes physiquement, dans un hors champ si vaste qu\u2019il en devient presque inimaginable. Une majorit\u00e9 des conversations ou vid\u00e9os <em>live<\/em> sont projet\u00e9es sur les \u00e9crans en fond de sc\u00e8ne. Enfin, la performance est rythm\u00e9e par les r\u00e9guli\u00e8res interventions \u00e0 travers <em>Skype<\/em> d\u2019une actrice ayant pr\u00e9tendument \u00e9t\u00e9 retenue \u00e0 Montr\u00e9al.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La webcam est alors utilis\u00e9e pour faire \u00e9merger un lieu et une personne hors-sc\u00e8ne. Comme l\u2019ordinateur de la jeune femme est install\u00e9 dans sa cuisine alors qu\u2019elle pr\u00e9pare des biscuits pour son p\u00e8re malade, nous avons l\u2019impression que la performeuse est prise sur le vif, qu\u2019on interrompt son quotidien. Elle ne semble pas performer, elle est apparemment hors du th\u00e9\u00e2tre. Le positionnement un peu bancal de l\u2019ordinateur, pos\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 il y a de la place, cr\u00e9e une absence de cadrage qui renforce cette sensation de non-artificialit\u00e9. Ici, l\u2019alliance de basse r\u00e9solution et de fixit\u00e9 fait de la webcam un outil peu professionnel d\u2019un point de vue cin\u00e9matographique mais ayant pour qualit\u00e9 d\u2019\u00eatre spontan\u00e9ment associ\u00e9 \u00e0 un sentiment d\u2019authenticit\u00e9, sp\u00e9cificit\u00e9 dont a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 Steve Dixon dans son ouvrage \u00ab\u00a0Digital Performance\u00a0\u00bb. Cette authenticit\u00e9 du m\u00e9dium semble \u00eatre renforc\u00e9e par la quotidiennet\u00e9 dans laquelle il est habituellement utilis\u00e9. En tant que spectateurs, nous pensons que si nous voyons l\u2019actrice dans sa cuisine en train de pr\u00e9parer des biscuits devant son ordinateur, elle doit r\u00e9ellement \u00eatre en l\u2019instant m\u00eame occup\u00e9e \u00e0 de telles actions. La webcam donne ainsi une r\u00e9alit\u00e9 spatiale et temporelle \u00e0 la pr\u00e9sence de l\u2019actrice qui n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre sur sc\u00e8ne pour participer au spectacle. Sa pr\u00e9sence est garantie, voire perform\u00e9e, par l\u2019authenticit\u00e9 m\u00eame du m\u00e9dium technologique qu\u2019est la webcam et du quotidien qu\u2019elle fait appara\u00eetre. Pourtant, plus tard au cours de la performance, l\u2019actrice vient sur sc\u00e8ne et le spectateur comprend qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une fausse cuisine install\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre. Ce que r\u00e9v\u00e8le cette intervention dans \u00ab\u00a0<em>i<\/em>Show\u00a0\u00bb, n\u2019est pas tant la cr\u00e9dibilit\u00e9 que nous accordons \u00e0 l\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale, mais plut\u00f4t les valeurs, l\u2019authenticit\u00e9 par exemple, que nous attribuons \u00e0 certains dispositifs technologiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui \u00e9merge donc c\u2019est le sentiment de pr\u00e9sence, et ce dernier est cultiv\u00e9 en vue d\u2019\u00e9veiller v\u00e9ritablement nos sensations physiques. Dans cette performance, la dimension pornographique de la webcam, qui repose sur la dynamique voyeurisme-exhibitionnisme et sur l\u2019excitation de la d\u00e9couverte d\u2019une personne inconnue, agit comme r\u00e9v\u00e9lateur de ce sentiment. Il n\u2019est pas nouveau d\u2019\u00e9voquer ici un potentiel clairement \u00e9rotique des technologies et l\u2019existence de sensations stimul\u00e9es par l\u2019espace virtuel. Celles-ci permettraient de d\u00e9passer la dualit\u00e9 corps-esprit que l\u2019on associe souvent \u00e0 un conflit entre vie virtuelle en ligne et vie <em>In Real Life<\/em> (IRL). Les sensations restent physiques, sensibles, mais elles peuvent \u00eatre provoqu\u00e9es par le monde immat\u00e9riel du num\u00e9rique. Le sentiment de pr\u00e9sence peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019une des sensations de ce type. Malgr\u00e9 la distance physique entre deux \u00eatres reli\u00e9s, par exemple, par la webcam, \u00e9merge l\u2019impression que l\u2019autre est bien pr\u00e9sent, l\u00e0, face \u00e0 nous. Cette sensation pourrait \u00eatre intensifi\u00e9e lorsqu\u2019intervient une stimulation \u00e9rotique. Il y aurait une premi\u00e8re couche d\u2019\u00e9rotisme produite par le virtuel en lui-m\u00eame \u2013 il g\u00e9n\u00e8re une frustration par l\u2019absence de contact physique confront\u00e9e \u00e0 une extr\u00eame stimulation de l\u2019imaginaire \u2013, puis une seconde suscit\u00e9e par le sentiment de pr\u00e9sence de la personne avec qui nous dialoguons <em>via<\/em> la webcam.