{"id":638,"date":"2020-02-28T18:36:29","date_gmt":"2020-02-28T16:36:29","guid":{"rendered":"http:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=638"},"modified":"2020-05-21T16:19:31","modified_gmt":"2020-05-21T14:19:31","slug":"la-vallee-de-letrange-de-stefan-kaegi-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=638","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange\u00a0\u00bb de Stefan Kaegi \/ Critique"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Quand les fronti\u00e8res entre l\u2019original et la copie se brouillent<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>La Valle\u00e9 de l\u2019\u00e9trange<\/em><\/strong><strong> de Stefan Kaegi<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Auteure : Izabella PLUTA \u00a9 <\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"color: #008080;\"><em><strong>CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture (pour cet article: M\u00e9lissa Bertrand, Claude Beyeler, Simon Hagemann, Maude LaFrance, Jeremy Perruchoud)<br \/><\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #808080;\"><em>Critique de \u00ab <\/em>La Vall\u00e9e de l&rsquo;\u00e9trange \u00bb<em>, spectacle de Stefan Kaegi, pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au M\u00fcnchner Kammerspiele (M\u00fcnich), le 4 octobre 2018.<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"wp-content\/uploads\/2020\/05\/Pluta-Kaegi-Vallee.pdf\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-785\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/PDF_file_icon.png\" alt=\"PDF\" width=\"35\" height=\"43\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/PDF_file_icon.png 400w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/PDF_file_icon-244x300.png 244w\" sizes=\"(max-width: 35px) 100vw, 35px\" \/><\/a><\/p>\n<p>En entrant dans la salle de spectacle o\u00f9 est pr\u00e9sent\u00e9e la mise en sc\u00e8ne <em>La Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange<\/em>, on aper\u00e7oit un plateau plong\u00e9 dans la p\u00e9nombre. A gauche sur un tapis carr\u00e9 se trouve un \u00e9cran blanc et \u00e0 droite &#8211; un fauteuil sur lequel est assis un robot humano\u00efde. A sa gauche, un ordinateur portable est pos\u00e9 sur une petite table. Soudainement, j\u2019entends une spectatrice s&rsquo;exclamer avec une petite excitation : \u00ab Il est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 ! \u00bb. En effet, l\u2019humano\u00efde est l\u00e0, immobile comme une statue de cire dont les marques robotiques telles que le c\u00e2blage et le cr\u00e2ne recouvert de silicone \u00e9tant moins perceptibles dans l\u2019obscurit\u00e9. On dirait qu\u2019il nous attend, qu\u2019il nous a \u00e0 l\u2019\u0153il d\u00e8s notre entr\u00e9e dans cet espace\u2026<\/p>\n<p>Lorsque tout le monde est assis, la sc\u00e8ne est baign\u00e9e de lumi\u00e8re. Le robot nous regarde. On entend un raclement de gorge qui marque sa pr\u00e9sence et qui commence le spectacle. L\u2019humano\u00efde se pr\u00e9sente : \u00ab Je suis Thomas Melle \u00bb. Il nous raconte que nous sommes l\u00e0 pour sa conf\u00e9rence sur l\u2019instabilit\u00e9 et sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de la \u00ab Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange \u00bb. Nous comprenons que le robot poss\u00e8de une double fonction sur le plan actoriel. D\u2019abord, il remplace et incarne l\u2019\u00e9crivain allemand, Thomas Melle, qui n\u2019apparaitra pas en chair et en os sur le plateau mais seulement comme image projet\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Ensuite, Melle a pr\u00eat\u00e9 sa voix au robot dans le spectacle en allemand o\u00f9 on entend l\u2019\u00e9crivain enregistr\u00e9 (dans la version fran\u00e7aise c&rsquo;est Gilles Tschudi que nous \u00e9coutons ). On peut dire que l\u2019acteur, ou plut\u00f4t la figure actorielle, est de nature composite : \u00a0le personnage que je nommerai \u00ab Melle-robot \u00bb, est form\u00e9 d&rsquo;une construction m\u00e9catronique, pr\u00e9sente sur le plateau, et d&rsquo;une voix humaine enregistr\u00e9e que le public entend des hauts parleurs.