« Terres rares » Entretien avec Thierry Poquet

Planète bleue, notre terre rare

Entretien avec Thierry Poquet par Izabella PLUTA©

CRITIQUES. Regard sur la technologie dans le spectacle vivant. Carnet en ligne de Theatre in Progress avec Comité de lecture (pour cet article: Claude Beyeler, Simon Hagemann)

Cet entretien a été réalisé avec Thierry Poquet, metteur en scène français, au moment d’achever son spectacle-opéra intitulé Terres rares, et juste avant sa première les 5 et 6 avril 2022, à l’Hexagone de Meylan (France). Ce projet se développait au fil de résidences, dans le cadre de l’Atelier Arts/Sciences à Grenoble (2021), entre autres, où nous nous sommes rencontrés pour la première fois. J’ai pu alors suivre ces étapes de la création de Thierry Poquet à l’Atelier grenoblois et formuler mes questions sur la base de cette expérience. Ce cyber-opéra, Terres rares, propose une réflexion tragi-comique sur l’intelligence humaine et la mémoire artificielle, associée à la crise écologique. Le spectacle rassemble un quatuor de musiciens, un trio de comédiens-chanteurs, un cyborg acrobate et des entités robotiques. L’action se déroule au pôle Nord où une expédition géologique, composée d’humains et de robots, fait fiasco et se solde en un carnage. Le cyborg Éro.dot est encore opérationnel. Il est d’ailleurs le seul survivant et, au 3e acte, sous l’impulsion de deux IA, il tente de reconstituer les événements et de dévoiler les causes du drame.

Thierry Poquet. Phot. DR

Izabella Pluta : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le projet Terres rares ?

Thierry Poquet: Terres Rares (2022) est un cyber-opéra qui revisite le mythe de Prométhée en mettant en tension, d’une part, la propension de l’humanité à aller vers plus de connaissance, plus de progrès. D’autre part, le constat que notre substrat initial – la terre- se délite sous l’effet de nos utilisations excessives et sans vergogne. Deux personnages se combattent : le Scientifique (interprété par Denis Mignien) qui incarne en quelque sorte Prométhée et l’Ingénieur (Romain Dayez, Thill Mantero, en alternance) se référant à Épiméthée. L’un représente le post humanisme ; l’autre, la quête du paradis perdu. Au milieu de ces deux personnages, un protagoniste féminin – La Cheffe de mission (incarnée par Maryvette Lair), une idéaliste, essaye de trouver une troisième voie, une entre les extrêmes : entrer, s’il en est encore temps, en symbiose avec tous les vivants : végétaux, animaux, micro-organismes, sans oublier les machines. Éro.dot, le quatrième personnage, est un cyborg. Terres Rares c’est une fable sur le vivant, la relation de l’homme à la nature, qui traverse les siècles avec, depuis la modernité, l’émergence et l’entremise de la machine.

Lire la suite de « Terres rares » Entretien avec Thierry Poquet

Critique FLASH « Rohee »

Critique FLASH!

Notre corps en mouvement, donnée qui nous est chère…
Auteur : Izabella PLUTA©

« Rohee », conception: Simon Senn et Rohee Uberoi, avec: Rohee Uberoi et Simon Senn, première le 14 mars 2024 au Théâtre Vidy Lausanne (Suisse).

Simon Senn, artiste visuel et performeur genevois, est connu pour ses spectacles-conférences qui travaillent non seulement les dispositifs numériques mais également les questions que suscitent ces derniers. Dans « Be Arielle F » (2019, 2020), il s’interroge sur la propriété d’un corps humain dont la version scannée est vendue en ligne sur 3D Scan Store . « dSimon » (2021), réalisé avec Tammara Leites, met en scène Chat-GPT qui explore les données de Simon Senn et crée ainsi son double numérique. « Rohee », sa nouvelle création ayant eu sa première au Théâtre de Vidy le 14 mars 2024, est conçue en collaboration avec la danseuse Rohee Uberoi.

Dès le début, le spectateur est happé par la voix off diffusée des haut-parleurs qui explique que la performance se réalise simultanément sur le plateau de la salle Renée Gonzalez de Vidy et au théâtre Citadelle à Toronto, grâce à une connexion Internet et une visio-conférence. A 14h15, Simon Senn se présente sur le plateau en même temps que Rohee Uberoi, visible sur un grand écran, entre sur la scène à Toronto vers 9h15 du matin. Ils font des réglages techniques et commencent à expliquer le projet accompli ensemble durant la résidence en ligne à l’Attakkalari Centre for Movement Arts à Bangalore en Inde. Précisons que le plateau n’est pas chargé d’une scénographie prononcée : il est couvert au fond par deux écrans, équipé à gauche par la régie du performeur et par une tablette (écran/caméra) situé au milieu, proche du public et tourné vers la danseuse.

L’objectif du projet est focalisé sur la création d’une base de données à l’accès libre de la danse indienne bharata natyam, pratiquée par la danseuse. La capture de ses mouvements permet de saisir les gestes qui sont mis en action par la suite par un squelette virtuel à l’écran de l’ordinateur et sur le grand écran gauche vu par le public. Les deux artistes expliquent également ce que signifient pour eux les gestes et les actions corporelles qui sont placés au cœur de cette expérimentation. Rohee Uberoi précise que cette danse indienne qu’elle a apprise très jeune, se transmets de génération en génération et représente des mouvements et des gestes extrêmement précis, riches dans leur narration. C’est une pratique plurimillénaire qui a été dansée par les femmes dans des temples. Elle fait partie de la culture et de l’identité de R. Uberoi. Elle restera ce mouvement fondamental qu’elle a intégré dans son corps et dans son être pour toujours, même si elle est en train d’étudier la danse contemporaine, exigeant d’autres postures et d’autres déplacements chorégraphiques. Pour Simon Senn, la course est une activité très importante pour lui car l’entraînant dans un état quasi méditatif et lui donnant l’impression de flotter dans l’air. Lire la suite de Critique FLASH « Rohee »