<\/p>\n<figure id=\"attachment_494\" aria-describedby=\"caption-attachment-494\" style=\"width: 200px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow_jeremie-battaglia3.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-494\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow_jeremie-battaglia3-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow_jeremie-battaglia3-200x300.jpg 200w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow_jeremie-battaglia3-768x1151.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow_jeremie-battaglia3-684x1024.jpg 684w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/ishow_jeremie-battaglia3.jpg 801w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-494\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"font-size: small; color: #999999;\">iShow, Les Petites Cellules Chaudes, Ecuries,le Off du Festival TransAm\u00e9rique,Montr\u00e9al, le 30 mai 2012. Phot. J\u00e9r\u00e9mie Battaglia\u00a9<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le \u00ab\u00a0<em>i<\/em>Show\u00a0\u00bb, diff\u00e9rents espaces de cybercam\u00e9ra pornographiques sont ainsi exploit\u00e9s. Le plus \u00e9vident serait le site de <em>hotcam<\/em> o\u00f9 des personnes se d\u00e9voilent devant leur cam\u00e9ra contre r\u00e9mun\u00e9ration des internautes. Le site fonctionne avec, sur une moiti\u00e9 de l\u2019\u00e9cran, l\u2019image en direct du <em>sex-performer<\/em> et, sur l\u2019autre, les commentaires des personnes int\u00e9ress\u00e9es qu\u2019on peut lire au fur et \u00e0 mesure comme sur un <em>chat<\/em>. Au cours du spectacle, l\u2019un des acteurs participe \u00e0 la discussion en temps r\u00e9el des internautes afin de d\u00e9stabiliser une strip-teaseuse. Alors que les commentaires sont g\u00e9n\u00e9ralement explicitement sexuels, il \u00e9crit vers par vers un extrait du po\u00e8me \u00ab\u00a0Le Serpent qui danse\u00a0\u00bb de Baudelaire. La r\u00e9action de la jeune femme est visible : d\u2019abord elle rit d\u2019incompr\u00e9hension et de g\u00eane, puis elle reste perplexe, presque inqui\u00e8te ou embarrass\u00e9e. Cette intervention qui rompt la dynamique du site pornographique r\u00e9v\u00e8le en r\u00e9alit\u00e9 ses ressorts. Les <em>hotcam<\/em> fonctionnent principalement gr\u00e2ce \u00e0 cette r\u00e9activit\u00e9 en temps r\u00e9el et au sentiment de pr\u00e9sence qui en d\u00e9coule. En d\u00e9tournant la jeune femme de ses attentes et en la poussant \u00e0 r\u00e9agir, on met en valeur cette intensit\u00e9 de la pr\u00e9sence et le caract\u00e8re charnel que peuvent rev\u00eatir les technologies. L\u2019intervention des technologies entre les deux individus cr\u00e9e l\u2019espace interm\u00e9diaire \u2013 et non pas d\u00e9sincarn\u00e9 \u2013 du sentiment de pr\u00e9sence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, le dispositif du \u00ab\u00a0<em>i<\/em>Show\u00a0\u00bb d\u00e9construit \u00e9galement en direct ce sentiment de pr\u00e9sence. D\u2019autres s\u00e9quences du spectacle compl\u00e8tent la sc\u00e8ne de la <em>hotcam<\/em> et permettent aux spectateurs d\u2019assister au montage de l\u2019image \u00e9rotique. Effectivement, lors des nombreux passages de la performance qui se d\u00e9roulent sur le site de rencontres al\u00e9atoires en ligne, Chatroulette, nous observons d\u2019une part les performeurs qui cadrent leur webcam pour donner l\u2019impression qu\u2019ils sont seuls, et de l\u2019autre \u2013 les personnes qui ne jouent pas, rencontr\u00e9es au hasard du web. Je tiens \u00e0 souligner qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 averties de leur exposition uniquement par sous-entendus et parfois, plus directement, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une conversation \u2013 ce qui n\u2019a donn\u00e9 suite \u00e0 aucun recours en justice. Nous voyons alors sur l\u2019\u00e9cran de projection l\u2019image des performeurs telle que per\u00e7ue par les internautes et s\u00fbrement pens\u00e9e comme authentique, mais nous voyons \u00e9galement gr\u00e2ce \u00e0 la sc\u00e8ne le cadre dans lequel cette image est produite de toute pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019impression d\u2019intimit\u00e9 entre les deux personnes qui communiquent par Chatroulette nous appara\u00eet alors comme construite et mise en sc\u00e8ne. Par ailleurs, l\u2019\u00e9rotisme, ou la dimension pornographique qui accentuait le sentiment de pr\u00e9sence, appara\u00eet alors comme l\u2019une des qualit\u00e9s des r\u00e9seaux sociaux et webcams pouvant servir de ressort dramatique