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_3.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-649 size-large\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_3-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_3-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_3-300x225.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_3-768x576.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_3-1260x945.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"color: #808080;\">Stefan Kaegi \u00ab\u00a0La Vall\u00e9e de l&rsquo;\u00e9trange\u00a0\u00bb, Th\u00e9\u00e2tre Vidy Lausanne. Phot. Izabella Pluta<span class=\"st\">\u00a9<\/span><\/span><\/p>\n<p>Melle-robot commente la premi\u00e8re photo projet\u00e9e sur l\u2019\u00e9cran, celle de l\u2019\u00e9crivain r\u00e9el : il a 6 ans et il semble \u00eatre un enfant triste. Ensuite, nous voyons une deuxi\u00e8me photo projet\u00e9e lorsqu\u2019il a 17 ans. Elle est un peu verte et floue \u00ab comme lui-m\u00eame d\u2019ailleurs \u00e0 cette \u00e9poque \u00bb &#8211; ce qu\u2019on entend depuis la sc\u00e8ne &#8211; une personnalit\u00e9 plut\u00f4t en recherche identitaire.<!--more--><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En 2016, j\u2019ai publi\u00e9 le livre <em>Le monde derri\u00e8re moi<\/em> \u00bb &#8211; continue Melle-robot. Il confie qu\u2019il y a parl\u00e9 de sa maladie &#8211; la d\u00e9pression &#8211; et a donn\u00e9 sa d\u00e9finition de ce dysfonctionnement psychologique. Cet ouvrage est finaliste du<em> Prix du livre allemand\u00a0<\/em>: la qualit\u00e9 d\u2019\u00e9criture, ainsi que le courage de toucher au sujet tabou en Allemagne qu&rsquo;est la bipolarit\u00e9, le rend tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre et particuli\u00e8rement demand\u00e9 pour des entretiens et des conf\u00e9rences. Un film documentaire est r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de sa participation \u00e0 ce prix. Le public regarde ces extraits \u00e0 l\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p>Melle-robot raconte comment, \u00e0 la demande du r\u00e9alisateur, il (Melle-\u00e9crivain) devait se promener, faire semblant d\u2019\u00e9crire ou feuilleter son ouvrage et ceci pendant le tournage. C\u2019\u00e9tait pour lui absurde, troublant et fatiguant. Il cl\u00f4t ce passage en s\u2019adressant au public : \u00ab Comment allez-vous ici et maintenant ? Si vous voulez voir un acteur, c\u2019est un mauvais endroit. Si vous cherchez de l\u2019authenticit\u00e9, c\u2019est un mauvais endroit \u00e9galement \u00bb. Il d\u00e9voile que ce type de conf\u00e9rence est non seulement fatiguant mais qu&rsquo;il le situe aussi dans un \u00e9tat de solitude, cette m\u00eame solitude d\u2019ailleurs qu\u2019il a \u00e9prouv\u00e9e durant ses longues heures d\u2019\u00e9criture. \u00ab Parfois, pour d\u00e9passer ma panique, je bouge comme une machine \u00bb s&rsquo;exclame Melle-robot sur la sc\u00e8ne en d\u00e9pla\u00e7ant ses bras \u00e0 gauche et \u00e0 droite. Toujours le m\u00eame mouvement qui se fait au rythme d\u2019une valse \u00e9lectronique\u2026<\/p>\n<p><strong>Arcanes du projet <\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_650\" aria-describedby=\"caption-attachment-650\" style=\"width: 344px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_4.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-650\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_4-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"344\" height=\"258\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_4-300x225.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_4-768x576.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_4-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_4-1260x945.