ou du moins de proc\u00e9d\u00e9 performatif. Sur Chatroulette, beaucoup d\u2019internautes sont \u00e9galement en qu\u00eate de plaisirs sexuels et s\u2019exhibent. Les performeurs jouent avec ces codes afin de r\u00e9v\u00e9ler l\u2019effet de pr\u00e9sence et d\u2019authenticit\u00e9 sur lesquels cet \u00e9rotisme repose. Deux d\u2019entre eux d\u00e9cident d\u2019entreprendre une s\u00e9ance de striptease devant leur partenaire virtuel avant de d\u00e9tourner la webcam pour montrer successivement les sexes de tous les autres performeurs, qui se d\u00e9shabillent, dos au public. Les notions de voyeurisme et d\u2019exhibitionnisme sont ainsi pouss\u00e9es \u00e0 l\u2019extr\u00eame mais c\u2019est surtout la d\u00e9construction de l\u2019image et du sentiment de pr\u00e9sence qui sont en jeu. La proximit\u00e9 presque charnelle est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e comme d\u00e9pendante d\u2019un dispositif technologique montable et d\u00e9montable. Le spectateur s\u2019en rend compte bien avant les internautes qui sont comme pi\u00e9g\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au th\u00e9\u00e2tre, en filmant en direct et en utilisant les r\u00e9seaux sociaux, on montre qu\u2019aussi vraie et authentique qu\u2019elle puisse para\u00eetre, la sensation de pr\u00e9sence peut \u00eatre fabriqu\u00e9e, diff\u00e9r\u00e9e. Elle existe malgr\u00e9 tout mais est mise en sc\u00e8ne afin de r\u00e9v\u00e9ler les m\u00e9canismes technologiques et les attentes physiques sur lesquels ils reposent. La webcam, outil du quotidien, permet ainsi une mise en confiance du \u00ab voyeur \u00bb qui pense que l\u2019image qu\u2019il voit est authentique ; il se sent proche physiquement de la personne qu\u2019il observe. Mais son utilisation en direct sur sc\u00e8ne permet simultan\u00e9ment une d\u00e9construction de l\u2019image produite. Jouer sur la dimension \u00e9rotique du web souligne cette alliance des technologies au corps qui permet de stimuler les sensations au point de donner un sentiment de pr\u00e9sence. J\u2019\u00e9mettrai ainsi la possibilit\u00e9 que loin d\u2019effacer le corps, de tels dispositifs sc\u00e9niques r\u00e9v\u00e8lent qu\u2019il est toujours au c\u0153ur de nos pr\u00e9occupations et ne risque pas de devenir obsol\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #008080;\"><strong>M\u00e9lissa Bertrand<\/strong> est doctorante en \u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales, auteure et metteuse en sc\u00e8ne. Elle travaille sur les \u00ab Corps f\u00e9minins en trans-, en tant qu\u2019incarnations du &lsquo;th\u00e9\u00e2tre performatif&rsquo; \u00bb, th\u00e8se dirig\u00e9e par prof. Josette F\u00e9ral.<\/span><\/p>\n<p>Pour citer cet article:<br \/>\nM\u00e9lissa Bertrand, \u00ab Du virtuel \u00e0 la sensation\u00a0: la webcam et les r\u00e9seaux comme g\u00e9n\u00e9rateurs de pr\u00e9sences en creux \u00bb, <em>Critiques. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant<\/em>. Carnet en ligne de Theatre in Progress, in Web : \u02c2https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=500, mise en ligne le 4 janvier 2018, M\u00e9lissa Bertrand\u00a9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du virtuel \u00e0 la sensation : la webcam et les r\u00e9seaux comme g\u00e9n\u00e9rateurs de pr\u00e9sences en creux Auteur: M\u00e9lissa BERTRAND \u00a9 CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture: Critique du \u00ab\u00a0iShow\u00a0\u00bb, spectacle du collectif Les Petites Cellules Chaudes, pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re&hellip; <\/p>\n<p class=\"toivo-read-more\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=500\" class=\"more-link\">Lire la suite <span class=\"screen-reader-text\">de<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">Du virtuel \u00e0 la sensation&#8230;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":492,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[13],"tags":[77,75,76,78,74,71],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/500"}],"collection":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=500"}],"version-history":[{"count":46,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/500\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":554,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/500\/revisions\/554"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/492"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=500"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=500"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=500"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}