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 344px) 100vw, 344px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-650\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\">Stefan Kaegi \u00ab\u00a0La Vall\u00e9e de l&rsquo;\u00e9trange\u00a0\u00bb, Th\u00e9\u00e2tre Vidy Lausanne. Phot. Izabella Pluta\u00a9<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Ce nouveau spectacle de Stefan Kaegi s\u2019inscrit dans la lign\u00e9e des mises en sc\u00e8ne des dix derni\u00e8res ann\u00e9es qui placent le robot humano\u00efde au c\u0153ur du spectacle vivant. Citons seulement les mises en sc\u00e8ne les plus abouties comme <em>Spillikin, a love story<\/em> de Pipeline Theatre (2015) ou encore les spectacles d\u2019Oriza Hirata <em>Sayonara Ver.\u00a02<\/em> (2012), <em>Trois s\u0153urs version Andro\u00efde<\/em> (2012), <em>M\u00e9tamorphoses. Version andro\u00efde<\/em> (2014). Ces robots \u00e0 forte ressemblance humaine, se caract\u00e9risent par une sophistication technologique tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e. Leur apparence quasi humaine nous trouble et nous fascine \u00e0 la fois, tout en nous mettant mal \u00e0 l&rsquo;aise. En robotique, cette inqui\u00e9tude est nomm\u00e9e la \u00abVall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange \u00bb, terme introduit par Masahiro Mori dans les ann\u00e9es 1970, qui fait \u00e9cho \u00e0 l&rsquo;\u00ab inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 \u00bb, titr\u00e9 d&rsquo;un essai de Sigmund Freud <em>Das Unheimliche<\/em>, paru en 1919. Ce dernier d\u00e9signe ainsi cet \u00e9tat et le lie au mouvement et \u00e0 l\u2019aspect m\u00e9canique d\u2019un geste. Pour ce psychanalyste, il s\u2019agit du sentiment d\u2019inqui\u00e9tude que nous \u00e9prouvons d\u2019une part en pr\u00e9sence des objets anthropomorphes paraissant vivants tels que les poup\u00e9es, les mannequins et les pantins. D\u2019autre part, le malaise surgit quand un corps vivant prend des caract\u00e9ristiques m\u00e9caniques. Sur le plan robotique, il est question de l\u2019inqui\u00e9tude face \u00e0 un robot humano\u00efde pourvu d&rsquo;une grande ressemblance humaine. Kaegi, quant \u00e0 lui, discute de ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans son spectacle en confrontant le public avec cette r\u00e9plique m\u00e9catronique de l\u2019\u00e9crivain allemand Thomas Melle (conception du robot par Andreas Mattijat, Tommy Opatz, Chris Kunzmann).<\/p>\n<figure id=\"attachment_648\" aria-describedby=\"caption-attachment-648\" style=\"width: 277px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_2.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-648 \" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_2-768x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"277\" height=\"369\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_2-768x1024.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_2-225x300.jpg 225w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_2-1260x1680.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 277px) 100vw, 277px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-648\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #999999;\">Stefan Kaegi \u00ab\u00a0La Vall\u00e9e de l&rsquo;\u00e9trange\u00a0\u00bb, Th\u00e9\u00e2tre Vidy Lausanne. Phot. Izabella Pluta\u00a9<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Le metteur en sc\u00e8ne explique dans un entretien avec Giorgio Zimann Gislon (<em>Entretien avec Stefan Kaegi<\/em>, 27 juillet 2019) qu\u2019il souhaitait voir ici les limites de l\u2019int\u00e9gration de la technologie dans une \u0153uvre sc\u00e9nique, technologie qui est tr\u00e8s pr\u00e9sente aujourd\u2019hui au th\u00e9\u00e2tre, notamment dans la r\u00e9gie mais \u00e9galement dans l\u2019esth\u00e9tique sc\u00e9nique.\u00a0\u00a0 \u00ab Jusqu\u2019o\u00f9 la machine peut-elle prendre une place importante dans un spectacle et situer l\u2019acteur humain en p\u00e9riph\u00e9rie ? \u00bb &#8211; se demande-t-il. Le metteur en sc\u00e8ne souligne qu\u2019une autre raison de r\u00e9aliser ce projet sc\u00e9nique \u00e9tait la collaboration avec Thomas Melle.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9crivain s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement \u00e0 la question des proth\u00e8ses et du remplacement de tout le corps humain par des dispositifs robotiques suivant une logique bionique. Cet int\u00e9r\u00eat est li\u00e9 chez lui \u00e0 sa maladie qui le rend fragile, impr\u00e9visible \u00e9motionnellement et tr\u00e8s sensible \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition des gestes, de la parole, des situations. Il \u00e9voque dans le spectacle, mais \u00e9galement dans des entretiens, le r\u00eave d\u2019avoir un double qui pourrait le remplacer durant ses conf\u00e9rences ou ses entretiens et soulager ainsi son angoisse lors des p\u00e9riodes de r\u00e9apparition de sa maladie.<\/p>\n<p><strong>Construction narrative<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9cit qui fonde ce travail sc\u00e9nique a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Thomas Melle et Stefan Kaegi. Il s\u2019agit d&rsquo;une \u00e9criture pens\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment pour le spectacle et qui m\u00eale deux histoires principales : les t\u00e9moignages autobiographiques de l\u2019\u00e9crivain et l\u2019histoire de la vie d\u2019Alan Turing, scientifique britannique des ann\u00e9es 1930-1950, inventeur du \u00ab Test de Turing \u00bb dont je parlerai ci-dessous.<\/p>\n<p>Pourquoi ce rapprochement entre deux personnalit\u00e9s travaillant dans des domaines diff\u00e9rents et ne vivant pas aux m\u00eames \u00e9poques ? Paradoxalement, il y a plusieurs \u00e9l\u00e9ments qui les lient et qui sont int\u00e9gr\u00e9s dans la structure de l\u2019histoire de cette pi\u00e8ce. D\u2019ailleurs, Melle s\u2019est beaucoup int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la biographie de ce scientifique et avait m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e d\u2019\u00e9crire une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre dans laquelle Turing incarnerait un personnage dans une soci\u00e9t\u00e9 futuriste. Le projet ne sera finalement pas r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n<p>Au cours du spectacle <em>La Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange<\/em>, l\u2019\u00e9cran projette des photos authentiques du chercheur ainsi que des sch\u00e9mas venant de son travail. En parall\u00e8le, Melle-robot nous raconte le parcours de Turing qui lie son aboutissement scientifique mondialement reconnu avec sa vie personnelle profond\u00e9ment tragique. D\u2019abord, le chercheur est impliqu\u00e9 dans le d\u00e9cryptage de l\u2019Enigma pendant la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Ensuite, il \u00e9tudie les capacit\u00e9s langagi\u00e8res de la machine ce qui le rend visionnaire dans sa conception d&rsquo;une future intelligence artificielle. Son test est fond\u00e9 sur un jeu d\u2019imitation qui confronte un utilisateur humain nomm\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9valuateur\u00a0\u00bb avec une situation de conversation entre un autre utilisateur humain et une machine. Connu aujourd\u2019hui comme le <em>Test de Turing<\/em>, ce dernier met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve notre capacit\u00e9 \u00e0 distinguer si nous avons affaire \u00e0 un humain ou \u00e0 une machine.<\/p>\n<figure id=\"attachment_660\" aria-describedby=\"caption-attachment-660\" style=\"width: 234px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Turing_Test-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-660\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Turing_Test-1-234x300.jpg\" alt=\"\" width=\"234\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Turing_Test-1-234x300.jpg 234w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Turing_Test-1.jpg 250w\" sizes=\"(max-width: 234px) 100vw, 234px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-660\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\">Le \u00ab Test de Turing \u00bb. Sch\u00e9ma par A. Turing<br \/><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Cette question trouve rapidement un parall\u00e8le contemporain puisque Kaegi int\u00e8gre durant le spectacle l\u2019image d&rsquo;un test <em>Captcha<\/em> (une famille de tests de Turing publique) qui est une mesure de s\u00e9curit\u00e9 fond\u00e9e sur une authentification de type question-r\u00e9ponse et que nous connaissons \u00e0 travers la phrase \u00e0 cocher \u00ab Je ne suis pas un robot \u00bb. Tout \u00e0 coup, le public entend une voix <em>off<\/em> robotique et aigu\u00eb qui interroge Melle-robot : \u00ab Quel est ton nom ? Quelle est ta profession ? &#8230; \u00bb. Melle-robot ne r\u00e9pond pas, il se plonge dans le silence. Ce questionnement passe-t-il notre personnage m\u00e9catronique \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du Test de Turing ?\u00a0 Son silence veut-il dire qu\u2019il \u00e9choue au test ? Echoue-t-il car il n\u2019est qu\u2019un robot et non pas l\u2019\u00e9crivain dont l\u2019illusion de pr\u00e9sence nous trompe parfois ce soir ?<\/p>\n<p>Stefan Kaegi b\u00e2tit ainsi une trame narrative minutieusement tiss\u00e9e (dramaturgie assur\u00e9e par Martin Vald\u00e8s-Stauber). Il y ajoute des questions adress\u00e9es au public, des extraits documentaires tourn\u00e9s durant le processus de cr\u00e9ation, des photos authentiques, des sch\u00e9mas scientifiques et des animations graphiques.<\/p>\n<p><strong>Mise en sc\u00e8ne\u00a0: passages entre l\u2019humain et le robotique\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p>Le metteur en sc\u00e8ne se prononce plusieurs fois dans le spectacle sur les principes du <em>Test de Turing<\/em> et nous confronte constamment aux limites floues entre l\u2019humain et la machine. Cela concerne la figure de l\u2019\u00e9crivain allemand, du scientifique britannique ainsi que du double robotique et finalement du public lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Comme je l\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, le robot remplace son mod\u00e8le en \u00e9tant sa r\u00e9plique physique exacte. Paradoxalement, cet \u00e9crivain \u00e0 succ\u00e8s poss\u00e8de une image m\u00e9diatique de lui-m\u00eame tellement d\u00e9form\u00e9e que Melle ne s\u2019y reconna\u00eet plus. Le d\u00e9doublement qu\u2019a ensuite pens\u00e9 Kaegi dans son spectacle se r\u00e9sume en la pr\u00e9sence du robot sur la sc\u00e8ne mais \u00e9galement dans l&rsquo;apparition m\u00e9diatique de l\u2019\u00e9crivain puisque ses images d\u00e9filent sur l\u2019\u00e9cran. Ici, l\u2019original se m\u00eale \u00e0 la copie en soulevant la question de l\u2019identification, de l\u2019authentique, du faux.<\/p>\n<p>Les extraits documentaires t\u00e9moignant de l\u2019\u00e9laboration du sosie m\u00e9catronique rajoutent une strate int\u00e9ressante \u00e0 ce propos. Nous regardons Melle visitant plusieurs espaces de recherche et exp\u00e9rimentant, par exemple, le fonctionnement d\u2019un bras bionique. Il passe \u00e9galement par une phase de param\u00e9trage de son corps dans le but de construire son sosie : il est mesur\u00e9 et les formes de sa t\u00eate et de ses mains sont prises.<\/p>\n<figure id=\"attachment_651\" aria-describedby=\"caption-attachment-651\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_6.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-651\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_6-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_6-300x225.jpg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_6-768x576.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_6-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny_Valley_6-1260x945.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-651\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #999999;\">Stefan Kaegi \u00ab\u00a0La Vall\u00e9e de l&rsquo;\u00e9trange\u00a0\u00bb, Th\u00e9\u00e2tre Vidy Lausanne. Phot. Izabella Pluta\u00a9<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>La pose des diff\u00e9rentes couches de silicone sur son visage nous impressionne. \u00ab C\u2019\u00e9tait pour moi une mort symbolique \u00bb &#8211; explique Melle-robot et on voit Melle-homme dispara\u00eetre sous le masque plastique. En effet, l\u2019ablation de cette forme silicon\u00e9e est un retour m\u00e9taphorique \u00e0 la vie de l\u2019\u00e9crivain. De plus, une empreinte de son propre visage est un acte symbolique de transmission de ses traits physiques \u00e0 son double.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la figure d\u2019Alan Turing, Melle-robot nous raconte son destin tragique. Ce scientifique \u00e9tait homosexuel et il a du suivre un traitement hormonal puisqu&rsquo;\u00e0 ce moment-l\u00e0 cette identit\u00e9 sexuelle \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une maladie. Nous regardons sur l\u2019\u00e9cran une belle photo d\u2019un groupe de jeunes accroupis sur un pont, dans un port en vacances peut-\u00eatre. Turing est au premier plan, un beau gar\u00e7on s\u00e9duisant. Cette image vacanci\u00e8re contraste avec l\u2019histoire racont\u00e9e : Turing suit un traitement \u00e0 base d&rsquo;estrog\u00e8nes et en se regardant un jour dans le miroir, il constate qu\u2019il est devenu une femme. La m\u00e9decine a tent\u00e9 de <em>reprogrammer<\/em> son identit\u00e9 sexuelle avec une m\u00e9dication violente. Lui-m\u00eame semblait traverser une <em>Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange<\/em> \u00e0 ce moment-l\u00e0, a-t-on envie de dire.<\/p>\n<p>A la fin des ann\u00e9es 1930, le scientifique regarde le film <em>Blanche Neige et les sept Nains <\/em>(David Hand, 1938) dont une phrase s\u2019est particuli\u00e8rement grav\u00e9e dans sa m\u00e9moire : \u00ab Plonge la pomme dans le chaudron pour qu\u2019elle s\u2019impr\u00e8gne du poison \u00bb. Elle l\u2019accompagne. Il la r\u00e9p\u00e8te obsessionnellement chaque jour. Finalement en 1954, le g\u00e9nie de la future intelligence artificielle croque une pomme tremp\u00e9e du cyanure. Il met ainsi fin \u00e0 sa vie\u2026<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Th\u00e9\u00e2tre sans acteur ou dialogue (trans)humaniste <\/strong><\/p>\n<p>Le robot construit pour ce spectacle a une mission claire : devenir le double m\u00e9catronique de l\u2019\u00e9crivain. Son apparence physique est \u00e0 la fois convaincante (visage exact, peau silicon\u00e9e, cheveux, pilosit\u00e9 de la barbe et des mains) et remise plusieurs fois en question. Pour cette derni\u00e8re, le metteur en sc\u00e8ne d\u00e9tourne l\u2019id\u00e9e de la <em>Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange<\/em>. La voix de Gilles Tschudi, interpr\u00e9tant Thomas Melle en langue fran\u00e7aise, nous s\u00e9duit par son jeu \u00e9quilibr\u00e9 sachant accentuer les moments les plus dramatiques de l\u2019histoire. Le robot se racle sa gorge \u00e9galement ce qui est clairement un param\u00e8tre humain. Cette pr\u00e9sence vocale de l\u2019acteur pr\u00e9-enregistr\u00e9 contraste avec une d\u00e9mystification partielle du corps de cette machine puisque depuis la sc\u00e8ne, il est tout \u00e0 fait possible de voir que l\u2019arri\u00e8re du cr\u00e2ne est enlev\u00e9 et d\u00e9voile le c\u00e2blage et les m\u00e9canismes de fonctionnement. De plus, le robot croise ses jambes de mani\u00e8re non naturelle et peut tourner son pied \u00e0 360 degr\u00e9s.<\/p>\n<p>Melle-robot \u00e9voque qu\u2019il peut manipuler une machine du th\u00e9\u00e2tre. Il donne des ordres \u00e0 un r\u00e9flecteur plac\u00e9 \u00e0 sa droite tout pr\u00eat du public : \u00ab Tourne \u00e0 gauche, tourne \u00e0 droite, danse, stop \u00bb, dit la machine \u00e0 une autre machine\u2026<\/p>\n<figure id=\"attachment_647\" aria-describedby=\"caption-attachment-647\" style=\"width: 581px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny-Valley_1.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-647 \" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny-Valley_1-768x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"581\" height=\"774\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny-Valley_1-768x1024.jpg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny-Valley_1-225x300.jpg 225w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Uncanny-Valley_1-1260x1680.jpg 1260w\" sizes=\"(max-width: 581px) 100vw, 581px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-647\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #999999;\">Stefan Kaegi \u00ab\u00a0La Vall\u00e9e de l&rsquo;\u00e9trange\u00a0\u00bb, Th\u00e9\u00e2tre Vidy Lausanne. Phot. Izabella Pluta\u00a9<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>On peut constater que dans ce spectacle, le ph\u00e9nom\u00e8ne de la <em>Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange<\/em> est analys\u00e9 depuis des perspectives diff\u00e9rentes. Le metteur en sc\u00e8ne le discute dans le cadre sc\u00e9nique convoquant plusieurs fois la m\u00e9taphore et la transposition artistique. N\u00e9anmoins, il va parfois encore plus loin, vers l\u2019ici et maintenant de notre vie et de notre actualit\u00e9 en int\u00e9grant des images de proth\u00e8ses bioniques et d\u2019avancement des neurosciences. L\u2019un des extraits documentaires du spectacle nous pr\u00e9sente l\u2019\u00e9crivain Thomas Melle qui rencontre Enno Park, une personne sourde qui porte un implant cochl\u00e9aire. Park nous introduit dans sa perception auditive et dans l\u2019univers du silence dont il est originaire. Melle-robot se demande : \u00ab Une personne sourde est-elle une machine humaine ? \u00bb. En effet, la question de cyborgisation qui surgit soudainement prend ici sa v\u00e9ritable ampleur. Si un cyborg est un organisme mi-biologique mi-technologique, tel que d\u00e9fini par le m\u00e9decin Jos\u00e9 Delgado dans les ann\u00e9es 1950-1960, une personne implant\u00e9e d\u2019un <em>pacemaker<\/em>, d\u2019un implant cochl\u00e9aire ou oculaire, est-elle un cyborg ? Ce concept, d\u00e9battu notamment par Donna Haraway en tant que figure hybride dans le sens plus large et son impact sur la soci\u00e9t\u00e9, appara\u00eet sous une nouvelle lumi\u00e8re dans la perspective propos\u00e9e par Kaegi. Melle se demande, \u00e0 son tour, si lorsqu\u2019il fonctionne \u00e0 l\u2019aide de la technologie comme durant cette conf\u00e9rence, il perd une partie de son humanit\u00e9. Plusieurs axiomes li\u00e9s au courant transhumaniste tels que la cyborgisation, la proth\u00e9tique bionique, le corps technologique sont ici soulev\u00e9s mais aucune r\u00e9ponse ne nous est donn\u00e9e. \u00ab Ce spectacle parle de vous \u00bb- constate Melle-robot. C\u2019est au spectateur de r\u00e9fl\u00e9chir et de se positionner par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 technologique qui est d\u00e9j\u00e0 la sienne.<\/p>\n<figure id=\"attachment_693\" aria-describedby=\"caption-attachment-693\" style=\"width: 353px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/RiminiProtokoll_UnheimlichesTal\u252c\u00aeRiminiProtokoll_05.jpeg\"><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-693\" src=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/RiminiProtokoll_UnheimlichesTal\u252c\u00aeRiminiProtokoll_05-300x225.jpeg\" alt=\"\" width=\"353\" height=\"265\" srcset=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/RiminiProtokoll_UnheimlichesTal\u252c\u00aeRiminiProtokoll_05-300x225.jpeg 300w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/RiminiProtokoll_UnheimlichesTal\u252c\u00aeRiminiProtokoll_05-768x576.jpeg 768w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/RiminiProtokoll_UnheimlichesTal\u252c\u00aeRiminiProtokoll_05-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/RiminiProtokoll_UnheimlichesTal\u252c\u00aeRiminiProtokoll_05-1260x945.jpeg 1260w, https:\/\/theatreinprogress.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/RiminiProtokoll_UnheimlichesTal\u252c\u00aeRiminiProtokoll_05.jpeg 1280w\" sizes=\"(max-width: 353px) 100vw, 353px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-693\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #808080;\">Stefan Kaegi \u00ab La Vall\u00e9e de l&rsquo;\u00e9trange \u00bb, Th\u00e9\u00e2tre Vidy Lausanne. Phot. Rimini Protokoll\u00a9<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Il convient de se demander comment le public ressent la pr\u00e9sence de l\u2019andro\u00efde et comment il per\u00e7oit le ph\u00e9nom\u00e8ne de la Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange ?\u00ab Et vous, \u00eates-vous programm\u00e9s ? \u00bb &#8211; nous lance le robot. Ou encore, il nous propose un exercice en fermant les yeux dans l\u2019obscurit\u00e9 de la salle : se rappeler notre premi\u00e8re image, notre premier souvenir. \u00ab Dans quelle mesure vos souvenirs sont \u00e0 vous ? \u00bb &#8211; nous demande Melle-Robot et il nous met ainsi \u00e0 l\u2019\u00e9preuve d&rsquo;interrogations parfois sans r\u00e9ponses. Et enfin, \u00ab Pourquoi vous \u00eates l\u00e0 ? Pour vous identifier avec moi ? \u00bb, \u00ab Je ne sais pas ce que je fais ici. Je ne sais pas ce que vous faites ici\u2026 \u00bb, \u00ab Vous n\u2019\u00eates pas oblig\u00e9s d\u2019\u00eatre l\u00e0, vous \u00eates libres \u00bb.<\/p>\n<p>Kaegi confronte les spectateurs aux multiples passages des fronti\u00e8res entre ce qu\u2019on d\u00e9finit comme \u00ab machine \u00bb et ce qu\u2019on nomme \u00ab l\u2019humain \u00bb. C\u2019est une d\u00e9marche v\u00e9ritablement astucieuse de cette mise en sc\u00e8ne et sa grande force. Ces travers\u00e9es d\u00e9sorientent le public dans ses certitudes, le rendent perplexe et le stimule \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 nouveau sur ces deux cat\u00e9gories qui forment le fondement de notre soci\u00e9t\u00e9 du progr\u00e8s. Melle-robot constate finalement : \u00ab Il y a quelque chose qui cloche vraiment \u00bb. En effet, le metteur en sc\u00e8ne brouille constamment les fronti\u00e8res entre l\u2019original et la copie, entre le vivant et l\u2019inanim\u00e9\u2026<\/p>\n<p>*<em>Toutes les citations du spectacle proviennent de mes notes prises lors de la repr\u00e9sentation au Th\u00e9\u00e2tre du Vidy en octobre 2019.<br \/><\/em><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #008080;\">Izabella Pluta \u2013 docteure \u00e8s lettres et chercheuse associ\u00e9e au Centre d&rsquo;\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales et au Laboratoire de cultures et humanit\u00e9s digitales (Universit\u00e9 de Lausanne)<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Pour citer cet article:<\/span><br \/><span style=\"color: #000000;\">Izabella Pluta, \u00ab Quand les fronti\u00e8res entre l\u2019original et la copie se brouillent. <em>La Valle\u00e9 de l\u2019\u00e9trange<\/em> de Stefan Kaegi \u00bb, <em>Critiques. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant<\/em>. Carnet en ligne de Theatre in Progress, in Web : \u02c2https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=638&amp;_thumbnail_id=650&gt;, mise en ligne le 28 f\u00e9vrier 2020, Izabella Pluta\u00a9<\/span><\/p>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand les fronti\u00e8res entre l\u2019original et la copie se brouillent La Valle\u00e9 de l\u2019\u00e9trange de Stefan Kaegi Auteure : Izabella PLUTA \u00a9 CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comit\u00e9 de lecture (pour cet article: M\u00e9lissa Bertrand, Claude Beyeler, Simon Hagemann, Maude LaFrance, Jeremy Perruchoud)&hellip; <\/p>\n<p class=\"toivo-read-more\"><a href=\"https:\/\/theatreinprogress.ch\/?p=638\" class=\"more-link\">Lire la suite <span class=\"screen-reader-text\">de<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0La Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange\u00a0\u00bb de Stefan Kaegi \/ Critique<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[13],"tags":[99,101,102,103,100],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/638"}],"collection":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=638"}],"version-history":[{"count":87,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/638\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":795,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/638\/revisions\/795"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=638"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=638"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/theatreinprogress.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=638"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}